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Ce que le pays devrait faire pour créer un cercle vertueux et trouver une solution à certains de ses problèmes.

Avec la nouvelle année, l’heure est venue de faire des résolutions. Toutes ces choses que nous souhaiterions accomplir. Pour ne pas se décourager, chacun a sa petite méthode : certains se confient à leurs proches, d’autres font des paris et même des serments sur l’honneur.

Personnellement, j’écris mes résolutions dans un bloc-notes. Mes objectifs pour 2009 sont simples, voire banals. Le sport est au top de ma liste, un peu de musculation pour renforcer les muscles du dos mais aussi pour faire beau gosse. Voilà, c’est dit !

Au programme, une vie saine et équilibrée, donc point d’impasse sur les repas et priorité à mon bilan santé. Et encore au programme, la communauté sera au cœur de mes préoccupations. Je fais le vœu d’être plus actif dans les réseaux associatifs et humanitaires pour soulager les plus fragiles.

Enfin, côté épanouissement personnel, j’arrêterai pour de bon de regarder du côté de Bozola saturé par des programmes soporifiques et unanimistes. Rien d’extraordinaire donc ! Mais la révolution peut venir d’ailleurs, de nous tous en fait. Il suffit que les Maliens, les politiques en premier lieu fassent une liste, comme la mienne, pour la nouvelle année.

En cette période de vœux, j’ai décidé d’être taquin et de témoigner mon attention à nos dirigeants en leur proposant ce petit inventaire de résolutions. Il n’est pas forcément exhaustif même si je fais partie de ceux qui s’attèlent à atteindre tous les objectifs qu’ils se fixent. Cela demande de la mesure.

La défense de notre dignité passe par le refus des vols charters qui rapatrient de façon inhumaine et brutale les émigrés maliens. Etre un sans papier ne veut pas dire être hors la loi, être un bandit. Les Africains n’ont-ils pas le droit d’aller à la conquête d’un avenir meilleur ? Le ministère de l’Intérieur français ne cesse d’augmenter le quota des expulsions (plus de 25 000 par an). Insupportable ! Bien, je vais un peu étoffer ma liste.

En 2009, si je vois une personne brutalisée, ligotée et ballonnée comme c’est souvent le cas sur Air France, je n’hésiterais pas à protester à bord en sollicitant l’appui des passagers. Je sais, je ne pourrai pas compter sur le personnel naviguant qui ne cesse de répéter aux passagers « ce sont des mesures gouvernementales ».

Alors, qu’attendons-nous pour prendre nous aussi des mesures gouvernementales interdisant cette humiliation affligée à nos frères ? Faut-il passer sous silence ces méthodes méprisantes, voire racistes des pays qui se disent amis du Mali ?

Une solution politique à la crise du Nord

La donne Bahanga a refait surface en cette période de fêtes. Le discours présidentiel n’a laissé personne de marbre par sa rupture de ton et la colère d’ATT. Cette colère est justifiée. Je suis d’accord que nul n’a le droit de tuer des hommes, de surcroît de jeunes militaires dans l’exercice de leurs fonctions.

Je me fie à l’expertise militaire du président, « ayant appris à faire la guerre ». Ses conseils d’ancien général seront utiles pour prévenir les attaques et pour mieux se positionner dans la logique de la riposte. Cela dit, je préfère que le président s’en tienne à sa posture de chef de l’Etat. Qu’il laisse aux généraux la gestion opérationnelle des affaires militaires.

Tenez, il y a un livre dans ma liste de lecture en 2009, que je recommande fortement à nos forces vives : l’Art de la guerre de Sun Tzu, qui n’est pas seulement la guerre militaire mais la guerre sous toutes ses formes. Permettez cette dernière plaisanterie. Le président est en colère. Je veux juste que notre exécutif se détende.

Les défis à relever sont énormes. Dans la liste des objets à acquérir, je demande aux différentes directions administratives et financières d’acheter un punching ball pour patrons stressés sinon des poupées vaudoues à l’effigie de Bahanga.

Plus sérieusement, tous les experts et fins stratèges encouragent une solution politique car tant qu’il y aura des minorités, nous serons amenés à toujours négocier.

La diplomatie est l’option conseillée parce que certaines de nos minorités se disent victimes d’injustices malgré les concessions faites par les différents gouvernements (intégration dans l’armée, dans la haute administration, allocation de fonds de développement, valorisation culturelle…)

Ne pourrions-nous pas organiser une rencontre, ici au Mali au début de l’année 2009, avec les partis politiques, la société civile, les partenaires au développement ? C’est important qu’un débat soit engagé en famille. Que chacun se sente concerné. Ensuite viendra le dialogue avec les pays amis.

Ce n’est plus un secret de polichinelle pour l’opinion nationale, les « rebelles » agissent avec la bénédiction de forces étrangères malveillantes, celles-là mêmes qui sont accueillies avec honneur et déférence chez nous, qui y développent des business très lucratifs.

Alors, soyons fermes avec nos amis ! C’est ainsi qu’ils nous respecteront. Qu’ils retournent chez eux avec leurs biens s’ils ne sont pas en mesure de respecter l’unité de notre patrie !

Nous trouverons bien d’autres partenaires. Avec notre manne minière, bientôt pétrolière, notre potentiel touristique, notre riche histoire et culture, notre position géostratégique, notre Maliba aura d’autres nations courtisanes.

