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Au Nord du Mali, on meurt désormais au nom de Dieu. Au sud, le tableau n’est guère brillant. Des civils et des militaires se font encore enlever et sauvagement casser la gueule. Des militaires sont toujours arbitrairement détenus dans des conditions inhumaines, malgré leur innocence pour la plupart.

Pas une action du président de la République par intérim, du ministre de la Justice, encore moins du Premier ministre qui sait se battre bec et ongles pour lui-même mais très rarement pour les victimes d’exactions sur le territoire malien.

Je ne cite que ces autorités parce que l’institution judiciaire n’est pas indépendante ; elle est couarde et reste inflexible sans se soucier des prisonniers politiques. Quelle misère morale ! Après tout ça, dans les mois à venir, il faudrait veiller à reformer cette justice, lui rendre ses lettres de noblesse.

La messe a été dite. Pardon, la prière musulmane a été faite. Il est plus prudent de se mettre à l’horloge islamiste. Le président reste, le Premier ministre garde ses pouvoirs de droit divin et contre vents et marées une bonne partie de son équipe gouvernementale.

Mais maintenant où allons-nous ? Pure chimère de penser que la situation restera comme telle. Chaque jour qui passe au Mali est un jour supplémentaire de chaos, de grande souffrance et un trou de plus au navire en eau trouble. Est-il utile de rappeler que le Nord est en attente d’être libéré ?

Est-il utile de rappeler que les élections doivent se tenir d’ici l’été prochain ? Quelle est la stratégie étatique ou vont-ils nous la jouer à nouveau ? Nous faire un hold-up électoral pile au moment où les peuples, à travers le monde, demandent plus d’indépendance, plus de liberté.

Certes, il y a eu un soulèvement dans les casernes ayant entraîné la chute d’ATT. A mon avis, cela n’est que les prémisses d’un plus grand changement, car la plaie du Mali reste profondément ouverte. Pourquoi le président de la République par intérim ne s’en occupe-t-il donc pas ?

La déchirure, la haine au sein de l’armée, la situation économique plus que catastrophique avec son corollaire de fermeture d’entreprises, de licenciements ne cessent de s’excaver.

Les prix des aliments ont repris leur flambée après une baisse, notons-le, remarquable lors du mois de ramadan. A ce tableau sombre, ajoutons que le peuple en quête de justice, d’équité, de progrès économique, lui ne s’est pas encore réveillé.

La pire des situations serait que d’ici à la fin de l’année, nous soyons là encore à discuter de la légitimité du gouvernement, des organes de transition, du plan d’action, ou des casseroles éhontées de notre sacrée classe politique. Que de morts entre temps ! Le pays, les Maliens ont suffisamment souffert, l’image de marque du Maliba a été assez écornée.

Maintenant, il est temps d’être un peu plus courageux pour mener le navire à bon port, pour tisser la cohésion sociale, mais cela semble tomber dans les oreilles de sourds. Mais sincèrement que peut-on attendre d’un homme de 70 ans sauvagement agressé et bafoué ? D’un Premier ministre parano qui prend la terre entière et toutes les galaxies autour, pour ses ennemis jurés ?

En tout cas, très peu d’actions jusque-là. Celui qui a les pieds sur terre et la tête sous les nuages, sait bien entendu que les ennemis les plus redoutables ne sont pas à Bamako mais ils descendent vers nous, hier ils étaient à Douentza, se propageant tel un virus brisant les valeurs, les symboles, les foyers et forçant des centaines de milliers de Maliens à l’exil.

Comme toujours, les femmes, les enfants et les jeunes payent le prix fort. Ces derniers finiront par prendre leur destin en main et construire un pays bâti sur des valeurs de solidarité, de justice, de confiance, de grands principes couplés à des actions humanistes et fraternelles.

En attendant le réveil de Dioncounda et associés, libre aux jeunes de se regrouper physiquement, sur les réseaux sociaux ou à travers les associations pour défendre les valeurs citoyennes et s’insurger contre les dérives.

Au bout du compte, ce que nous contestons c’est un modèle de gouvernance lâche, mou et irresponsable, car être représentant de la nation, dans une démocratie de surcroît en crise, c’est de faire travailler les institutions correctement pour le bien-être des populations.

Que le sang versé depuis le mois de mars soit remplacé par du sang neuf !

Birama Konaré

03 Septembre 2012