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Dernièrement, certains journaux se sont allègrement délectés d’un fait à eux gracieusement offert. En cela, ils n’ont fait que relayer une certaine tendance qui est en train de se généraliser. Il s’agit de la propension de certains partis politiques de médiatiser à outrance la moindre adhésion ou fusion en leur faveur.

Il est vrai que l’actualité politique est peu fournie, ces temps-ci, les acteurs semblant tomber dans une atonie qui désespère les observateurs de la vie politique, et que la crise du nord, qui a fait les choux gras de la presse, connaît actuellement une accalmie de bon augure.

Pour occuper la presse, le moindre fait politique, si peu significatif soit-il, est ainsi communiqué et en l’occurrence, le retour d’une Safiatou Touré au PASJ, nonobstant son caractère anecdotique, est un fait peu significatif.

Le retour « d’une trentaine de responsables » encore beaucoup moins. Qui est Safiatou Touré ? Ceux qui se font encore obligation de se rappeler d’elle retiennent que la dame a été élue députée en 1997, dans la circonscription électorale de Gao, sur une liste Adéma.

Qu’en 2000, elle a quitté ce parti pour rejoindre Ibrahim Boubacar Kéita qui venait de démissionner de la présidence et des instances de l’Adéma pour créer, quelques mois plus tard, le Rassemblement Pour le Mali.

Qu’en 2002, lors des élections législatives, elle a été battue sur une liste RPM par les candidats de son ex-parti, le PASJ. Qu’en 2007, quelques mois avant les législatives, elle avait sollicité en vain l’investiture de la section de son nouveau parti à Gao.

Malheureusement, les responsables du RPM ont estimé avoir de meilleures cartes à jouer. Et enfin, qu’après cette disgrâce et ce désaveu, dame Touré est tombée dans un des pires travers de nos responsables politiques.

Elle a préféré battre campagne contre son propre parti, aux côtés des adversaires de celui-ci. Beaucoup pourraient être tentés de croire que si le PASJ a gagné la bataille électorale, c’est grâce à cette bonne dame.

En réalité, il n’en est rien. En 2007, les Abeilles ont bénéficié de la conjonction de plusieurs facteurs, dont aucun n’a un rapport direct avec dame Touré. Facteurs qui ont fait que le doute est toujours permis en ce qui concerne la vérité des urnes en 2007 à Gao.

Si cette anecdote est rappelée ici, c’est simplement pour souligner que les responsables politiques maliens ont trop tendance à ne regarder que leur seul nombril, au détriment de la cause commune, en oubliant cette vérité cardinale : nul n’est indispensable.

Demain, si la section Adéma de Gao refusait d’investir dame Touré aux législatives, ce qu’elle veut par-dessus tout, elle émigrera encore vers des horizons plus prometteurs. En tous les cas, il n’y a pas de quoi faire un plat.


Fraude généralisée

En revanche, s’il y a un évènement qui a fortement intéressé les Maliens, c’est l’organisation et la tenue du baccalauréat. Evènément qui ne manque pas non plus d’inquiéter le pays entier si l’on se donnait la peine de se pencher sur les conditions dans lesquelles les épreuves se sont déroulées.

Pour rappel, la coordination des syndicats de l’enseignement secondaire, COSES, en brouille avec le gouvernement à propos de revendications non satisfaites, avait décidé de boycotter les compositions et les examens. Et, c’est dans ce contexte exceptionnel que le ministre a décidé d’organiser les examens en les faisant surveiller et corriger par les enseignants consentants de l’enseignement privé.

Le ministre avait réussi son coup d’essai, avec les compositions. Mais le baccalauréat étant d’un autre calibre, il semble que le ministre s’est royalement planté, les surveillants ayant fait défaut. La surveillance des épreuves s’est effectivement révélée une catastrophe. A en croire certaines sources, en fait de surveillants, il y avait du « n’importe quoi ».

Les élèves s’en sont donnés à cœur joie. En utilisant les téléphones portables pour les calculs de math ou pour se faire aider par leurs professeurs titulaires, en sortant ostensiblement les calculettes, en se consultant devant des surveillants ; bref, la fraude à grande échelle. Le ministre avait pourtant donné des assurances, se targuant même de pouvoir tout organiser et exécuter proprement.

Le chef de l’Etat et ses autres collègues lui ont fait confiance. La grande inconnue, à l’heure actuelle, c’est de savoir comment le ministre va organiser les corrections. Aura-t-il recours aux cadres de l’administration ?

Cheick Tandina

30 Juin 2008