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Le front de la contestation, à défaut de vraiment s’animer, est en train de s’agiter de plus en plus. Il est même décidé à jouer sur plusieurs tableaux à la fois. C’est, sans doute, sa nouvelle stratégie après qu’il ait échoué à mettre dans la rue les paisibles populations, sous prétexte que les prix ont pris l’ascenseur et que les ressources font défaut.

Ce front a deux principaux animateurs (un troisième est retourné à son parti déjà acquis à la majorité présidentielle, et un quatrième s’est spécialisé dans la question du nord dont il fait son « cheval -boiteux- de Troie ») Tous deux sont députés à l’Assemblée nationale. Chacun des deux est chef de parti.

Aucun des deux ne dédaigne le titre de chef d’opposition, même si ce titre est une couronne sans joyaux au regard de l’insignifiance du nombre de parlementaires (19 sièges sur 147) dont ils peuvent se prévaloir.

Tous les deux ont été battus au premier et unique tour de la dernière présidentielle. Et tous deux (seraient-ils déjà en pré campagne ?) ont depuis peu investi la scène publique et se fendent de déclarations diverses. Avec les mêmes cibles, les pouvoirs publics, et le même auditoire, le peuple.

Mais là s’arrêtent les similitudes, car chacun de ces deux a sa stratégie propre. L’un se dépense en voyages dans les régions pour animer des conférences régionales de son parti. L’autre s’est scotché au pupitre de l’Assemblée nationale, devant les cameras qui retransmettent en direct et en mondovision.


Le Mali, exemple de démocratie

Le premier, c’est Ibrahim Boubacar Keïta, président du Rassemblement Pour le Mali. IBK, à Kita, Koulikoro et Bamako, s’est assigné pour mission principale de recoller les morceaux de ce qui reste de son parti.

Il n’est un secret pour personne, en effet, que les Tisserands, à force de filer du mauvais coton (made in CMDT où sévissait un des leurs ?) ont fini par déchirer l’étoffe. Le RPM ne compte plus que 11 députés alors que précédemment il s’était aliéné la majorité des élus avec 46 sièges à lui seul. Pire, parmi son groupe parlementaire, IBK est le seul réélu.

Pour conjurer la catastrophe immuable, le président des Tisserands exhorte ses derniers fidèles à être fiers du dernier fiasco électoral, à ne pas céder à la fatalité, à lutter contre le découragement. Il y croira jusqu’au bout. Une fin qui n’est pas si loin, à l’en croire, lui qui loue « la bravoure politique », l’héroïsme et la témérité de ceux qui ont accepté d’accompagner la déshérence du Tisserand. Mais également celle de son maître.

Ce dernier serait-il devenu sénile et gâteux ? Beaucoup pourraient le croire, et aussi qu’il est amnésique. Pour plusieurs raisons. La première : IBK, dans ses sorties intempestives, a pris un plaisir à fustiger un pouvoir qui est pourtant cité parmi les meilleurs exemples de démocratie en Afrique de l’ouest et au-delà.

En témoigne la déposition, devant le Sénat de son pays, de la nouvelle Ambassadrice, des Etats-Unis au Mali, Gillian A. Milovanovic. La communauté internationale partage cet avis sur ce pays où le premier président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré, a accepté de rendre le tablier (et où un deuxième, Amadou Toumani Touré, s’apprête à le faire) sans avoir cédé à la tentation de faire sauter le verrou du nombre de mandats présidentiels fixé à deux.

Le mérite de l’ancien chef de l’Etat et de l’actuel est d’autant plus grand que plusieurs de leurs pairs ont purement et simplement supprimé la clause constitutionnelle qui garantit l’alternance à la tête de l’Etat.

La seconde, plus grave, car la mauvaise foi et la volonté de nuisance sont manifestes : IBK, par l’intermédiaire d’un porte-plume, déclare la faillite et l’échec d’un pays dont il a été, en seize années d’apprentissage démocratique, le chef de gouvernement pendant six ans et à la gestion duquel il a activement participé pendant plus de cinq ans grâce à plusieurs « maroquins et strapontins ministériels et autres postes administratifs ».

De fait, il y a moins d’un an, IBK était aux affaires publiques grâce à la gestion consensuelle de l’Etat et par la grâce de la majorité parlementaire d’Espoir 2002. Est-ce parce qu’IBK a été écarté de la direction du parlement et du gouvernement que le pays va en dégringolade ?


Défenseur de marchands de mort

Le deuxième est Oumar Mariko, responsable suprême du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’intégration. Ce monsieur est parmi les politiques maliens celui qui a le plus de mal à se débarrasser de ses atours d’étudiant, de ses graffitis d’un autre temps, et d’une idéologie cafouilleuse.

Elu, il y a juste quelques mois, à l’Assemblée nationale, il est déterminé à s’y faire voir, quitte à tomber dans l’exhibitionnisme, à s’y faire entendre, quitte à ne pas être écouté, et à enquiquiner le gouvernement, quitte à se faire détester par ses collègues.

Il faut noter, pour le comprendre, que Mariko est de ces contestataires qui, depuis leur échec à prendre le pouvoir, ont décidé de chercher le moindre pou derrière le moindre cheveu du moindre membre du gouvernement. Est-il fabricant d’insecticides ? Pas exactement. Il est principalement pourfendeur de ministre et accessoirement défenseur de marchands de mort.

C’est donc ès qualité qu’il a interpellé le gouvernement, notamment le ministre en charge de l’industrie, qui, par arrêté interministériel, a suspendu la fabrication et la vente d’huile non raffinée au Mali. Une huile produite dans des unités insalubres, par des personnes non qualifiées, et qui ne répond à aucune norme de qualité.

Bref, un produit potentiellement source de danger public, donc un problème de santé population. Oumar Mariko, faut-il le révéler, est médecin. En cette qualité, ne doit-il pas se réjouir de cette décision gouvernementale qui a eu l’aval des élus communaux, des consommateurs et de quelques fabricants ? Il faut croire que non.

Et du coup, il fait penser à certains de ses confrères et propriétaires de cabinets médicaux et de cliniques privés dont le plus grand espoir est de voir se multiplier les épidémies et pandémies, sources de richesses.

Oumar Mariko a également posé des questions orales aux ministres en charge de l’agriculture et de l’enseignement fondamental. Questions dont les Maliens sont déjà blasés, qui ne nécessitent par conséquent pas de débats.

Cheick Tandina

07 Juillet 2008