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Coalition pour le Mali/Le procès de l’occupation

Chérif Ousmane Madani Haïdara, guide spirituel d’Ançardine, vice président du Haut conseil islamique du Mali : « En principe les chefs religieux ne doivent pas se mêler de la politique »

La charia, c’est en arabe. C’est-à-dire la pratique, la manière de faire. Ce qui se passe au nord n’est qu’une partie de la charia. L’islam existe au Mali depuis plusieurs années. A Tombouctou, nul divinité n’a été adorée à part Dieu. Le Prophète Mohamed n’a jamais forcé quelqu’un a rentrer dans la religion musulmane, il a procédé par la sensibilisation. L’islam c’est la foi, la conviction. La destruction des mausolées par les groupes armés au nord du Mali n’est pas une bonne chose car la plupart de nos érudits sont sous des mausolées. Ce que Dieu n’a pas pu faire personne d’autres ne pourra le faire parce que depuis belle lurettes, il y’a des croyants et des non croyants. Il est important de parler avec les groupes armés, leur dire de laisser les armes et de revenir à la raison. En principe les chefs religieux ne doivent pas se mêler de la politique. La religion musulmane ne doit pas interférer dans la gestion de l’État. Elle doit jouer un rôle de médiateur et de conciliateur. Le Djihad n’est pas d’actualité dans ce monde contemporain. Ceux qui exercent des exactions au nord du Mali ne sont pas des vrais musulmans, car celui qui n’est pas tolérant ne rentrera pas dans le paradis. Ils sont en train de discréditer la religion musulmane. La charia interdit de violer le domicile d’autrui. La solidarité est très importante dans la religion musulmane. Je souhaite la paix au Mali, mais il faut reconnaître que la source du problème au nord du Mali se trouve à Bamako.

Tièbilé Dramé, vice président de la coalition pour le Mali : «Il faut définitivement tourner la page de la gestion solitaire et discrétionnaire de cette grave crise du Mali »

Plusieurs intervenants ont souhaité l’arrivée de l’armée nationale au devant de la scène et qu’elle réoccupe le terrain. Il paraît que c’est possible maintenant à Teninkou et c’est bon pour le moral de la nation. Ce qui est arrivé en janvier et mars derniers est durement ressenti comme une humiliation par les uns et les autres et tout le monde souhaite que l’armée puisse dans un sursaut d’orgueil, poser des actes susceptibles de rassurer les Maliens. Nous avons discuté pendant deux jours et avons eu une extraordinaire séance d’échange avec d’illustre dirigeant religieux de ce pays. Il y’a des accords sur des questions importantes. L’occupation est une violation des droits de l’homme. Nous sommes tous d’accord qu’il faut mettre fin à la crise. Notre armée a besoin d’être aidé par la CEDEAO par l’Union Africaine, par les nations Unies et par la communauté Internationale. Il a été dit que même s’il faut dialoguer, il est important de déterminer quoi négocier et avec qui. Nous sommes également d’accord que la résolution de la crise doit emprunter désormais des voix démocratiques en associant les élus, les représentants des forces vives et de communautés qu’il faut définitivement tourner la page de la gestion solitaire et discrétionnaire de cette grave crise du Mali car cette gestion à montré ses limites. Nous avons eu deux jours de débats féconds et discuté de l’intégration nationale de la cohésion nationale, de la réconciliation compte tenu des problèmes, de l’entente et de la coexistence entre la communauté. Sans cela, ce pays ne redeviendra ce qu’il a été. Le problème de gouvernance de justice de lutte contre l’impunité doit être résolu.

Mahamane Traoré, élu de Diré : « Une chose est sûre, il n’y’aura pas d’élection au Mali sans le nord »

Nous sommes occupés par nous-mêmes car les vraies rebelles sont minoritaires. Ils ont recruté nos enfants qui nous occupent aujourd’hui à Diré, Rarhouss et dans d’autres localités. Il faut à tout pris soustraire nos enfants dans ces groupes armés. Et une chose est sûre, il n’y’aura pas d’élection au Mali sans le nord, comme le pense certains.

