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LE REALISATEUR:
« On produit des films qu’on ne parvient pas à présenter au public ! »

Afribone : Le lauréat de l’étalon de Yennenga 1995 a-t-il encore du temps à consacrer au Cinéma ?

Cheick Oumar Sissoko :
Absolument ! J’ai beaucoup de temps à consacrer au cinéma. C’est ce que je fais présentement en côtoyant les jeunes cinéastes et en les aidant autant que je le peux mais je m’inspire également auprès d’eux parce qu’ils ont une plus grande maîtrise des nouvelles technologies.

Actuellement, j’essaie de sortir le dernier film que j’ai tourné en 2000 et qui est une adaptation du roman La grève de Battû de l’écrivaine sénégalaise Aminata Sow Fall. Ce film est bloqué dans un laboratoire depuis 2002 parce que les producteurs, des français avec qui j’étais associé, ont mis la clé sous le paillasson. Le film a été en liquidation judiciaire et j’ai pu en acquérir tous les droits mais légitimement, le laboratoire fait de la rétention parce que les producteurs ont laissé 86.000 Euros d’impayés et ce sont ces 50 millions de FCFA que je n’arrive pas à rassembler depuis 2002 !

Un projet en cours ?

Je prépare un long métrage qui est aussi une adaptation d’un roman écrit par un malien et une française, Rapt à Bamako. Indépendamment de cela, j’écris beaucoup de séries télévisées mais je suis aussi à l’école, en phase d’apprentissage des nouvelles technologies appliquées à la cinématographie.

Quel jugement feriez-vous de l’état actuel du cinéma ?

Le cinéma malien a connu ses heures de gloire. Aujourd’hui, il est en train de remonter la pente après une impasse et cela grâce aux efforts du centre national cinématographique du Mali avec à sa tête un directeur qui a une vision très dynamique de la création cinématographique. Les conditions se réunissent de plus en plus pour que cette création puisse aller de l’avant. Deux longs métrages ont été produits par ce centre, Da Monzon et Toile d’Araignée, une adaptation du roman d’Ibrahima Ly.

Ce qu’il faut encore noter, c’est la mise à disposition de matériel pour tous les cinéastes qui en font la demande. Une école a également été créée pour permettre aux cinéastes de se recycler et d’ouvrir le cinéma aux jeunes. On a besoin d’assurer la relève. Je pense que dans deux ou trois ans, nous allons reprendre le leadership que nous avions il y a quelques années. Mais là où le bas blesse, c’est la fermeture de toutes les salles de cinéma à Bamako et dans la sous région.

Sur ce point, il y a vraiment des problèmes. On produit des films qu’on ne parvient pas à présenter au public !

L’Etat a vendu les plus grandes salles de cinéma à des opérateurs économiques qui n’ont pas respecté les contrats de vente, hormis ceux qui ont racheté la salle Babemba. Les autres salles ont été fermées ou laissées à l’abandon. Cela signifie que l’Etat ne voit pas la nécessité d’ouvrir les salles de cinéma pour que ce secteur, qui était très dynamique, puisse permettre de développer des loisirs, ni celle d’amener ce pan de la culture malienne à exceller comme auparavant. On oublie que c’est aussi un secteur de création d’emplois. Là aussi, le centre national cinématographique est en train de prendre des dispositions

L’HOMME POLITIQUE:
« … les hommes et les femmes qui dirigent l’Afrique n’ont pas l’ambition du changement. »

Un bras de fer oppose actuellement le Sadi à la majorité présidentielle à propos de la mise en place des instances de la Ceni. Où en êtes-vous par rapport à ce problème ?

