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Dr. Cheick Modibo Diarra parle dans une interview qu’il nous a accordée en marge de l’octroi de 50 ordinateurs au lycée Technique le 19 septembre 2008, de l’excellence à l’école, de ses ambitions politiques et de son frère aîné, le Vérificateur général…

Les Echos : Vous venez d’offrir des ordinateurs au lycée Technique. Est-ce à dire que vous allez vraiment vous investir pour l’excellence à l’école ?

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Cheick Modibo Diarra :
Je me suis toujours investi pour l’excellence à l’école mais de façon régionale. Cela fait dix ans que je rassemble tous les ans les meilleures filles dans le domaine scientifique de 14 pays de la sous-région. L’an prochain, je vais atteindre le chiffre magique de 500 jeunes filles que j’aurais formées à travers mes camps et qui iront étudier de par le monde. Je vais les rassembler pour les mettre en réseau.

J’ai toujours demandé au ministère de l’Education d’initier un Camp d’excellence national. Au Mali, nous avons un Camp national parce que l’idée a commencé à Bamako qui a abrité le premier camp. L’année d’après nous sommes allés au Sénégal. Nous nous investissons mais dans un champ plus large parce que je suis convaincu du fait qu’un pays africain à lui seul ne peut pas s’en sortir. C’est le genre de problématique où nous ne pouvons pas être une petite île dans un océan de misère. Chaque fois que nous trouvons une solution, nous nous devons de la partager avec nos voisins. C’est dans ce sens que je me suis investi.


Les Echos :Qu’est-ce que vous pensez du Forum sur l’éducation que notre pays s’apprête à organiser à la fin du mois prochain ?

C. M. D. : Je pense que c’est une très heureuse initiative. Je demande à tous mes concitoyens quelle que soit leur confession religieuse, quels que soient leur sensibilité politique, leur âge, leur métier, leur niveau d’éducation ; que tout le monde s’implique pour faire du forum un grand succès. Et ce ne sera un grand succès que lorsqu’il sera le premier et le dernier forum sur l’éducation.

Il faut que la solution soit trouvée de façon pérenne afin que les enfants retournent à l’école et que l’école malienne redevienne ce qu’elle était. Je me rappelle quand nous étions dans ces écoles dans les années 1970 et même après notre départ pour la France, nous étions les premiers de nos promotions. On se pose la question comment cette école a pu partir de ce niveau pour arriver au niveau où elle est aujourd’hui.

Les Echos :Des étudiants maliens ont des problèmes d’accès aux bourses étrangères. Vous en tant que responsable de fondation que comptez-vous faire pour améliorer cette situation ?


C. M. D. :
Le Malien ayant des difficultés à accéder aux bourses étrangères est un mythe. L’excellence a accès à des bourses partout et à tout moment. Si quelqu’un n’a pas accès à une bourse c’est parce que la personne probablement n’a pas le niveau requis pour avoir accès à cette bourse. Ce ne sont pas les Maliens seulement qui ont cette difficulté, il y a bien d’autres pays parce que leur système d’éducation n’a pas de niveau.

Personne ne veut dépenser des ressources pour des gens qui n’en ont pas le niveau. Il faut que les gens se ressaisissent et qu’ils travaillent. Le monde entier est à la recherche de l’excellence. J’étais dans mon champ ici à Ségou depuis 2 ans, mais qu’est-ce qui a fait que j’ai eu un appel de Bill Gate pour faire de moi le président de Microsoft-Afrique. Quand vous êtes bon dans ce que vous faites ce sont des gens qui viennent vous chercher pour vous donner des bourses et du travail. Il faut être bon dans ce qu’on fait mais il ne s’agit pas d’être juste un moyen.


Les Echos : Vous n’aidez que les filles dans le domaine des sciences, n’est-ce pas là une discrimination ?


C. M. D. :
Pas du tout. J’ai commencé ce travail avec l’aide de la BCEAO. Aucun Etat n’y participe. Lorsqu’on a des ressources limitées, on essaye de maximiser l’impact de ses ressources. Selon les statistiques, lorsqu’une femme a 5 enfants et que cette femme a un niveau maîtrise par exemple, 80 % de ses enfants, c’est-à-dire 4 sur 5 vont atteindre le même niveau d’éducation. Et l’on a regardé les statistiques, il n’y avait aucune corrélation entre le niveau d’éducation des enfants et celui du père. Mais il y a une corrélation très forte entre le niveau de l’éducation des enfants et de la mère. Puisque je n’ai pas beaucoup de ressources, je me suis dit qu’il faut commencer avec les filles. Le jour où j’aurais des ressources suffisantes à ce moment-là j’impliquerai les garçons.


Les Echos :Avez-vous des ambitions politiques ?

C. M. D. : J’ai toujours fait de la politique. Au sens étymologique du mot, politique veut dire résoudre les problèmes de la cité. Elle ne signifie pas aller faire des discours, courir de gauche à droite. Je pense que j’ai toujours participé à la résolution des problèmes de la cité et continuerai à résoudre autant de problèmes que je pourrais.

Maintenant, si vous voulez parler de la politique politicienne pourquoi pas ? J’ai plus de 35 ans, je peux participer à toutes les élections. Donc, rien ne m’interdit de briguer la magistrature suprême de mon pays. Je ne vois pas d’ailleurs pourquoi vous me posez la question, est-ce que
quelqu’un vous a dit qu’il avait l’intention de voter pour moi.


Les Echos :Aidez-vous votre frère le Vérificateur général ?


C. M. D. :
Mon frère aîné Sidi Sosso a 6 ans de plus que moi. Quand j’étais à l’école, c’est lui qui contrôlait mes devoirs, me donnait des corrections lorsque j’en avais besoin et félicitait lorsqu’il le fallait. Je n’ai pas de conseils à lui donner. C’est quelqu’un de très honnête, transparent et qui aime beaucoup son pays. Je suis sûr qu’il ne ménagera aucun effort pour mener à bien son travail.

D’ailleurs, toute sa vie, tout ce qu’on lui a confié il l’a mené à bien et je suis sûr qu’il va continuer sur cette voie. Pour nous autres jeunes frères de la famille, c’est lui l’exemple que nous suivons. Si vous voyez la ténacité avec laquelle nous travaillons c’est simplement parce que nous nous inspirons de lui.


Propos recueillis par

Mohamed Daou

24 Septembre 2008