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Chérif Ousmane Madani Haïdara à propos du ministère des Affaires religieuses et du culte : «Les érudits doivent être au dessus de la mêlée»

Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, le Guide spirituel de l’association Ançar Dine, Chérif Ousmane Madani Haidara, revient sur le rôle éminemment capital que doit jouer la religion dans la vie d’une nation. Les érudits qui doivent l’enseigner et la faire appliquer doivent être au dessus de la mêlée, au dessus des contingences politiques. Mais quand le juge que nous sommes devienne partie, il y a matière à réflexion, dit-il. Toutefois, il invite chacun à faire violence sur lui-même pour aider le pays, mieux assisté en conseils et prières les tenants du pouvoir et le peuple pour sortir le pays de la crise.

L‘Indépendant : Depuis quelques semaines notre pays s’est doté d’un Gouvernement d’union nationale censé conduire à bon port la transition. Pensez-vous que c’est ce qu’il nous faut pour sortir de la crise ?

Chérif Ousmane Madani Haidara : Je tiens à vous préciser tout d’abord que je ne suis pas un homme politique. En tant que citoyen, je peux vous donner mon point de vue. Si ce Gouvernement peut refléter toutes les sensibilités maliennes tel que souhaité par tous, je ne peux que m’en réjouir. Je souhaite que ce soit enfin un signal fort pour tout un chacun afin de faire face à la crise qui secoue le nord du pays.
Chaque jour de plus en rajoute à la souffrance de nos concitoyens. Les yeux sont rivés vers nous tous, ils nous attendent. Tous les actes que chacun pose doivent tendre à la libération du pays. Et cela n’est possible que lorsque nous sommes unis. Nous devrons, en dépit de nos contradictions, nous retrouver pour faire face aux problèmes essentiels. Que chacun fasse violence sur lui-même pour penser à l’autre qui sous l’emprise d’une occupation n’est plus maitre de lui-même.

La particularité de ce Gouvernement d’union est la création du ministère des affaires religieuses et du culte. N’est-ce pas là une doléance des milieux musulmans qui connait enfin sa concrétisation ?

Je vous rappelle que la Ligue des imams et érudits du Mali avait en son temps demandé qu’une attention particulière soit accordée aux questions religieuses. Le Haut conseil islamique a pris la même doléance à son compte. Cette fois, Dieu a voulu qu’un département soit détaché pour être consacré aux affaires religieuses et au culte. Tant mieux. On ne peut que prier pour qu’il puisse atteindre son objectif. Qu’il contribue davantage à raffermir les responsables religieux dans leur vocation de médiateur social, de facilitateur entre tous les fils de la nation. Nous attendions de ce département qu’il soit un système de régulation sociale, qu’il sensibilise les érudits, les responsables religieux de tout bord à être des modèles, des sources d’inspiration. Bref, qu’il les sensibilise à être extrêmement prudents surtout en ces temps qui courent. Nous attendions de ce département qu’il puisse travailler dans la transparence, dans la stricte légalité et qu’il mette de côté les considérations partisanes. C’est à ce prix qu’il pourra certainement bien joué son rôle.

La création de ce département n’a pas été du goût de tout le monde. Beaucoup ont exprimé leur appréhension. Certains sont allés jusqu’à redouter l’omniprésence des milieux religieux dans la scène politique. C’est aussi de votre avis ?

Je ne crois pas que les choses se passeront ainsi. Si jamais les leaders musulmans s’y mettent, qu’ils acceptent de jouer leur rôle de pesanteur sociale, qu’ils se mettent à équidistance des problèmes de la société. Seulement, cela passe forcement dans la cohésion et dans l’union. J’avoue que je comprends l’appréhension de l’opinion publique. Un responsable religieux quel qu’il soit doit être au dessus de la mêlée et ne doit point se prêter au jeu politicien. Pour vous permettre de mieux cerner mon point de vue, je vous donne une explication fort imagée de ce je voudrais dire. Dans un match de football, il y a toujours deux ou plusieurs équipes qui peuvent s’affronter. Un arbitre est toujours là pour que le match puisse se dérouler correctement et en toute justice. Mais quand l’arbitre essaye d’y prendre partie au côté des autres au point de se confondre avec l’une ou l’autre des équipes, il y a donc problème.
Quand l’arbitre prend partie, peut-on encore l’écouter, que vaut son jugement. Je crois que nous sommes un peu dans cette situation aujourd’hui. Les leaders religieux sont dans cette situation à partir du moment où ils font désormais corps avec le Gouvernement. Si on est à la fois juge et partie, on sera difficilement écouté.

Que faut-il donc faire ?

Nous devons être précautionneux et être en mesure de faire preuve de discernement. Nous ne devons pas nous écarter de notre mission régalienne. Je prie, une fois de plus, Dieu pour que la sagesse prévale, que nous soyons mieux illuminés pour le bonheur de ce pays.

Propos recueillis par Abdoulaye Diarra

L’Indépendant du 21 Septembre 2012