Non, ce n’est pas du tout un bras de fer. Il y a là des interprétations différentes d’une loi et le refus d’accepter l’exercice de la démocratie. La Ceni comprend quinze membres : cinq viennent de la société civile et dix des partis politiques. Pour le quota des partis politiques, il doit y avoir un partage équitable des places entre la majorité et l’opposition. C’est cela que la majorité ne veut absolument pas accepter. C’est vraiment dommage. Ça veut dire que la majorité veut être à la fois juge et partie : gérer l’administration, organiser par conséquent les élections et en même temps assurer le contrôle de ces élections. Ce qui n’est pas normal. Je pense que l’Administration est là pour trancher afin que nous en venions à une meilleure compréhension.

Les négociations sont toujours en cours entre les deux parties ?

Les négociations ne sont pas suspendues mais l’Administration, comme à son habitude, refuse de prendre ses responsabilités. Le vendredi 22 juillet, il devait y avoir le dépôt de la liste des représentants des partis politiques pour la constitution de la Ceni. Nous avons déposé la liste de nos cinq représentants avec les noms des partis auxquels ils appartiennent. La majorité, qui n’est pas du tout d’accord sur le partage au niveau de ses membres, n’est pas arrivée à déposer une liste complète. Ce qui veut dire que c’est clôt pour eux. Nous sommes cependant prêts à reconsidérer la question afin qu’ils complètent leur liste. Ils ont envoyé quatre noms de partis au ministère de l’administration territoriale, sans préciser les noms des personnes concernées. A présent, nous attendons la décision de l’Administration…

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour revendiquer les cinq sièges ?

Notre exigence demeurera. Nous irons au tribunal administratif s’il le faut.

Vos adversaires estiment que les Ceni précédentes ont été mises en place avec des ratios de représentativité inférieurs aux cinq places que vous réclamez.

Aux autres élections, nous avons eu les mêmes exigences, c’est-à-dire le partage égal des places entre l’opposition et la majorité. Pendant que nous étions au gouvernement, à la discussion sur ce partage, nous avions dit à l’époque et de façon ferme que l’opposition mérite qu’on lui accorde les cinq membres. En ce moment (2002 à 2007), l’opposition c’était le parti Bara. Nous avons eu à le dire le plus clairement possible et un autre parti de la majorité présidentielle, le MPR, était d’accord avec nous. Cette exigence n’est absolument pas nouvelle. On a évolué d’un siège à trois. Nous sommes suffisamment responsables pour ne pas bloquer la machine électorale mais il y a des limites. La majorité présidentielle, aidée par l’Administration avec tous les moyens qu’elle a, organise les élections, met en place le dispositif électoral au début et à la fin des élections, leur permettant de faire le tripatouillage que l’on sait. Nous ne pouvons pas accepter à cet effet que la structure demandée par l’opposition au sein de la Coppo pour le contrôle des élections soit aussi dominée par la majorité. Ça n’aurait pas de sens !

Votre candidat à la présidentielle de 2012 est le même que lors des deux élections précédentes. En quoi cette candidature sera-t-elle différente des autres fois et quelles seraient ses chances de remporter le scrutin présidentiel ?

Notre candidat, Oumar Mariko, a démontré sa maturité, son dynamisme et ses ambitions pour le peuple du Mali. Cela, à travers ses interventions à l’Assemblée nationale où il a montré sa maîtrise des dossiers de notre pays et son exigence de la démocratie, de la justice, de l’indépendance et de la souveraineté.

Quand on écoute les maliens, on réalise que notre parti est le seul qui se bat régulièrement pour que le Mali sorte de cette situation de pauvreté et de misère ! Nous sommes les seuls à pousser pour que l’injustice criarde qui existe dans notre pays soit dénoncée dans les faits et avec des propositions concrètes.

Concernant les luttes sociales telles qu’à Transrail, dans les mines d’or, à la Sotelma, à Orange, à Huicoma, à l’Office du Niger ainsi que les expropriations foncières, les problèmes des immigrés, etc., quel est le parti qui s’est investi plus que Sadi et qui continue de soutenir ces luttes sociales ?! Le seul parti à se battre pour cela est le parti Sadi, avec à sa tête Oumar Mariko.

