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Est-ce par naïveté ou par un patriotisme exacerbé que je croyais, comme un enfant peut croire au père Noël, que les Maliens avaient tiré toutes les leçons de la grave crise que nous venons de traverser.

En se promenant dans les rues de Bamako, l’épicentre de la vie sociopolitique et économique du Mali, il est aisé de constater que très peu de choses ont changé dans le comportement des uns et des autres. Nulle trace du traumatisme vécu par la double crise politique et sécuritaire.

Et pourtant, il suffit d’observer autour de soi pour se rendre compte que le pays n’est pas encore totalement sorti de la crise. Les véhicules blancs des Nations unies circulent partout, le dispositif sécuritaire est fortement renforcé au niveau de certains bâtiments publics, de certaines ambassades et des principaux hôtels de la ville…

Assurément, Bamako n’a pas le même visage d’avant mars 2012. Il est certes bon de se mettre au-dessus de certaines contingences. Toutefois, est-il bon de vivre comme si rien de grave n’était arrivé en reproduisant les mêmes actes qui nous avaient plongés dans les abîmes ?

Là est toute la question. Le citoyen lambda vaque à ses occupations cherchant toujours des chemins de travers pour rapidement arriver à ses fins. Il exerce et abuse même de sa liberté de faire tout en marginalisant ses devoirs, surtout celui de veille démocratique.

L’on me dira que chacun court derrière sa dépense quotidienne, un quotidien de plus en plus précaire. Les politiques jouent à leur jeu favori avec en ligne de mire la préservation de leurs intérêts, rien que leurs intérêts, quitte à retourner de veste 3 ou 4 fois.

Ces mêmes politiques font l’objet d’une cour assidue de la part de certains opérateurs économiques qui, pour faire fructifier leurs affaires, n’ont d’autres recours que des passe-droits.

Ce qui cause un dommage incalculable au tissu économique, donc à la croissance, autrement dit au panier de la ménagère. Bref, les vieilles habitudes semblent avoir la vie dure et chacun se retrouve dans une course pour contourner la loi et préserver ses intérêts. Et au rythme où on va, il n’est pas exclus que la machine puisse à nouveau se gripper.

Certains maîtres du jour, que ne tarissaient pas de critiques à une époque non lointaine, toute honte bue, reproduisent pourtant les mêmes actes qu’ils n’ont eu de cesse de dénoncer. Ils abusent de leur position pour perpétuer des pratiques qui ont montré toute leur limite et qui font partie des causes de la crise que nous avons connue.

En faisant du bouge-toi de là pour que je m’y mette, ils s’exposent à la même sanction de la part des citoyens désabusés. A quand donc le changement, le vrai, celui qui va consacrer la rupture d’avec le passé ?

On scrute l’horizon pour le chercher. Et on risque de scruter pendant un long moment encore, car même les spécialistes en art divinatoire y perdent leur latin. Les attentes sont grandes, mais on a l’impression que personne n’entend faire de concessions pour aller vers le changement tant souhaité.

Ne faisons pas fi des signaux que nous observons à longueur de journée dans nos rues. Ils sont là pour nous rappeler que même si il y a une nette amélioration de la situation, qu’il reste encore du chemin à parcourir. Le changement ne doit pas être un simple concept. Il doit se traduire dans tous nos actes.

Maliden

Les Echos du 4 février 2014