Le début de la révolution sociale

J’ai un vœu. Mieux, c’est une idée que je vends aux politiciens, les maires en particulier. J’aurais dû la proposer au plus offrant pendant les campagnes électorales de 2007. Je déborde.

Ne m’en tenez pas rigueur, les lendemains de fêtes sont difficiles. Voici ce que je propose : l’interdiction du transport des bébés sur les motos. Je ne suis pas très intelligent, vous savez, mais nous pouvons imaginer certaines formules. Que chaque mairie se dote de quelques voitures, appelons-les des « bébé-mobiles ».

A la demande des parents, par un simple appel téléphonique ou une inscription à la mairie, la voiture passera récupérer la mère et l’enfant pour aller aux consultations médicales et une fois par mois pour rendre visite aux proches. Le reste du temps, les bébés restent à la maison pour leur bien-être.

Une autre urgence sociale, les logements sociaux. Bravo pour les « ATTbougou » même les bourgeois sont envieux. Ces quartiers ressemblent de plus en plus à la Cité du Niger, à la zone ACI avec leurs Mercedes, leurs femmes ornées de bijoux en or. Un constat implacable, de l’autre côté, les mendiants élisent toujours domicile au feu tricolore du Grand hôtel, de la Maison de la presse… Ne sont-ils pas des citoyens de ce pays ? Ne rentrent-ils pas dans la catégorie « sociaux » ?

Si oui, qu’attendons-nous pour leur attribuer un domicile ? Sinon, à quand les logements « très sociaux » pour les sans abris ? A inscrire donc dans un recoin de l’agenda présidentiel 2009 avec la mention qu’il faut encourager « l’Initiative riz » du chef de gouvernement en lui recommander de garantir une baisse des prix des sacs de riz.
Fouetter les citoyens véreux et flagorneurs

Force est de constater que l’année 2008 fut rude pour nous chefs d’entreprises. Oui, le Trésor n’a pas été solvable, oui la conjoncture mondiale est difficile. Il n’y a que le ministre des Finances qui ne voit pas les effets de la crise.

Ne nous y trompons pas, ne nous faisons pas d’illusion, si l’Afrique veut se développer, elle doit compter sur sa jeunesse pour participer à sa construction. Trop souvent, celle-ci est découragée par les pratiques malsaines et mafieuses que sont la corruption, le copinage, la paresse, le manque de sérieux et de rigueur dans nos services.

Le président ATT doit débarrasser le Mali des fonctionnaires véreux, sans gangs ni pincettes. Que les juges les renvoient méchamment en prison. Qui qu’ils soient !

Ces pleutres disent agir au nom du président. Qu’ils cessent de donner des marchés en fonction des gens qui s’opposent à ATT ou qui lui lancent des fleurs. Moi, j’ai appris à mes dépens que tous ceux qui me font la cour ne sont pas forcément des gens qui me veulent du bien.

Je ne veux pas être trop long. Je veux des résolutions réalisables au plus vite. Il y a d’autres choses comme la santé, l’éducation, mais je pense et j’espère que le gouvernement est en train de baliser ces terrains. Pour finir, permettez-moi de suggérer à notre exécutif de proscrire certains mots de cette liste.

A bannir « trafiquants de drogue, terroristes » quand il s’adresse aux rebelles. La gestion du Nord-Mali se résume-t-elle à ces mots ? Il y a toujours eu des rapports conflictuels séculaires dans notre pays. Les terroristes, ce sont ces gens qui pillent l’argent de l’Etat dans le dos de citoyens honnêtes.

Les trafiquants, ce sont ces gens qui font du trafic d’influence, de la censure… Je demande à certains ministres de cesser de placer le nom d’ATT dans chaque phrase qu’ils prononcent. Cela donne l’impression d’être dans une autocratie. In fine, en 2009, les inaugurations intempestives, les soirées mondaines même pendant le Ramadan seront sans classe et du plus mauvais goût.

Le mauvais goût, ce sont toutes ces apprenties chanteuses que l’on voit à la télé du côté de Bozola, crier les louanges du président. C’est une pratique contre laquelle le président devrait s’ériger. Il n’a pas besoin d’être flatté car il ne fait qu’accomplir la mission qui lui a été confiée.

Ne nous fâchons pas aujourd’hui. Non, soyons optimistes, nouvelle année, nouvelle résolution. J’y crois même si la Palestine brûle et que personne, officiellement, n’a transmis un message de soutien ni organisé une marche dans mon pays.

Malgré tout, j’ai décidé d’y croire car 2008 a fait renaître l’espoir dans nos cœurs avec l’élection brillante d’un Noir à la tête des USA, avec la paire de chaussures envoyées au président Bush. Sympathique, l’adresse d’ATT à la jeunesse le 1er janvier juste après minuit sauf que ça faisait très Obama, chemise cravate sans la veste. Attention ce dernier a 15 ans de moins que notre président.

Tout est possible dans ce monde, il suffit de croire fort en ses rêves. Il suffit d’oser. Le rêve, c’est de voir le Mali réussir, devenir une grande puissance économique et morale. Imaginez, nous avons toutes les cartes pour réussir.

Très bonne année à tous. Pensez à faire vos résolutions !

Birama Konaré

05 Janvier 2009