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Peut-on vouloir d’une chose et son contraire à la fois ? Une question qui, a priori, manque de bon sens, quoi que dans le contexte malien elle peut avoir toute son importance. Car, malgré les coups pris, malgré la grave crise traversée, nonobstant les menaces qui sont encore présentes, la majorité des Maliens semble encore avoir du mal à savoir ce qu’elle veut et où elle veut aller. Les propos du Premier ministre, Oumar Tatam Ly, lors de l’ouverture du Forum national sur la corruption et la délinquance financière, la semaine dernière, sont assez éloquents.

En effet, le chef du gouvernement dira qu’en matière de corruption, si collectivement les Maliens veulent changer et veulent une correction des comportements, il est loisible de constater qu’individuellement, c’est plus compliqué et que personne ne change. Or, vous en conviendrez avec moi, si au plan individuel la volonté de changer la façon de faire les choses n’existe pas, cela ne sert à rien de rêver, collectivement les choses resteront en l’état. Et si cela est vrai dans le domaine de la corruption, il l’est aussi dans presque tous les autres domaines.

L’on crie à longueur de journée l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, mais si vous n’avez pas les « bras longs« ou des soutiens de taille, quelles que soient vos compétences, pas évident de pouvoir occuper certains postes de responsabilité. En somme, tout le monde, dans les discours, combat énergiquement le népotisme et le favoritisme. Mais dans la réalité, personne ne fait rien contre, car chacun semble en profiter à un moment ou à un autre. De même, on exige la rigueur dans la gestion des deniers publics, des séminaires sont organisés dans ce sens et financés à grands frais.

Et que croyez-vous ? C’est le dernier souci de chacun, car le bien public, c’est une source intarissable dont il faut profiter au maximum tant qu’on a la main à la patte. Les voies de Bamako sont-elles encombrées et envahies par des milliers de vendeurs de tout acabit ? Collectivement, nous dénonçons tous le calvaire des embouteillages et l’anarchie ainsi créée, alors qu’individuellement chacun y trouve son compte. Nombreux sont en effet ceux qui, au détour d’un carrefour ou à la faveur d’un arrêt forcé, n’hésitent pas à faire appel à ces vendeurs à la sauvette pour payer tel ou tel article.

Si tout le monde refusait d’acheter quelque article dans ces conditions, pensez-vous qu’ils allaient continuer à venir risquer leur vie pour de la peccadille ? Assurément, le ver est dans le fruit. Les maux du Mali sont connus et dénoncés avec les mots qu’il faut. Les remèdes le sont aussi et ils ne sont pas hors de portée. C’est simplement la volonté qui manque. Le désordre et l’indiscipline se sont dangereusement ancrés dans nos habitudes. Ce qui incline à l’extrême facilité, débouchant sur un inquiétant laisser-aller.

Sinon, comment comprendre que les uns et les autres n’arrivent pas à assainir simplement leur cadre de vie ? Les ordures ménagères sont enlevées pour être négligemment déposées là où on peut, avant qu’elles ne reviennent par un coup de vent ou ne s’amoncèlent pour se transformer en dépôts de transit permanents.

Bref, nous naviguons entre leurres et lueurs en cherchant à se donner bonne conscience. Le Mali nouveau aura du mal à émerger si individuellement chacun n’y met du sien. Le Mali d’Abord risque d’être le Mali d’Après les intérêts, les mauvaises habitudes et pratiques, les petits arrangements et les compromissions… En somme, un Mali à bout de souffle et saigner à blanc.

Maliden

Les Echos du 29 Janvier 2014