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Interdire les exportations, subventionner les produits de grande consommation, fixer les prix de vente des denrées de première nécessité et veiller à leur application … Telles sont quelques-unes des solutions aux antipodes du libéralisme sauvage proposées par le Parena le 19 avril à l’issue de son atelier sur la cherté de la vie au Mali. Ce forum qui s’est tenu en comité restreint a regroupé une vingtaine de participants dont les cadres du parti, les représentants de l’Etat, d’associations et d’organisations professionnelles.

Selon le président Tiébilé Dramé, le Parena, fidèle à sa ligne de conduite, entend alerter, analyser et proposer des solutions face à cette préoccupation majeure que constitue la flambée des prix. « …Il s’agit de la question de la pauvreté, de la faim, de la vie dure aujourd’hui, de la sécurité alimentaire, de la souveraineté alimentaire, du droit des peuples à manger à leur faim, de boire à leur soif, de s’habiller décemment, en somme du droit de vivre dignement », a-t-il déclaré.

La situation est préoccupante. Depuis quelques mois, la flambée des prix a gagné tous les secteurs de la vie économique. Les produits de première nécessité ont connu une hausse spectaculaire. Le prix du riz, aliment de base au Mali, a connu une hausse de 23% contre 20% pour la viande, 28% pour le lait, 45% pour le mil, 66% pour la farine.

Selon le conférencier Dadjié Sogoba, cadre du Parena, depuis bientôt cinq ans, les conditions de vie des Maliens se dégradent de jour en jour. « Les prix des denrées de première nécessité ne cessent de prendre l’ascenseur. Et au nom d’un prétendu libéralisme, les pouvoirs publics refusent d’intervenir efficacement dans la régularisation des prix », a-t-il déclaré.

Le pouvoir d’achat du Malien baisse de plus en plus. De nombreuses familles ont des difficultés pour assurer les trois repas quotidiens. Une situation qui a poussé l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) à menacer de mettre ses militants dans les rues en octobre dernier si une solution durable n’était pas trouvée à la flambée des prix.

Malgré la mise en place d’une commission composée des représentants du gouvernement, de la centrale syndicale, des opérateurs économiques et des consommateurs, aucune solution n’a été trouvée à la hausse vertigineuse des prix.
Les travailleurs qui n’ont obtenu depuis des années que 6% d’augmentation des salaires ont du mal à tenir.

Et le gouvernement semble attribuer les difficultés actuelles à la conjoncture internationale défavorable. Pourtant des solutions sont envisageables.

A quelles conditions, les produits alimentaires peuvent-il être disponibles et accessibles? Comment de manière réaliste, pouvons-nous réagir à une crise qui pourrait être structurelle ? A quels compromis sommes-nous appelés, consommateurs, producteurs, dirigeants pour rendre possible et durable la souveraineté alimentaire du Mali ? Que peut l’Etat tout de suite et plus tard ? Et que valent les mesures annoncées par le gouvernement pour contenir la crise ? Quels partenariats sont-ils requis au niveau sous-régional, régional, international, pour atteindre la sécurité alimentaire ? Autant de questions que les participants de l’atelier ont décortiquées.

Selon le conférencier Dr Issa Sacko, chef de département d’enseignement et de la recherche à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG) de l’Université de Bamako, malgré des générations de projets, la pauvreté ne recule pas dans notre pays. Depuis plusieurs années, la croissance au Mali se situe entre 5 et 6% ce qui est insuffisant pour avoir un impact réel sur la pauvreté. Le responsable du centre de référence « Academia » sur le commerce international préconise une croissance à 8% pendant une décennie pour réduire la pauvreté dans notre pays.

Après des débats intenses, les participants qui ont dégagé les causes conjoncturelles et structurelles de la crise actuelle ont envisagé un certain nombre de solutions.
Ils ont préconisé des exonérations douanières et des exemptions d’impôts pour certains produits de grande consommation, l’interdiction des exportations, le contrôle des circuits de distributions, la maîtrise de la gestion des stock …

D’autres solutions qui sont envisagées à moyen et long termes concernent la baisse des coûts d’énergie, le changement des habitudes alimentaires, la diversification de la production, le protectionnisme qui vise à soutenir la production agricole nationale …

Des mesures qui renforcent le pouvoir de l’Etat dans la régulation du marché et jurent avec les principes sacro-saints du libéralisme ?
« Le libéralisme n’exclut pas l’intervention de l’Etat », répond le député Konimba Sidibé, expert en économie et cadre du Parena. Selon lui, en cas de crise, l’Etat est obligé d’intervenir pour éviter les risques d’explosion sociale.

Premier du genre organisé par un parti politique, l’atelier du Parena a été fécond en proposition de solutions. Et le représentant résident du National Democratic Institute (NDI), Pr Raphael Ouattara, partenaire de l’évènement, a émis le vœu que les autorités puissent profiter de tant de propositions intelligentes pour trouver des solutions durables.

« Le NDI est heureux d’accompagner les partis politiques maliens dans leurs efforts de contribuer à la résolution des grandes questions, des grandes difficultés auxquelles sont confrontées les populations maliennes. Les partis politiques doivent contribuer au débat sur les conditions du bien-être des Maliennes et des Maliens», a t-il conclu.

F. Traoré

21 Avril 2008