Cheaka Abdou Touré, représentant spécial du président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afriques de l’ouest (Cedeao) à Bamako : « On doit encourager le dialogue pour des problèmes politiques »

Je félicite la coalition pour le Mali pour ce travail extraordinaire. J’ai été interpellé plusieurs fois, pas à titre personnel mais à travers la Cedeao. Je voudrais que nos frères et nos sœurs maliennes sachent que la Cedeao n’est pas une machine de guerre. La Cedeao n’a pas été créé pour faire la guerre mais pour promouvoir l’intégration économique sociale et culturelle dans un espace qui regroupe aujourd’hui quinze pays. La cedeao après quelques années a fait un constat important. L’intégration économique n’avait pas fait des avancées pour deux raisons. L’instabilité institutionnelle qui découlait de l’instabilité politique dans nos pays membres. Et si les coups d’État permettaient à nos pays d’avancer, l’Afrique devrait être certainement une superpuissance. Les coups d’États ont freiné l’avancée des pays. C’est pour cela qu’en 1993, les pères fondateurs, au delà de l’objectif fondamental unique qui était l’intégration économique, ont intégré deux autres objectifs à savoir l’objectif politique autour de la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance, et de la sécurité pour lesquels deux protocoles additionnels ont été adoptés. Un protocole sur la démocratie et de la bonne gouvernance et un autre protocole sur la prévention, la gestion, le règlement des conflits et le maintien de la paix. Depuis lors la Cedeao a quitté la Cedeao des États vers la Cedeao des peuples. Et pour ce faire, il faudrait une véritable intégration économique sociale et culturelle de l’Afrique. Dès lors les chefs d’États de la Cedeao on prit une décision historique à savoir que le coup d’État ne soit jamais le mode d’accès et d’exercice du pouvoir politique.

La Cedeao a fait des résultats observables et observés dans au moins une dizaine de cas pour le rétablissement de la démocratie dans beaucoup de pays. C’est un succès. Le Mali est dans une position de bénéficier de la solidarité des pays membres de la Cedeao. Pour moi, la Cedeao a l’obligation morale de secourir son pays frère qui est le Mali. Nous sommes dans la logique de l’obligation de solidarité. Je vais œuvrer de toutes mes forces pour qu’ensemble nous puissions sortir de cette crise de manière honorable. On ne discute pas du choix entre le dialogue et la guerre en matière de gestion de crise. Le dialogue est un mécanisme de communication entre deux présences qui doit être sauvegardé à tout moment. C’est la communication qui permet tout. On ne choisit pas le dialogue, il s’impose. La seule différence est de savoir qu’est ce qu’on veut en faire. Dans combien de temps et avec qui ?

L’histoire a démontré que les conflits ont été gérés en commençant par le dialogue. On a l’obligation de dialoguer mais il faut avoir la capacité de lecture de la réalité. Et lorsqu’on fait de l’amalgame à ce niveau la situation sera difficile. La situation malienne est très grave car aucun pays africains n’a jamais connu jusqu’ici ces genres de problèmes, qui ont été doublés par la remise en cause de l’intégrité territoriale, l’invasion du pays par de multiples groupes à objectifs divergents. On doit encourager le dialogue pour des problèmes politiques. Mais Il y’a des gens pour lesquels la négociation ne sera pas possible. En cette période de crise, il faut éviter de créer des diversions. Il faut une gestion stratégique de sortie de crise. Il faut une cellule de gestion de crise nationale, que le leadership unifié soit assuré au niveau du pays. Le Mali c’est la Cedeao et la Cedeao c’est le Mali. Nous devons prier pour une sortie de crise.

Oumou Touré, présidente de la Cafo : « Il y a eu deux coup d’État au Mali à savoir militaire et religieux »

Dans un Etat démocratique tout le monde veut la paix. Il est urgent de gérer la situation des déplacés et refugiés. Les femmes ont été victimes de beaucoup d’exactions au nord du Mali. Il y’a eu deux coup d’État au Mali à savoir militaire et religieux. Est-ce qu’il est permis à plusieurs hommes de se marier à une seule femme ? Ces problèmes doivent être gérés localement. Il y’a des exactions commises au nom de la religion. On veut étouffer l’âme du peuple malien qui sont les femmes alors qu’elles ont été les premières à adhéré à la religion musulmane. C’est un problème idéologique et non de rébellion.

Baba Haïdara Sandi, député à l’Assemblée nationale : «Les manuscrites de Tombouctou sont en péril»

J’attire l’attention de la communauté internationale car les manuscrites de Tombouctou sont en péril. Il est temps de prendre des dispositions idoines non seulement pour sauver les populations mais aussi les manuscrits placés au patrimoine mondial. Ces manuscrites sont très valeureuses.

Moussa Diakité, député de Bougouni dans la région de Sikasso : « Le problème au nord est un problème malien »

Le problème au nord est un problème malien. Nous préconisons une guerre efficace contre les occupants tout en équipant notre armée, la collaboration sans réserve avec la Cedeao, l’Identification des éléments du Mnla, Mujuao, Ansardine, la mise en place d’une instance de négociation pendant et après la guerre. Plus jamais une intégration des éléments de rébellion dans notre armée et de sécurité. Il faut l’activation d’une diplomatie active et participative.

Propos recueillis par Aguibou Sogodogo

Le Républicain du 5 Octobre 2012