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La semaine a été marquée par un évènement si symbolique qu’il confirme les prévisions quant aux prochaines mutations de l’échiquier politique national. Il s’agit de la fusion du PASJ et du RND. Elle intervient à un moment où les partis politiques maliens sont estimés en nombre très élevé.

A ce jour, 115 formations politiques sont inventoriées. Formations cependant difficile pour beaucoup d’entre elles à classifier, catégoriser ou étiqueter, vu qu’il ne saurait exister 115 projets de société différents pour le seul Mali.

En outre, la majorité de ces partis a du mal à se faire entendre des électeurs donc, à se rendre intéressants ou importants aux yeux de ceux-ci, du président de la République ou du Premier ministre. D’où leur absence du parlement et du gouvernement. Seulement, l’absence se prolonge et beaucoup sont appelés à disparaître, s’alliant à d’autres formations pour prendre une nouvelle entité ou encore à se fondre dans des partis déjà connus.

Dans le premier cas de figure, le cas de l’URD est assez illustratif. Le parti de la poignée de mains est né de la conjonction en 2003 du PMDR, de l’UDR, du MC-CDR et d’une dissidence du PASJ. Ils seront rejoints par la CND et le PMPS. Depuis, le nouveau parti issu de cette fusion a enregistré des adhésions individuelles ou collectives.

Dans le second cas, l’illustration la plus récente est la fusion du PASJ et du RND, ou plutôt de ce qui reste de ce dernier dont une portion, la plus importante, avait regagné les rangs de l’URD. Ainsi, les deux partis les plus représentatifs au Mali, PASJ et URD, se nourrissent sans cesse des restes de leurs désormais anciens adversaires politiques. Et la course est loin d’être terminée.

Ces fusions ont le mérite d’apporter plus de visibilité et de lisibilité dans un paysage politique facilement assimilable à une nébuleuse. Car malgré les dissidences qui continuent au sein des formations et engendrent de nouvelles formations, le nombre des partis politiques a tendance à baisser. Pour le bonheur des militants et des observateurs qui y verront plus clair.

S’il y a deux entités qui ne sont pas près à aller vers une quelconque fusion, c’est bien les deux centrales syndicales des travailleurs. Le premier mai, journée commémorative de la Journée internationale des travailleurs, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) et la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) ont préparé l’évènement chacune de son côté, défilé séparément, et se sont lancées les piques habituelles.

C’est la CSTM qui a ouvert les hostilités dès le 28 avril, date de son dixième anniversaire, lors d’une conférence de presse tenue à son siège. Son secrétaire général, Hamadoun Amion Guindo, y a fait l’historique de sa centrale née dans la douleur, fait valoir les acquis auxquels ils sont parvenus, et évoquer les difficultés qu’ils vivent.

Au titre des acquis, il a cité l’obtention d’un acte de conformité, l’implantation de la centrale, la tenue de formation permanente, l’instauration de partenariats internationaux, l’obtention d’un siège permanent, la création d’un cadre de concertation avec le gouvernement et le patronat, l’obtention de subventions de l’Etat, et l’implication de la CSTM à la définition, l’élaboration, l’adoption et la mise en œuvre de certaines politiques nationales. Ces acquis ont, pour la plupart selon le patron syndical, été obtenus à l’avènement de ATT.

Parce que le gouvernement, jusque là, s’était montré partisan.
La CSTM vivait dans un ostracisme voulu et entretenu par le président sortant Alpha Oumar Konaré qui privilégiait ses relations avec l’autre centrale.

Autres difficultés, les droits et libertés des travailleurs affiliés à la CSTM sont violés par les employeurs, et des intimidations et menaces sont exercés contre eux dans les entreprises ; les doléances de la centrale seraient traitées avec légèreté et indifférence par les départements sollicités. Qu’à cela ne tienne, la CSTM continue sa traversée du désert, car comme le dit le vieil adage, le syndicaliste est toujours au combat, souvent battu mais jamais abattu. Elle compte sur les nouvelles autorités pour se revigorer. En particulier elle veut être traitée sur le même pied que l’autre dont elle est issue.

Lors du défilé du 1er mai sur la « Promenade des Angevins », le secrétaire général, Guindo, a dédaigné son grand rival pour une sortie musclée sur les questions brûlantes de l’actualité. Selon lui, les bandits armés, les militaires déserteurs, les apatrides et leurs complices doivent être démasqués, poursuivis et châtiés.
Concernant l’Ecole, la haute responsabilité des autorités est d’extirper la gangrène, arrêter les expérimentations douteuses, les innovations pédagogiques futiles, les contractualisations hasardeuses, etc.

Pendant ce temps, son ennemi intime Siaka Diakité, secrétaire général de l’UNTM, était au « Boulevard de l’indépendance » pour son défilé à lui. Avec les récriminations, les mises en garde et les menaces habituelles. Pour corser le tout, il a introduit quatre nouvelles revendications, sans oublier son antienne favorite, depuis quelques temps, sur la question de l’emploi, de l’école malienne et de la situation au nord.

Pour ne pas être accusé de partialité entre ces deux centrales, le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, pourtant annoncé et attendu, n’a assisté à aucun défilé. Il a laissé le soin au chef du gouvernement, Modibo Sidibé, de déléguer les ministres de son choix sur les lieux où se sont déroulés les deux évènements.


Cheick Tandina

05 Mai 2008