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Les porte-parole du Mujao et d’Ançar Eddine affirment que le succès de la négociation entamée le week-end dernier entre eux et les médiateurs à Alger et à Ouagadougou, dépend de l’acceptation par le médiateur de l’application de la charia dans les trois régions du Nord du Mali. Tout ce qui en sortira, disent-ils, sans cette revendication est synonyme d’échec.

Une délégation d’Ançar Eddine, conduite par Algabass Ag Intalla, un ex-député élu au nord du Mali, séjourne depuis samedi à Ouaga. Une autre mission d’Ançar Eddine est à Alger. On apprend que la médiation burkinabé veut convaincre Ançar Eddine, l’un des groupes islamistes armés occupant le Nord du Mali, de rompre avec Aqmi. Alger souhaite aussi un règlement pacifique de la crise.

Selon le porte-parole d’Ançar Eddine, Sandha Ould Boumama, joint hier par téléphone, « nous avons la ferme volonté de négocier la paix sans qu’on arrive à un affrontement« . La presse burkinabé de son côté, rapporte que le chef de l’Etat burkinabé va rappeler aux envoyés islamistes « les exigences de la Cédéao qui sont qu’Ançar Eddine doit se désengager de la terreur et du crime organisé » et rentrer dans le « processus de dialogue politique« .

Au lendemain de leur arrivée à Alger, un haut cadre algérien affirme que le mouvement islamiste est prêt à prendre ses distances avec les terroristes. Prendre ses distances avec Aqmi ne veut nullement dire renoncer à l’application de la charia pour Ançar Eddine.

Le nœud gordien

Le porte-parole du mouvement d’Iyad Ag Ghaly réaffirme qu’ils peuvent tout négocier sauf la charia qui reste indiscutable. L’un des membres influents du Mujao, Oumar Ould Hamaha, également joint au téléphone lundi est catégorique : « C’est la charia ou l’affrontement« .

Il ajoute que son mouvement n’est prêt à une quelconque négociation contre nature. « Nous ne pouvons pas négocier avec un gouvernement laïc. Nous allons négocier pour l’instauration de la charia. Notre seul engagement, c’est la propagation de l’islam« , réitère le Barbu Rouge. Pour Oumar Ould Hamaha, ce qui lie le Mujao et Ançar Eddine c’est la pratique de l’islam et l’instauration de la charia.

Sur le terrain, l’attitude à prendre à l’égard du groupe targui Ançar Eddine est l’un des grands sujets de discorde entre Alger et Paris. Pour l’Algérie, selon le « Quotidien d’Alger » : « Les Targui sont chez eux au nord du Mali et ne sont pas des intrus comme les groupes djihadistes comme Aqmi et le Mujao et doivent faire partie de la solution« .

De l’autre côté Paris (qui se réserve du cas du MNLA) pointe du doigt Ançar Eddine assimilé à un groupe de terroristes, tout comme les autres organisations qui ont pris le contrôle du Nord du Mali. Des analystes pensent que l’initiative de Ouaga et d’Alger n’aboutira à rien de concret tant les islamistes campent sur leur position.

Amadou Sidibé

Les Échos sur 06 Novembre 2012.