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Les agences internationales, les associations et ONG ne cessent de se creuser la tête sur les stratégies de mobilisation des Maliens et Maliennes dans le cadre des prochaines élections présidentielle et législatives. A cet effet, des financements par millions de dollars pleuvent sur le Mali. Malgré tout, la mission risque d’être difficile !

La jeunesse, par exemple, est plus que jamais découragée. Depuis l’avènement de la démocratie, le taux de chômage n’a jamais autant grimpé. La fermeture d’entreprises et l’effondrement du secteur touristique et culturel n’ont rien arrangé. Leur découragement trouve ses causes aussi dans la crise du système scolaire qui les empêche d’être formés et d’être compétitifs sur le marché de l’emploi.

Donne inouïe, avec l’état d’urgence, les jeunes ne peuvent pas se défouler aux sons de musiques endiablées dans les discothèques, maquis ou autres lieux de distraction. Or à eux seuls, les 18-30 ans représentent plus de 65 % de l’électorat. Quelle légitimité aura donc le prochain président de la République si cette partie de la population ne votait pas ce jour-là ?

Certains souhaitent le report des élections, à la grande satisfaction, j’imagine, des putschistes et de leurs associés politiques. Les arguments ne font pas défaut. Quelle idée de mettre les gens en rang pendant le mois du jeûne de ramadan. A croire que ceux qui ont choisi cette date ne connaissent pas le Mali. Si c’est les Français (j’avais décidé de les ménager après la libération du Nord mais bon chez moi le naturel revient au galop), cela n’est guère surprenant.

La France est une nation laïque et quelque fois déconnectée des réalités locales. Si c’est le président intérimaire, c’est encore moins surprenant. Qui ne se rappelle de son déjeuner télévisé avec Cheick Modibo Diarra l’année dernière en plein mois de ramadan pour montrer leur soi-disant entente cordiale ? Ces images à la télévision nationale n’ont pas empêché les religieux d’apporter dans un stade rempli de 50 000 personnes, leur soutien au Premier ministre de pleins pouvoirs. Humm !!!

Apparemment, ils ont un penchant pour les faux dévots, ces religieux. Le nouvel homme fort du pays devra revoir les attributions du Haut conseil islamique, le mettre sous surveillance. Bref, c’est une autre histoire. Qu’ils ne se mêlent tout simplement pas de politique et qu’ils s’attèlent plutôt à se mettre d’accord sur un calendrier concernant le début du jeûne musulman et des fêtes religieuses. J’ai mangé ce matin du serval, pardon de la cervelle.

D’autres Maliens ne veulent pas voter le 28 juillet. C’est la saison des pluies. On ne va quand même pas aller se mouiller sous la pluie, disent-ils. Bon, je ne sais pas si cela est réconfortant mais c’est un signe d’égalité. Nous serons tous logés à la même enseigne. Nous sortirons tous, riches, pauvres, musulmans, chrétiens… pour voter sous la pluie.

Oh oh, de la pluie partout, même à Kidal ? Pas si sûr. Est-ce qu’il y aura des élections à Kidal, tchippp ? Que les électeurs là-bas sortent massivement pour exprimer leur attachement à la République. Ils ont même de la chance eux. Il n’y pleut qu’une fois toutes les décennies. Ne m’accusez pas de discrimination, j’essaye juste d’encourager les uns et les autres à accomplir leur devoir citoyen d’autant plus que la Céni et le gouvernement ont donné toutes les garanties. Qu’ils arrêtent d’utiliser cette excuse quand d’autres sortent sous la neige pour accomplir leur voter

Il faut voter, car en 1991 des innocents sont morts sous les balles de la dictature sanguinaire du général Moussa Traoré pour que nous ayons la liberté d’expression, pour que nous aussi puissions rêver d’un avenir meilleur. Il faut voter, car nous avons vu les effets de la mauvaise gouvernance. Nous avons aussi vu l’Etat de la nation sous un régime militaire quoique éphémère.

S’il y a une leçon, un enseignement à tirer cette année, c’est qu’il nous faut être responsable. Etre citoyen, c’est des droits mais aussi de lourds devoirs dont le vote et aussi la liberté de choisir celui qui a un projet pour le Mali et ses enfants. Je sais que ce n’est pas évident vu la qualité de certains des candidats mais que faire ? Il aurait peut-être fallu une période transitoire plus longue pour un renouvellement de la classe politique.

Mais mon Dieu, on ne peut pas rester avec le prince consort plus longtemps ! C’est pire que sortir sous la pluie et aller voter. De plus, assez de ce bicéphalisme à la tête de l’Etat et de cet intérimaire qui à moins de 2 mois de la présidentielle n’a trouvé mieux que d’aller se balader au Japon. Il faut aller voter dans la joie et l’entente pour élire un président légitime.

Birama Konaré

Les Echos du 4 Juin 2013