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Le président de la République ayant triomphé de tous les obstacles dressés sur son laborieux chemin, c’est au tour du chef de gouvernement de trinquer. Il est devenu la cible préférée des déstabilisateurs de tout bord, l’objet d’une campagne de dénigrement savamment orchestrée, minutieusement synchronisée, largement servie. Les tirs, de plus en plus nourris, de plus en plus groupés, ont commencé il y a quelques temps, lorsque l’échec de la déstabilisation de Koulouba a été constaté.

Nul n’est besoin d’épiloguer ou de s’attarder sur ce que les tireurs reprochent à Modibo Sidibé. Et nul n’est besoin non plus d’être un devin pour deviner d’où proviennent ces tirs. Cependant, il serait intéressant de connaître leur première motivation. D’où découlent toutes les autres. Dans certains milieux, on a estimé que le Premier ministre doit partir. Comment ? Il faut tout simplement lui faire la peau, à défaut de s’obtenir sa tête. Pour le remplacer, on ne s’embarrasse guère de scrupules.

Des noms sont avancés pour lui succéder, à lui et à la plupart des membres de son équipe. En somme, c’est dans certains « grins », rédactions de « journaux », sièges de partis politiques ou salons feutrés, que le prochain remaniement est décidé et configuré. Par qui ? A l’analyse, il est difficile pour l’observateur le moins averti de ne pas incriminer certains cercles.

Pas de Premier ministre non partisan

Le premier est constitué par le gouvernement lui-même. Les caisses de l’Etat étant vides, le chef du gouvernement avait prôné, depuis quelques mois, une politique de gestion rigoureuse des maigres ressources publiques. Plus de voyages dispendieux et inutiles, plus de réceptions somptueuses, plus de missions superflues. La consommation de téléphone, d’eau, d’électricité, de carburant doit être rationnée.

Beaucoup de ministres, adeptes de l’usage et de l’abus des biens publics, se sont retrouvés de plus en plus incapables de participer, à hauteur de souhait, au financement de leurs partis ou familles politiques respectifs. De fait, ils sont encore plus inquiets au fur et à mesure qu’approchent les futures échéances électorales.

Notamment la présidentielle de 2012, point de mire de la plupart. En prenant des mesures de restriction des dépenses publiques, d’économie et de bonne gestion des ressources publiques, le Premier ministre, avec l’accord et sous la responsabilité du chef de l’Etat, entend minimiser l’impact de la crise financière internationale dont découlent, quoiqu’en disent certains dénués de tout bon sens, la cherté de la vie et la pénurie des ressources publiques.

Apparemment, il y a des ministres qui se sentent peu concernés par l’état de santé de la Nation, leurs préoccupations restant les intérêts seuls et uniques de leurs familles politiques. Les politiques se sont résolus, depuis bien avant la fin du premier mandat de l’actuel locataire de Koulouba, à revenir aux affaires.

Ils l’ont dit et réaffirmé lors de conférences nationales ou de congrès de parti. Ils l’écrivent ou le font écrire dans certaines colonnes de la presse. D’où l’ébullition et l’effervescence constatées au niveau de certains états-majors de parti politique. Là, les ténors sont déterminés à en découdre avec le chef du gouvernement jusqu’à ce que fin s’en suive : destitution ou démission. Ils ne veulent plus d’un chef d’exécutif non partisan.

Le Premier ministre a une particularité. Comme son ami et mentor, Amadou Toumani Touré, il est apolitique et s’est toujours soigneusement tenu à distance, voire à l’écart des partis politiques et des associations. Déjà quand il n’était que directeur de cabinet à la présidence, beaucoup lui ont reproché d’être un rempart, voire un obstacle, entre le chef de l’Etat et les responsables de ces associations qui, pour des motifs divers, débarquaient intempestivement à Koulouba pour voir ATT. Devant toute cette agitation et ces feux nourris, Sidibé a-t-il besoin même de Kevlar ou de parapluie ?

A priori, non. Il est hors de portée pour certaines raisons. D’abord, parce que ce n’est pas dans les salons feutrés, les « grins » ou les états-majors de partis que se prépare un remaniement ministériel. Cette décision relève de la seule autorité et compétence du chef de l’Etat.

Lequel, jusque là, a toujours résisté aux pressions, d’où qu’elles viennent, et pris ses décisions en tout état de cause, selon les intérêts supérieurs de la Nation. Ensuite, parce que le tandem à la tête de l’Etat a compris que les pleurnicheries et sensibleries des uns, les querelles et calculs politiciens des autres n’intéressent pas les Maliens.

Ils en sont fatigués. Les Maliens veulent à manger suffisamment, à boire sainement, à se loger décemment. Les Maliens veulent du travail, ils veulent que l’on s’occupe de leurs problèmes quotidiens. Et sur ce plan, depuis quelques années, d’énormes efforts sont consentis par les plus hautes autorités. Les Maliens ont compris cela, eux qui ont toujours aspiré à laisser le gouvernement travailler en paix, sans souscrire à l’agitation politicarde ou à la mesquinerie.

Cheick Tandina

16 Mars 2009