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L ‘indépendant : En tant que l’un des principaux acteurs de l’avènement du multipartisme, que symbolise le 26 mars pour vous ?

jpg_une-124.jpgCheick Oumar Sissoko : Le 26 mars, pour moi, symbolise la révolte de notre peuple contre l’injustice, contre la dictature pour un projet de rupture, à savoir le changement. Qui ne doit pas seulement viser l’instauration du multipartisme, mais faire en sorte que les gens aient droit à la vie, à l’école, aux logements, à la santé, à l’environnement, le droit d’élire son représentant ou de le démettre.

L’indép: Si on vous demande de faire le bilan de près de deux décennies dans l’ère dite démocratique que diriez-vous ?

C.O.S : C’est un échec. En ce sens que la première République a refusé le système inégalé de la valeur que la logique coloniale nous a imposé. Modibo Kéïta, le premier président de la République du Mali a lutté contre ce système. Les premiers budgets de la République du Mali entre 1961 et 1965 étaient beaucoup centrés sur les transports, l’agriculture. Cela pour assurer une accumulation primitive du capital afin de développer le pays à travers la création des industries lourdes comme la cimenterie de Diamou.

A cette époque on pouvait se réjouir de la qualité de l’enseignement. Lorsque le Comité Militaire de Libération National (CMLN) est venu, il a mis en place un plan triennal, de 1970 à 1973, qui nous a fait revenir dans la logique coloniale. C’est-à-dire le système d’échange inégal de la valeur à travers la culture des produits comme l’arachide et le coton tout en abandonnant la production des cultures vivrières et en nous amenant complètement dans le giron de la France.


Ensuite, il y a eu le 26 mars 1991,
l’espoir suscité par ce changement a été étouffé par tous ceux qui sont venus après la période de la transition et l’ère ADEMA. L’ère ADEMA n’a fait que concrétiser tout ce que le CMLN et l’UDPM ont engagé, c’est- à dire le neo libéralisme dans ses principes à savoir la liquidation des secteurs de souveraineté.

L’indép : Et l’ère ATT?

C.O.S : Nous sommes encore dans cette période là, l’abandon de la souveraineté est encore présent dans les politiques gouvernementales. Aujourd’hui où est l’école ? L’école se trouve dans une situation extrêmement grave.

La santé aussi. Aujourd’hui beaucoup de choses ont été faites comme la construction des routes. Mais qu’est-ce qu’on fait de ces routes là ? Est-ce que ce n’est pas toujours dans cette politique neo-coloniale pour servir de voie de transit à nos matières premières. Aussi, l’exode rural est en train de faire de nos cités des gros villages, la spéculation foncière a, aujourd’hui, pignon sur rue sans oublier la magouille. La corruption, n’en parlons pas. Car depuis 1968 jusqu’à nos jours nous sommes dans un système de corruption généralisée.

Cependant, on ne peut reprocher la malversation financière à aucun compagnon de Modibo Kéïta. A titre d’exemple, le jour de l’arrestation de son ancien ministre des Affaires étrangères, Ousmane Ba, un oncle à moi, sa famille ne savait pas où aller. Sa famille a été logée chez ses cousins. Modibo était également dans la même situation.

L’indép: En terme clair, les attentes du peuple n’ont pas été comblées ?

C.O.S : Ce que l’on voit de nos jours, ce n’est pas en tout cas ce que le peuple attendait de la rupture. Le changement a été opéré pour l’épanouissement des populations et des initiatives. Mais aujourd’hui nous avons l’impression que nous sommes dans une jungle, il n’ y a pas l’autorité de l’Etat, chacun fait ce qu’il veut.

Cela n’est pas ce que l’on souhaitait après le 26 mars 1991. Le dictateur est tombé, mais on n’a pas su gérer l’après 26 mars. Je suis aussi responsable comme tous les autres, mais le principal responsable de cette situation est l’ADEMA.

Kassoum THERA

L’Indépendant du 27 Mars 2009