Avec le peu de moyens que nous avons, nous amenons les gens à recouvrer leur dignité. Cela, les maliens le savent, les maliens le sentent, les maliens le vivent ! Si en 2007, on disait qu’Oumar Mariko était trop jeune, qu’il était trop impulsif, il a démontré depuis, à l’Assemblée nationale, qu’il avait de l’ambition pour le Mali et à la fois du respect et de la considération pour les maliens. Il a également des idées pour changer le Mali.

Avec la multitude de partis et une foison de candidats, les alliances politiques seront indispensables pour remporter les élections…

En 2002, notre parti a élaboré un document intitulé «Quatorze propositions pour le changement au Mali». Nous avons soumis ce document à tous les partis politiques. Nous les avons invités à des rencontres séparées au siège du parti à Djélibougou. Tous les leaders de partis politiques de la majorité actuelle étaient présents. Les leaders d’Espoir 2002 avec Ibrahim Boubacar Keïta, Mountaga Tall, Choguel Maïga, sont venus. Ensuite ce fut un autre groupe, l’Adéma-PASJ, avec Soumaïla Cissé, l’UDD, dont le président était alors Moussa Balla Coulibaly. Les indépendants qui venaient d’apparaitre en force sur la scène politique ont été reçu en dernier lieu.

Nous proposions une transition avec le président qui allait venir. Il faillait être unis parce que la situation du pays était extrêmement difficile et qu’il y avait des problèmes entre les partis politiques, des déchirures énormes qui n’étaient pas propices à la stabilité du pays. Alpha Oumar Konaré avait laissé justement cette déchirure au sein même de son propre parti, l’Adéma-PASJ. Nous avons effectué cette démarche pour dire que nous n’étions pas opposés à des alliances mais qu’il fallait s’entendre sur les priorités, c’est-à-dire un programme minimum. C’est justement ce que l’Adéma avait refusé en 1992 après avoir eu le pouvoir, voulant imposer son programme à tous les autres partis. Le Cnid avait alors refusé de rentrer au gouvernement.

Quelles sont les grandes lignes du projet de société que vous compter proposer à vos compatriotes ?

Depuis la période coloniale, notre pays n’a jamais cessé de lutter pour l’indépendance et la souveraineté. Cette lutte a finalement abouti à la recherche de la démocratie et l’expression populaire de mars 1991. De 1960 à 1968, des hommes et des femmes ont pris efficacement en charge la destinée de ce pays à travers l’Union Soudanaise RDA. De 1968 à maintenant, cette indépendance et cette souveraineté ont volé en éclat. La question qui nous habite essentiellement au niveau de Sadi, c’est la question de l’indépendance et de la souveraineté du pays. Quel type d’Etat peut assurer l’indépendance et la souveraineté ? L’Etat qui existe aujourd’hui n’est pas maître d’œuvre des politiques économiques et sociales du pays.

Sadi a récemment refusé d’intégrer le gouvernement dirigé par Mme Sidibé alors que vous faisiez vous-même partie de la première équipe gouvernementale d’ATT. Pourquoi ce refus ?

Ce n’est pas un paradoxe. De 2002 à 2007, nous avons entamé des débats avec les partis politiques. Nous avons rencontré aussi celui qui avait gagné à l’époque, Amadou Toumani Touré, pour discuter de ces questions. Nous étions fermement convaincus qu’une transition était nécessaire pour amener la classe politique à être plus responsable. Il fallait se mettre d’accord sur un programme minimum qui puisse faire sortir le Mali de sa situation d’instabilité politique et économique, au niveau de la dette, au niveau du pouvoir d’achat, au niveau de la maîtrise des secteurs stratégiques et au niveau de l’élaboration – de façon indépendante, des politiques économiques et sociales. C’est pour cela que nous avons accepté de rentrer au gouvernement mais nous en avons eu pour notre compte durant les cinq ans.

