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«Au terme de mes investigations pour comprendre ce qui m’est arrivé, j’ai appris par un jeune de mon parti en commune V, qui a tout vu et tout entendu, que la requête en annulation de ma candidature aux législatives a été préparée par Me Barry qui s’est rendu à Nioro à cet effet. _ A son retour, dans le bureau du ministre Choguel Maïga, la plainte a été montée en présence de deux autres avocats». C’est en ces termes que le député sortant de Nioro, Cheickna Hamalla Bathily dont la candidature pour un deuxième mandat a été invalidée par les juges constitutionnels, tente d’expliquer ce qui lui est arrivé dans la nuit du 31 mai dernier. Il estime, en outre, que sa carrière politique n’est pas terminée et qu’il s’en remet à Dieu le Miséricordieux, le Tout Puissant.

ll est vrai que la Cour constitutionnelle a invalidé ma candidature aux prochaines élections législatives pour un second mandat de 5 ans. Votre requête en annulation semble l’avoir remporté. Votre fait d’armes s’arrête à ce niveau. De là à proclamer partout que vous avez mis fin à la vie politique de Cheickna Hamalla Bathily, c’est aller trop vite en besogne. Siéger à l’Assemblée nationale, ce temple de la démocratie, est un honneur, certes. Tout citoyen peut et doit rêver d’y être pour défendre un idéal.

Pour ma part, la fonction ou plus exactement la mission d’un député n’est pas une sinécure, ce n’est pas la course à la satisfaction d’une vulgaire soif matérielle. A cet égard, j’ai donné plus que je n’ai gagné.

Ce n’est pas la mort politique pour moi. Je peux simplement le regretter pour mon Nioro natal que j’avais voulu continuer à servir ici plutôt qu’ailleurs. Je me résoudrai désormais à être utile autrement, avec le même enthousiasme, avec la même détermination.

Combien d’hommes et de femmes abattent un travail admirable pour leur pays sans être député ? Je continuerai à lutter au sein de mon parti avec l’arme que j’ai toujours utilisée: l’amour de mon pays et de mes compatriotes.

Bref, Cheickna Hamalla Bathily est plus déterminé que jamais. Me Hassan Barry, ce que vous savourez aujourd’hui comme votre victoire ne m’atteint guère. Mon sort et ma carrière politique ne se décident ni dans un salon ni ailleurs.

Mon sort, je ne cesserai de le dire, est entre les mains d’Allah, d’Allah seul. S’il y a une carrière qui soit finie, c’est précisément la vôtre. Vous n’avez pas été moralement élégant à mon égard, assurément.

Vous avez la mémoire très courte, Me Barry. Je vais vous la rafraîchir en vous rappelant deux rencontres mémorables qui ont marqué votre vie politique dans le parti.

Le président Balla Coulibaly venait de démissionner à la surprise générale. Quand je vous ai téléphoné, vous m’avez répondu que vous vous trouviez à Kalaban, au domicile du ministre Oumar Ibrahim Touré. Ousmane Daou, qui connaissait bien les lieux m’y a conduit. Je vous ai trouvé à la porte, allongé sur une banquette, en train de dormir.

Pendant ce temps, le Ministre recevait au salon un groupe de militants. Je vous ai réveillé et vous ai invité à rejoindre le parti. Vous m’avez répondu: «J’ai déjà démissionné de l’UDD. Je n’attend que le Congrès extraordinaire de l’URD pour adhérer à ce parti». «Ne faites pas ça. Revenez à l’UDD, je ferai de vous le nouveau président de l’UDD», vous ai-je conseillé.

Vous aviez déserté le parti pendant 11 mois. Selon une information que je tenais du député ADEMA de Koro, vous aviez écrit à la section UDD de Koro pour l’inviter à adhérer à l’URD. Tout se tient donc dans cette logique. Au terme de notre entretien, je réussis à vous convaincre de nous rejoindre.

Le dimanche suivant, nous avons tenu une réunion de la Direction du parti pour préparer et décider de la convocation d’un Congrès extraordinaire pour la mise en place du nouveau bureau. Vous êtes donc venu à cette réunion, avec beaucoup de retard, comme d’habitude.

A votre vue, tout le monde s’est écrié: «Voilà le fuyard qui nous revient». Ce que beaucoup ne savaient pas ce jour, c’est que votre retour au bercail, après une si longue absence, n’était pas fortuite. Il avait été discrètement préparé par Cheickna Hamalla Bathily.

La lumière ainsi projetée sur vous ce jour là et les applaudissements qui vous ont accueilli, c’est à moi Cheickna Bathily que vous le devez, souvenez vous en, Me Barry.

Dans la foulée, la date du Congrès extraordinaire a été fixée. C’est alors que j’ai fait venir chez moi l’ancien ministre Aboubacar Coulibaly, Tiéman Coulibaly et vous même. Dieudonné Zallé, également invité, n’est pas venu. Il s’était fait excuser.

