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Mon cher directeur de Publication, je tiens à te préciser que je pars en mission sécrète 4 jours. Sois rassuré ! Je serai de retour avant le début des élections générales de 2013. Tu es prévenu ! Ne pense pas un seul instant que je fuis la période chaude. Non, j’étais là l’année dernière quand les bandits chefs tiraient dans Bamako. Cela fait de moi un acteur, non ? En tout cas, c’est dans l’air du temps pour certains leaders politiques de crier haut et fort qu’ils n’ont pas fui le pays l’année dernière. Ah les vrais de vrais. Pourtant, Dieu seul sait quel pacte ils ont signé avec le diable pour ne pas être inquiété ! Ce n’est pas à leur honneur de s’en prendre, lors d’interviews ou de causeries, aux personnes persécutées et brutalisées par l’ex-junte. Les forfaits ont bien fait de s’être mis à l’abri afin que leur talent résiste à la haine gratuite.

La haine semble prendre de l’eau en ce début de saison pluvieuse. L’empereur de Kati, Sanogo Ier, vient de demander pardon à la Nation pour les torts. Hummm ! Pour ma part, j’accepte ses excuses car il faut aller de l’avant. De plus, je reste ainsi fidèle à mes valeurs religieuses. J’ajouterai, qu’il serait bon aussi que Sanogo Ier s’excuse auprès des personnes directement affectées notamment les familles des militaires disparus car, bien entendu, une frontière solide comme du béton armé demeure entre le pardon et la justice. Les institutions doivent faire la lumière sur toutes les exactions et grandes souffrances causées au Nord comme au Sud. Il n’y a pas de pardon sans vérité.

La vérité. Parlons-en un peu. Elle est devenue une soupe populaire, l’apanage des gens en quête de légitimité. Chacun dans la République d’aujourd’hui en détient une, même le mensonge est devenu une vérité. Moi ce qui me fait rire, c’est les candidats aux élections présidentielles. Les grosses pointures qui mentent vertement et jurent devant Dieu et les électeurs qu’ils ont le soutien de tel ou tel chef d’Etat, tel ou tel homme d’affaires. Nous ce qui nous intéresse, c’est leur programme, ce qu’ils vont faire pour les jeunes, pour le secteur économique, l’éducation, la santé, l’environnement, le développement durable… Le reste c’est foutaise, baliverne, paranoïa, mégalomanie et on s’en fout la mort !

D’autres aussi, sorti de nulle part, arrivent à me faire pleurer. Ils ont tout eu dans la République ou ont les missions les plus nobles mais leur égo, leur soif du pouvoir les poussent toujours à vouloir être président. Ils savent très bien qu’ils n’ont absolument aucune chance, aucun appareil politique et que leur désir ne fait que briser le pays. 36 candidats en cette période de crise. Est ce que c’est une affaire ça ? Je laisse le soin aux électeurs d’apprécier ce très beau casting Hollywoodo-Bollywodien avec des acteurs dignes de Merlin l’enchanteur, Appolo 13, Pretty Woman, Devdas. Comme Shahrukh Khan, certains risquent de tout perdre : crédibilité, argent, job, amitiés…

Bon, je suis chroniqueur pas devin. Retour à nos moutons, pardon à nos candidats de la première cuvée. Cuvée ? Oh là là, les faux-dévots adorent ça ! J’en ai de la foutaise moi aussi, hein ? Nah, moins qu’eux ! Vraiment, le jour où ils sont allés en boîte, au cinéma, au casino, à Paris, Abidjan ou Ouaga pour la dernière fois, on s’en fiche royalement ! Nous avons besoin d’un discours constructeur, rassembleur et non de personnes qui viennent nous raconter leur vie et cracher dans la soupe. Dans ce registre, il y a une pré-campagne, d’un candidat qui a commencé avant l’ouverture officielle de la période électorale.

C’est vrai qu’il plane un peu, il est sur la lune tout comme le soi-disant astrophysicien, meilleur ami de Sanogo Ier (Haha Ha comme l’aurait chanté Mouchacha). L’on me dit de ne pas lui en vouloir. Que c’est un vacancier. Qu’il aurait vécu trop longtemps avec les mormons aux USA. Il ne trouve rien autre que de fustiger les 20 ans de démocratie. Comme si en 30 ans la dictature et le parti unique avaient fait mieux. Même pas le 10e ! Bon, c’est plus facile de rester dans le passé, 20 ans en arrière plutôt que de proposer un programme concret aux Maliens. Si ce n’est pas une constipation intellectuelle ça, c’est bien le signe d’une extrême mauvaise foi ou tout simplement du niègodéya djougoublé dé. Chers lecteurs étrangers, demandez la traduction à vos amis Maliens. Je pars en mission là. Je n’ai pas le temps de la communauté Internationale ni de personne d’ailleurs.

Une chose est sûre, le futur du Mali reste la démocratie. Notre système n’est pas parfait, il a connu des moments de grande fragilité et nous y avons tous notre part de responsabilité. Aujourd’hui, il faut absolument se donner la main pour porter de vraies valeurs et lutter contre tout ce qui ébranle une démocratie et un État. Il faudra que les candidats dans leur programme disent comment ils vont lutter contre la pauvreté, la corruption, le clientélisme, le sectarisme. Tous ces éléments réunis font que la pendule disjoncte et que l’on se retrouve avec des Martiens dans l’arène politique et des gens qui dévalent la Colline.

Birama Konaré

03 Juillet 2013