Quand il nous a été proposé de réintégrer le gouvernement en 2011, la situation était catastrophique : un Etat qui n’a pas d’autorité ! C’est ce que nous avons expliqué à la presse. L’Etat n’est ni indépendant ni souverain. Il est assujetti au fonds monétaire international et à la banque mondiale qui représentent les puissances du Nord et imposent à notre pays des situations inacceptables : la déréglementation du fonctionnement de notre économie dont la régulation est laissée aux forces du marché, la privatisation de tous les secteurs stratégiques de notre pays et la libéralisation.

Comment, dans ces conditions, peut-on amener les maliens à vivre des richesses du pays ?!

Il y a également la question de l’école, de la santé, des problèmes fonciers, des immigrés, etc., qui ne trouvent aucune solution ! Toutes choses que nous avons développées non seulement à l’Assemblée nationale mais aussi dans nos échanges avec le président de la République. Ces problèmes ne trouvant pas de solution, qu’allons-nous faire au gouvernement ? On intègre un gouvernement pour apporter sa contribution à l’amélioration des conditions de vie de la population et uniquement pour cela !

Quel bilan dressez-vous de la démocratie malienne 20 ans après ?

Le mouvement démocratique avait des idéaux qui étaient le multipartisme mais aussi tous ce que la démocratie suppose. Il est important de le dire. La démocratie n’est pas seulement le multipartisme et la floraison des journaux. Elle suppose aussi le droit à la vie, le droit à l’école, le droit à la santé, le droit à la justice, le droit au logement, le droit à l’environnement, le droit à élire librement son représentant et à le démettre.

Lequel de ces droits est aujourd’hui respecté ?

L’école, depuis le général dictateur Moussa Traoré en passant par Alpha Oumar Konaré jusqu’à aujourd’hui, est soumise au programme d’ajustement structurel.

Et en ce qui concerne la santé, beaucoup d’hôpitaux sont simplement des mouroirs.

Est-il possible de renverser cette situation ?

Il ne faut pas être pessimiste ! Il est absolument possible de changer la situation. En huit ans, l’US-RDA a construit quarante sociétés et entreprises d’Etat, réformé entièrement l’école en créant des écoles supérieures : Ensup, IPR de Katibougou, Ena, Ecole secondaire de la santé, Institut National des Arts. Il a créé toutes les ambassades et tous les ministères. Tout cela, en ne s’endettant que de deux milliards de FCFA. Et encore, je n’ai pas tout cité. Il n’y a pas eu que des réussites, j’en conviens mais ces exemples montrent que nous pouvons, en très peu de temps, changer complètement la face du Mali.

Pour cela, il faut des hommes et des femmes qui ont de l’ambition pour ce pays.

D’autres pays ne font que développer leur richesse sur notre pauvreté. L’Afrique est le coffre-fort du monde mais pourquoi le continent se trouve-t-il dans la misère ? Parce que les hommes et les femmes qui dirigent l’Afrique n’ont pas l’ambition du changement.

L’environnement international actuel est-il propice au développement ?

L’environnement international est plus favorable aujourd’hui qu’il ne l’était en 1960. La France qui ne voulait absolument pas l’indépendance de nos pays avait beaucoup plus de poids devant les pays nouvellement indépendants, inorganisés, sans ressources, dépourvus d’intellectuels et de techniciens. En même temps, l’organisation des puissances coloniales permettait une coalition pour que les pré-carrés soient maintenus dans leurs girons. C’est ce qui se fait encore aujourd’hui mais avec beaucoup plus de clarté.

Dans les années 60, le Mali qui soutenait l’Algérie et les luttes de libérations nationales, a été fortement combattu par la France. Il ne faillait pas que l’exemple du Mali fasse tâche d’huile. C’est pour cela que la fédération du Mali n’a pas fonctionné, que le franc malien a été combattu et l’indépendance du Mali freinée par le coup d’Etat du 19 novembre 1968 afin de réintroduire l’économie extravertie qui était la nôtre pendant la période coloniale.

Beaucoup de groupes politiques prétendent qu’il est difficile de collaborer avec le parti Sadi. Pourquoi cela ?

