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« Un leader religieux ne doit pas afficher publiquement ses préférences politiques au risque d’écorner le tissu social » a indiqué Chérif Ousmane Madani Haïdara dimanche dernier à la grande mosquée de Bamako à l’occasion d’une prière pour la paix. Le coordonnateur du groupement des leaders spirituels musulmans estime à juste titre que chaque citoyen doit pouvoir voter librement sans restriction. Aussi, son choix personnel ne devrait pas faire l’objet d’une influence quelconque.

Plus nous nous approchons de la date butoir du 28 juillet, plus les attentes sont énormes du côté des leaders religieux. Si Sabati 2013, une association islamique d’obédience politique qui serait liée au Chérif Bouillé de Nioro du Sahel et Mahmoud Dicko, a clairement demandé à ses fidèles de voter pour IBK. Tel n’est pas le cas pour d’autres courants musulmans du pays.
Ces derniers plus avisés et conscients des conséquences qu’une consigne de vote des leaders religieux pourrait avoir sur la stabilité du pays surtout en cette période de crise, ont préféré s’abstenir. » Un leader religieux musulman ou chrétien, un imam, doit éviter dans le contexte actuel de se mettre en scène « a déclaré le coordonnateur du groupement des leaders spirituels musulmans Chérif Ousmane Madani Haïdara.

Il ajoute : « Nous sommes des électeurs comme tout autre citoyen mais ce sera mal perçu que nous engageons la communauté musulmane derrière un candidat».

Selon le guide spirituel d’Ançar Dine, un musulman est un citoyen qui doit jouir de tous ses droits et doit participer au processus électoral comme toute autre personne. Un leader ou responsable religieux nanti de son statut de leader d’opinion ne doit pas influencer le vote de ses concitoyens encore moins celui de ses disciples. Chacun doit pouvoir choisir librement pour qui il vote » a-t-il fait savoir, précisant que les responsables religieux doivent amplement se satisfaire de leur rôle de médiateur social et d’arbitre.

A ce niveau, ils seront plus utiles à la société et mieux écoutés que lorsqu’ils se livrent au jeu politicien et frustrer certaines sensibilités sociales, a dit Chérif Ousmane Madani Haïdara.

Lors des événements du 22 mars 2012, quand les membres du gouvernement et certains responsables du pays ont été arrêtés, quels sont ceux qui sont intervenus pour qu’ils soient élargi, n’est -ce pas les leaders religieux musulmans et chrétiens, demande Haïdara. Et d’ajouter « avons-nous des armes pour qu’ils cèdent à cette doléance ? Non ! S’ils nous ont respecté c’est parce que nous avons été à équidistance des contingences politiques, nous avons été au dessus de la mêlée « .

En clair pour Chérif Ousmane Madani Haïdara le bon sens commande aux responsables religieux de traiter tous les candidats à l’élection présidentielle sur le même pied d’égalité.

Il dit ne pas être intéressé à donner une consigne de vote. Nous devons prier pour que l’élection présidentielle se passe dans de meilleures conditions.

Abdoulaye DIARRA

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À l’initiative de l’UJMMA : Les fidèles ont prié pour une présidentielle apaisée à la grande mosquée

L’union des jeunes musulmans du Mali ne cesse de multiplier ces derniers temps les appels au calme et à la sérénité. Cela à la faveur de la présidentielle du 28 juillet. Le dimanche dernier, c’est la communauté musulmane qui s’est jointe à elle pour une grande prière.

De nombreux fidèles ont pris d’assaut dimanche la grande mosquée de Bamako à l’initiative de l’union des jeunes musulmans du Mali (UJMMA). L’association dirigée par Mohamed Maki Bah a invité les fidèles à prier pour une élection apaisée en cette période où notre pays sort d’une crise sécuritaire et institutionnelle.

L’UJMMA a convié docteur Yahya Hindy, imam et universitaire américain, auteur de plusieurs publications, fervent artisan du dialogue interreligieux à entretenir les fidèles sur « Islam et tolérance « . D’autres invités et non des moindres étaient présents à cette cérémonie notamment l’imam Chérif Ousmane Madani Haïdara, coordonnateur du groupement des leaders spirituels musulmans, Mamadou Moussa Diallo, les représentants des familles fondatrices, les grandes familles maraboutiques du Mali. Des responsables politiques et associatifs étaient aussi de la partie.

Connu pour sa sagesse pour avoir éteint plusieurs foyers de tension aux USA et ailleurs, l’universitaire américain s’est réjoui de la pratique de l’islam au Mali. Il a noté que l’Amérique qui compte sept millions de musulmans et 500 mosquées est redevable au Mali. Les premiers pratiquants américains sont originaires du Mali, car c’est un Malien Abubakar II qui a introduit l’islam aux USA, il y a sept cent ans.

Abordant, le thème de la conférence, il indiquera que la tolérance, l’amour du prochain, l’humilité, doivent être des traits significatifs du fidèle. Dans une société, un musulman doit faire honneur à sa religion, à son prophète en se montrant honnête et intègre. Il doit éviter de semer les germes de la violence sur son passage. Condamnant l’intégrisme, Yahya Hindy a déclaré que nulle ne doit contraindre son prochain à épouser une religion ou une idéologie contre son gré. Et il est formellement interdit d’ôter la vie au nom de l’islam.

Le conférencier fait allusion aux hordes sauvages qui avaient envahi le nord du Mali pour instaurer la charia à travers brimades, amputations, tueries. Mohamed Maki Bah dira que la voie que les religieux doivent montrer est celle de la paix et de la stabilité.

Le scrutin du 28 juillet ne doit pas être l’occasion pour enfoncer davantage le pays dans une spirale de violence, a-t-il déclaré. Pour Mamadou Moussa Diallo, les religieux doivent prouver qu’ils ne sont pas des marionnettes entre les mains des politiques. Chérif Ousmane Madani Haïdara a invité chaque fidèle à consacrer une rakât pour une présidentielle apaisée. La lecture du Coran suivie de la récitation des noms du prophète a mis un terme à cette cérémonie.

Abdoulaye DIARRA

L’Indépendant du 23 Juillet 2013.