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Le président du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR), Choguel Kokalla Maïga, évite les médias depuis un certain temps. Mais il sort petit à petit de sa réserve au cours des rencontres de la société civile où il donne son opinion sur des sujets d’actualité. Nous avons pu mettre la main sur lui au sortir d’une réunion du Collectif des ressortissants du Nord (Coren) où il a parlé de «délégitimer la rébellion», de «refonder» l’Etat et accusé l’élite politique malienne d’avoir «trahi le peuple».

jpg_une-1535.jpgLe samedi 2 février, à la Maison de la presse, Choguel K. Maïga s’est fait remarquer à la réunion du Coren. Ce jour-là, il a affirmé que « les hommes politiques doivent se faire discrets sur la question du Nord, car ce sont leurs mauvaises décisions politiques qui sont à l’origine de la situation récurrente que nous vivons depuis plus de 50 ans ». Le samedi 9 février, au Pavillon des sports du stade Omnisports Modibo Kéita, il faisait d’autres prises de positions sur la situation du Nord et du Mali de façon générale.

« Il faut délégitimer la rébellion pour en finir une bonne fois pour toutes. Le Mali n’a pas plus de Touaregs que le Niger, qui ne connaît pas le même problème que nous et qui est de surcroît frontalier avec la Libye considérée jusqu’à la mort de Mouammar Kadhafi comme la base arrière des rebelles touaregs », a analysé M. Maïga. Selon lui, il faut cesser de donner la prime à la rébellion et arrêter de prendre le Nord comme une zone sous-développée qui serait à l’origine des différentes rébellions.

Pour lui, toutes les régions du Mali y compris celles du Sud connaissent des problèmes de développement comme le manque de route entre Bamako et Nioro du Sahel en première région (d’où sont ressortissants deux anciens présidents du Mali), le manque d’eau potable dans la région de Sikasso, qui nourrit pourtant d’autres régions de notre pays, etc.

« Le Nord du Mali n’est pas plus sous-développé que le Nord du Niger ou de la Mauritanie », a-t-il affirmé. Il a ajouté qu’il n’y a pas de ville ou de village au Mali, de l’indépendance à nos jours où il n’y a pas de problème d’eau potable, de voies de communication. « Le problème du Nord n’est pas un problème de développement. Leurs arguments ne peuvent pas justifier la prise des armes pour tuer des Maliens », a plaidé Choguel.

Refonder l’Etat

Choguel K. Maïga est parti du constat que « l’élite politique malienne a trahi son peuple, ce qui a eu comme conséquence l’humiliation que nous vivons ». Parlant de l’armée, M. Maïga a estimé que c’est un outil pour le potilique comme le couteau est l’outil de travail du boucher, qui doit savoir l’aiguiser pour un meilleur usage.

Pour le président du parti du Tigre, il faut cesser avec les discours qui consistent à nous apitoyer sur notre sort ou dénigrer l’autre. « Je ne rentre pas dans les débats visant à jeter l’opprobre sur le régime de Modibo Kéita, Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré ou Amadou Toumani Touré. Le temps est venu de faire des propositions concrètes pour l’avenir et qui intéressent les Maliens », a-t-il jugé.

Comme il l’a fait dans une de nos parutions en septembre 2010 à l’occasion du cinquantenaire de l’accession du Mali à l’indépendance, le président du MPR aime rappeler que « l’ancien président du Mali Alpha Oumar Konaré a laissé un pays en paix intérieure, sa façon de transmettre le flambeau a permis de sauver le Mali de la guerre civile que d’autres Etas du continent ont connue après la conférence de La Baule, qui a été le point de départ des régimes élus démocratiquement ». A ses dires, « il faut chercher à savoir comment il l’a réussi pour que cela serve d’expérience pour ses successeurs ».

La refondation de l’Etat malien demeure l’alternative pour Choguel pour qui le pays a mal partout. « Si on ne resout pas ce problème, la rébellion même réglée pourrait resurgir des années plus tard », a-t-il fait constater.

Il a son idée sur la résolution la semaine dernière de la crise entre bérets rouges et bérets verts par le Premier ministre Diango Cissoko. De même, la date du 1er tour de l’élection présidentielle fixée au 7 juillet 2013 est bien appréciée par lui. Sur le premier sujet, il a fait savoir que « Diango est un homme d’expérience, il a montré qu’il connaît les rouages de l’Etat, qu’il sait écouter les gens et cherche l’apaisement social. Diango a trouvé la bonne formule pour une sortie honorable », a-t-il jugé.

Il est par contre pessimiste quant au respect du délai fixé pour la présidentielle par le ministre de l’Administration territoriale, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire. Selon lui, il n’est pas possible de tenir la présidentielle à la date indiquée avec les matériels dont nous disposons sauf d’élir un président de la République au rabais. Mais en toute humilité, il a indiqué que les autorités maliennes ont leur façon d’appréciation pour gagner leur pari.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 19 Février 2013