C’est une campagne que l’on mène contre nous et qui ne repose sur rien. En 2002, nous avons pris l’initiative d’aller à la rencontre de la classe politique malienne. Au-delà de ça, des partis comme le RPM, L’URD, le RDS et le PIDS ont demandé à nous rencontrer en 2010 et 2011 et nous l’avons fait.

Vous voyez que ce que les gens disent ne tient pas ! Nous sommes la cible d’une campagne visant à minimiser le poids politique que nous sommes en train de prendre. Ils ont peur des propositions et dénonciations que nous faisons par rapport à la politique de la majorité présidentielle et il se trouve que ce sont justement les partis de cette majorité qui développent cette campagne.

Pourquoi serait-il difficile de travailler avec nous ?

Est-ce parce que nous dénonçons le fait que les mines d’or exploitées ne profitent aux maliens qu’à hauteur de vingt pour cent ?

Est-ce parce que nous refusons la cession de nos terres et de notre eau à des pays étrangers ?

Est-ce parce que nous refusons qu’une société comme Huicoma, qui rapportait, bon an mal an, quatre à sept milliards de FCFA au Trésor du Mali et qui garantissait un salaire à mille travailleurs dès le 25 du mois, soit vendue à quelqu’un comme Tomota qui n’a absolument rien à faire avec une telle entreprise et qui se fiche des intérêts du Mali ?!

Est-ce parce que nous défendons les immigrés quelque soient les conditions dans lesquelles ils ont émigré ?

Pour quelles raisons serions-nous infréquentables, dites-moi ?

Dans le même ordre d’idées, certains pensent que le parti Sadi ne pourrait pas mettre en œuvre la politique sociale qu’il prône…

Sadi prône la gratuité de l’école et la gratuité de la santé.

Pourquoi ? Parce que les ressources humaines sont les principales richesses d’un pays. Pour cela, l’argent existe et c’est ce que nos adversaires ne veulent pas entendre puisque leur politique consiste justement à détourner ces fonds.

Le vérificateur général qui, en seulement six ans, et sans avoir fait le tour de toutes les opérations financières de notre pays, a révélé trois cent soixante milliards de FCFA de perte pour le Mali.

Ensuite, parlons des mines d’or. Le Mali n’a que vingt pour cent des parts dans la production, j’insiste là-dessus parce que c’est ce qui est écrit dans les contrats qui lient l’état aux exploitants des mines. Mais en réalité, nous avons moins de vingt pour cent car aucune déclaration n’est rendue publique concernant la production aurifère.

Cela est-il normal ?

Le Mali est en train de révéler des mines de bauxite, de fer, de manganèse et encore des mines d’or. Avec une maîtrise de ces mines et une rentabilisation de notre potentiel agricole avec la terre aux paysans, de l’élevage et de la pêche, nous avons la possibilité de dégager suffisamment de ressources pour développer notre pays et mettre un terme à cette misère.

En ce qui concerne l’école, ce doit être une priorité pour l’état, au même titre que la santé.

Ce que souhaite Sadi pour le Mali, c’est l’indépendance et la souveraineté mais ce qui nous préoccupe, c’est l’indigence de la classe politique. Nous avons une classe politique sans âme, obnubilée par la satisfaction de ses propres intérêts. L’argent domine la classe politique !

Sur la crise libyenne, quel est la position actuel de Sadi ?

Sadi, dès le début de la crise, a organisé des meetings, des conférences, des marches pour exprimer sa solidarité au peuple de Libye. Avant la crise, je rappelle que nous étions le seul parti dénonçant non seulement l’achat des terres de l’office du Niger par la Libye mais aussi la situation des immigrés maliens dans ce pays. Cela signifie que nous ne faisons pas de parti pris. Nous ne pouvons pas nous battre pour la souveraineté et l’indépendance de notre pays et les refuser pour un autre pays. Le cas de la Libye est vraiment une agression de puissances impérialistes aujourd’hui traumatisées par la crise financière et économique frappant leur pays. Ces nations s’organisent pour occuper les terrains là où se trouvent les richesses dont leurs économies dépendent. Après la Libye, ils iront ailleurs. Déjà la crise libyenne a un impact direct sur le Mali en ce sens qu’elle permet à Aqmi de s’installer chez nous et de renforcer son dispositif militaire avec des armes sophistiquées.