J’ai fait le tour de table: «Monsieur le Ministre, acceptez vous d’être le président de notre parti ?» «Non, je ne suis pas partant», a t il répondu. Tieman n’a pas été interrogé car il ne pouvait succéder à son père pour éviter que les gens disent: «C’est devenu un poste héréditaire».

C’est alors que le choix est tombé sur vous, Me Barry. C’est ainsi qu’au Congrès extraordinaire vous êtes devenu notre nouveau président. Sans conteste, vous me devez votre accession aux commandes de l’UDD. Ce bref rappel va certainement vous rappeler bien des choses.

Au terme de mes investigations pour comprendre ce qui m’est arrivé, j’ai appris par un jeune de mon parti de la commune V qui a tout vu et tout entendu que la requête en annulation de ma candidature aux législatives a été préparée par Me Barry qui s’est rendu à Nioro à cet effet.

A votre retour, dans le bureau de Choguel Maïga, la requête a été montée en présence de deux autres avocats. Ceci se passe de tout commentaire. Le peuple malien saura de mon dossier toute la vérité, tôt ou tard.

Votre réputation, Me Barry, s’effrite chaque jour davantage. Sous votre présidence, l’UDD ne cesse de faire sa descente aux enfers. L’ARD ne se porte guère mieux. Car aucun membre de cette alliance n’assiste plus aux réunions que vous présidez.

Votre Koro natal vous a fermé ses portes aux prochaines élections. Pour sauver là bas les apparences, vous avez tenté, mais en vain, une alliance avec l’ADEMA. Vous êtes a présent seul, désespérément seul, Me Barry.

Ne sachant plus où vous abriter, vous avez élu domicile au siège de l’ADEMA à Bamako Coura. C’est là bas que l’on peut espérer vous trouver et non au siège du parti dont vous êtes le président.

Des rumeurs circulent actuellement. Elles nous apprennent que vous attendez des dirigeants de ce parti qu’ils interviennent, le moment venu, auprès du chef pour vous nommer ambassadeur quelque part. Je dis en bambara ceci. «A té mogo là fô mogo min bè Me Barry kê a ka ambassadeur yé. A té foï sôro a la fô koun ma chouli». En français: «Prend un grand risque celui qui prendra la responsabilité de nommer Me Barry ambassadeur. Qu’il s’attende à avoir la tête basse».

Une de vos dernières prouesses, c’est que vous avez dépêché trois émissaires chez un de mes amis politiques, Victor Nama Keïta, à Daoudabougou en compagnie de trois acolytes. L’entretien a eu lieu en présence du père de Victor que tous les Soudanais qui vivent encore connaissent bien. Il était le gérant de la Maison Bata dont le slogan sonne encore à nos oreilles: «Pas un pas, sans Bata».

Vous y avez essuyé votre dernier revers car Victor Nâma Keïta a rejeté la moto que vous avez proposé de lui offrir. Il n’a pas non plus voulu de l’emploi lucratif que vous lui avez fait miroiter. «La moto que vous voyez là bas dans la cour, c’est Cheickna Hamalla Bathily qui me l’a offerte», ajouta-t-il.

Toute notre section est partie de l’UDD parce que vous, Me Barry, vous nous aviez déçus. C’est là toute la vérité de notre départ. Me, vous ne pouvez que me haïr parce que j’ai quitté le parti avec 213 conseillers communaux sur les 300 obtenus par l’UDD en 2004.

Vous comprendrez dès lors que tout un univers nous sépare, vous et moi, Me Barry. Nous n’avons pas les mêmes ambitions, nous ne partageons pas la même vision du pays et nous ne regardons pas dans la même direction. Ma vie politique, contrairement à ce que vous croyez, n’est nullement liée à un mandat de député.

Sans me vanter, je suis doué d’une capacité de mobilisation et de persuasion telle que je peux parcourir tous les 49 cercles du pays et les six communes de Bamako et me faire entendre.

Ma raison d’être en politique, c’est de me dépenser sans calcul et d’être au service des autres, des plus démunis, de ceux que l’injustice réduit au silence et des déshérités où qu’ils se trouvent.

J’ai un passé et un présent. Mon avenir et ma carrière politique sont entre les mains d’Allah, le seul et unique Maître des mondes.

Dans le passé, j’ai semé çà et là quelques bonnes graines. Par pudeur, je ne les citerai pas ici. Dieu et ceux qui m’ont connu témoigneront.

Je m’emploierai et continuerai à être utile à mon pays jusqu’à ce qu’Allah soub’hana wa’t’allah me rappelle dans son immense et intarissable miséricorde.

A bon entendeur salut !

Cheick Hamalla Bathily

13 juin 2007.