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Dans la ville de Khouribga, nous avons rencontré le Malien Cheikh Oumar Cissoko qu’on ne présente plus au niveau du 7e art. Actualité politique dans son pays oblige, nous n’avons pas fait que parler de l’art cinématographique.

Comment appréciez-vous ce festival dans son organisation et surtout dans la qualité des films ?

• Le Festival de Khouribga a cette capacité de réunir tout le continent. Sur le plan de l’organisation, je n’ai pas beaucoup de choses à dire, la projection des films se fait dans une salle très professionnelle, mieux, il y a des débats auxquels participent des cinéastes et des critiques de cinéma. Cela nous amène à avoir moins d’égo. De ce point de vue, le festival est bien organisé. Mais c’est un Festival plus petit que le FESPACO. Ce n’est pas la même dimension qu’à Ouaga.

Avez-vous présenté un film à ce festival ?

• Non, je n’ai jamais eu de film à présenter à Khouribga, je suis simplement un cinéaste invité à qui on voulait rendre hommage.

Votre autre casquette, c’est celle politique. Comment percevez-vous la situation actuelle au Mali ?

• Le Mali va très mal parce que les enjeux réels sont économiques et géostratégiques, la guerre de demain, ce sera autour de l’eau potable, et les Européens, les Américains, le savent. La guerre est géostratégique parce qu’il y a la base militaire de Taoudéni qui est très opérationnelle pour tous les avions militaires.

La crise financière et la crise de la dette en Occident expliquent en fait la situation qui se passe au Mali et ce qui se profile à l’horizon avec l’accord qui vient d’être signé à Ouaga, qui n’est ni plus ni moins que la tentative du Nord d’assurer une autonomie à la région de Kidal avant d’arriver à l’indépendance alors que le MNLA ne représente pas 10% des Touaregs du Mali et ne représente pas 1% de la population du Nord et pire n’a aucune existence réelle. C’est une organisation créée de toutes pièces. Nous sommes très inquiets, et la population aujourd’hui est mobilisée contre l’accord qui est signé à Ouagadougou.

Ah bon comment cela ?

• Tout a fait, car la population est sortie plusieurs fois pour manifester contre cet accord.

Vous savez comme moi qu’un bon accord n’existe nulle part ailleurs et que l’objectif de cet accord est d’abord de réussir la présidentielle !

• Ça, c’est de la poudre aux yeux. Les exigences de Hollande, qui dit qu’il sera intraitable sur la question de la présidentielle, en dit long sur la volonté d’aller vaille que vaille à cette échéance électorale. Pour moi, la légitimité relève du peuple comme les Forces vives du Mali l’ont dit à la réunion des 14 et 15 avril 2012, mais on s’est obstinément opposé à ce que cette concertation nationale se fasse parce qu’elle aurait pu mettre en place une transition et avoir une légitimité pour conduire les affaires au Mali. Entre nous, comment faire une élection dans une situation où vous avez 400 000 déplacés ?

C’est dire que vous êtes foncièrement opposé à l’accord de Ouaga ?

• L’accord de Ouaga est contre les intérêts du Mali parce qu’on a mis un État à égalité avec une minorité qui ne représente absolument rien.

Premièrement, on a demandé qu’un premier accord se fasse sur des aspects très flous en disant que le gouvernement à venir va rediscuter avec le MNLA. Mais sur quelle base, que représentent-ils ?

Nous voyons par ailleurs qu’un pays comme la France refuse de discuter avec les indépendantistes corses, alors pourquoi veulent-ils que le Mali discute avec le MNLA ?

A vous entendre, la médiation burkinabè a été inutile ?

• Je peux dire que la médiation burkinabè n’a pas défendu les intérêts du Mali. Elle a sûrement pensé à ramener la paix ; mais on ne peut pas tenter de faire un équilibre entre un Etat et des bandits armés qui ont massacré 100 militaires le 24 janvier 2012 et ont violé des femmes et détruit des infrastructures étatiques. Je suis convaincu que l’Etat burkinabè lui-même n’aurait jamais accepté cela dans sa vison, dans ses principes.

En tant que président d’un parti politique, êtes-vous candidat à cette présidentielle ?

• Je suis le président du parti SADI (Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance) dont Oumar Mariko est le secrétaire général et notre candidat à la présidentielle 2013. Au début, personne ne tentait de comprendre notre position, mais aujourd’hui on est mieux compris, plus accepté. Vous savez que derrière l’intervention de la France, qui n’a pas été spontanée comme on aime à le dire, mais préparée, voire même suscitée, il y avait les intérêts de la France qui se profilaient avec des enjeux économiques et géostratégiques.

Est-ce pour cela que vous avez applaudi des deux mains le coup d’Etat du capitaine Sanogo ?

• Nous étions d’accord avec le coup d’Etat, mais nous n’étions pas aligné derrière Sanogo. Nous avons tenté avant ce putsch de réunir les politiques pour dire que la seule priorité qui vaille, c’était de nous réunir contre les bandits du Nord. J’ai été personnellement voir Dioncounda Traoré, qui a été imposé comme président par intérim, pour lui dire et lui faire comprendre toute la tragédie que nous pourrions vivre si certaines mesures ne sont pas vite prises.

Comment vous, qui aviez été ministre d’ATT durant quelques années, en êtes venu à l’abandonner, voire à le combattre ?

• Nous avons fait cinq ans dans le gouvernement d’ATT. Nous n’étions pas d’accord avec lui, mais notre base a exigé que nous montrions que nous savons travailler, que nous avons le sens du pays et que nous allons faire un excellent travail en montrant qu’un ministre peut travailler autrement. Et nous l’avons prouvé pendant nos cinq années au gouvernement. Nous avons aussi compris qu’il n’était cependant pas possible de travailler avec ATT, car c’est un monsieur extrêmement limité et qui ne défend pas les intérêts du Mali. C’est un monsieur qui nous amenait tout droit vers la catastrophe.

Mercredi, 03 Juillet 2013 22:37

Boureima Diallo

de retour de Khouribga au Maroc

L’Observateur Palaaga