Une famine sévit en Afrique de l’Est et les dirigeants des pays développés se sont récemment réunis à Rome sur la question mais sans apporter de solution. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ce que cela m’inspire, c’est ce qui inspire tous ceux qui sont soucieux du devenir de ce contient. C’est vrai, il y a des problèmes climatiques mais gérer, c’est prévoir ! Il ya là l’incompétence des dirigeants africains. Jusque là, je n’ai vu aucune manifestation de l’Union Africaine ou de pays africains par rapport à cette situation. Ce sont les pays du Nord qui s’agitent sans arriver à trouver de solution.

La terre et l’eau seront la base des guerres dans les années à venir. Si les pays africains n’arrivent pas à s’organiser pour produire sur leurs immenses terres et soulager la vie des africains, on aura de quoi s’inquiéter. C’est toute la question du pouvoir qui est posée. La Somalie connaissait déjà la guerre, maintenant c’est la famine. Elle sévit également en Ethiopie et au Kenya mais ce n’est pas le cas dans les autres pays africains. Qu’est ce qu’ils attendent pour venir à bout de cette tragédie humaine ?

La Fao a estimé avoir besoin de cent vingt millions de dollars pour faire face à la situation donc environ soixante milliards de FCFA. C’est quoi soixante milliards pour cinquante-quatre pays africains ou pour ces pays riches qui se sont enrichis sur notre dos ?! Ces mêmes pays ont débloqué, à l’issue d’une unique réunion, cent cinquante-huit milliards d’Euro pour la Grèce ! C’est-à-dire milles fois plus que ce qui est demandé pour plusieurs pays d’Afrique où des hommes et des femmes, mais surtout des enfants, sont en train de mourir. Ceci exprime l’état d’âme des puissances du Nord par rapport à l’Afrique. Ils ne se préoccupent de notre continent que quand ils peuvent s’enrichir davantage et mieux nous effacer. Quand nous disons cela, on nous taxe de radicaux mais ceci est malheureusement la vérité !

Et le rôle de l’Afrique devant cette situation ?

L’Union Africaine devrait se réunir de toute urgence [ndlr : Réunion prévue pour le 9 aout 2011] et amener les pays africains à mettre la main à la poche. Soixante milliards, ça ferait un milliard par pays pour circonscrire cette tragédie. Après le tsunami en Indonésie, le Mali a donné cent millions sans qu’on ne le lui demande ! C’est par amitié que le Mali a eu à le faire. L’Union Africaine est faite pour cela.

Le mot de la fin ?

Des élections s’annoncent et 2012 est à notre porte. Ces élections sont impréparées par la faute de l’Administration et de la majorité présidentielle. Parallèlement, l’Etat est en train d’organiser des réformes institutionnelles qui n’ont aucun sens parce qu’elles vont distraire l’Administration et l’empêcher de s’attacher à l’organisation des élections qui, elles, sont constitutionnelles. Ces réformes vont couter sept milliards, annoncés et prévus dans le budget 2011. Cette somme aurait été bien utile pour l’élaboration d’un fichier électoral.

Je pense que l’Etat est en train de préparer une aventure désastreuse pour le pays. Nous allons droit dans le mur.

La classe politique doit être consciente que nous n’avons pas besoin, en ce moment précis, de réformes institutionnelles parce qu’elles n’ont pas été préparées.

Avec quel fichier électoral allons- nous faire le référendum ?

C’est une inquiétude qui doit habiter chaque malien.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly

29 juillet 2011 – publié le 3 Août 2011