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L’interpellation du gouvernement sur la cherté de la vie a été le couronnement de la complicité parfaite entre la majorité parlementaire et le pouvoir. Le rapport de la Commission des finances, de l’économie, du plan et de la promotion du secteur privé, dont le contenu a pratiquement servi de questionnaire aux élus, justifie les mesures prises par l’Etat après avoir, dit-t-il, fait un bref aperçu dans l’espace UEMOA.

Le rapport indique : “aucun pays membre de l’UEMOA n’a été épargné par la hausse des prix à la consommation.

Ainsi est apparu le phénomène de la cherté de la vie, compris comme le coût sans cesse croissant des produits nécessaires à la satisfaction des besoins courants face à la baisse ou à la stagnation des revenus de la majorité des consommateurs.”

Le rapport, comme pour expliquer pourquoi il fallait exclure l’opposition des débats, souligne que partout, la cherté de la vie demeure une réalité quotidienne à laquelle sont confrontées les populations des pays de l’UEMOA.

La commission a conforté le gouvernement en disant que selon les données disponibles, le Mali ne connaîtrait pas une crise alimentaire.

Le document ajoute : “Le bilan céréalier établi avec les données disponibles de la campagne agricole 2007/2008 montrent que la production brute dégage un excédent en céréales sèches (mil, sorgho, fonio) d’environ 761 000 tonnes.

Le déficit en riz est évalué à 37,600 tonnes. Ainsi, même en cas de rupture de riz, le Mali dispose d’une quantité suffisante de céréales sèches comme produits de substitution.

Les ministres Abou-bakar Traoré, des finances et Abdoulaye Amadou Diallo, de l’Economie, de l’industrie et du commerce ont donc eu plus de veine que leurs prédécesseurs à la barre du parlement puisqu’ils ont été pratiquement félicités pour les mesures prises par les pouvoirs publics.

Au titre de ces mesures, les députés signalent la suspension temporaire des droits de douane et taxes sur les salaires intervenus en début d’année, l’interdiction de l’exportation des produits céréaliers, l’utilisation des stocks de sécurité en vue de leur cession à des prix modérés.

Les membres du gouvernement ont donc eu toutes les facilités pour expliquer que les produits ont été accessibles grâce aux exonérations accordées par l’Etat aux commerçants.

La majorité parlementaire, en reconnaissant la hausse des prix et l’inquiétude des populations, a pourtant tenu le même langage que le gouvernement en disant que le riz, l’huile, la farine, le lait, les hydrocarbures coûtent moins cher au Mali que partout ailleurs dans l’espace UEMOA.

L’Assemblée nationale, tournant résolument le dos à la misère des pauvres populations, a compris qu’il fallait exclure l’opposition des débats pour filer le “parfait amour” avec un gouvernement qui a besoin d’être conforté dans ses errements économiques.

On a donc assisté aux interpellations d’un gouvernement qui a parfaitement accordé ses violons avec la majorité parlementaire.

Une combine que les groupes parlementaires RPM et Paréna/SADI n’ont pas voulu cautionner, par respect pour le débat contradictoire. La seule tribune qui vaille la peine d’être tenue par des démocrates.

Baba Dembélé

23 Mai 2008