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En ce moment, dans notre pays, on a des langues dites nationales comme le bambara, le songhoï, le kassonké, le soninké etc. A côté de celles-ci on a des langues appelées de coopération. Exemple : l’anglais, le russe, l’arabe, l’allemand etc.

La langue française est une langue dite officielle au Mali. Notre constitution est écrite en français. Dans nos écoles on enseigne dans la langue de Molière.

Mais en ce moment, un autre phénomène est en train de prendre des proportions inquiétantes. Nos langues nationales sont de moins en moins écrites et de moins en moins parlées. L’équivoque réside plus autour des termes “chefs de village” et “chefs de quartier”.

A Bamako, il y a 6 communes urbaines qui sont composées chacune de nombreux quartiers. Le premier terme “Chef de village” se traduit facilement en bambara et ça donne “dugutigi”. Le terme “chef de quartier” est assimilé à “dugutigi”.

Donc un véritable problème d’incompréhension s’installe dans les écrits. Non seulement, à ce niveau il y a problème, mais également au niveau des mots “quartier” et “dugu”. Ça pose toute la problématique de chefferie dans nos quartiers urbains de Bamako.

Nos enquêtes ont montré qu’en général, avec quelques exceptions, le premier habitant d’un quartier détient sa chefferie. Un peu à l’image des communes rurales. A travers les noms de famille des “dugutigi”, on s’est rendu compte que le phénomène se passe de père en fils.

La décentralisation dans notre pays n’a pas pu déplacer les traditions. En tout cas pas encore. A la veille des élections communales, chaque fois le problème se pose dans certaines communes rurales à travers le pays. Les populations locales ont du mal à comprendre qu’une autre personne n’étant pas “dugutigi” puisse tenir les rênes de la commune.

C’est à dire, dans l’entendement général, ne peut devenir maire que le chef de village ou son enfant. Donc, les villageois, au début de la décentralisation avaient essayé de faire du poste de maire un héritage par excellence. Exactement comme ça se fait avec les différentes chefferies de village. Avec le fil du temps, les gens ont compris que c’est par voie électorale qu’on peut devenir.

Heureusement à Bamako, le problème est moins perceptible. Même si des sources proches des populations de base ont fait état de tiraillements dans certains quartiers à cause de la chefferie.

Un habitant d’un âge respectable a confié que le rang de “dugutigi”, celui d’imam, s’acquièrent par héritage. Dans les villages comme dans les villes, les chefs de village sont généralement les premiers habitants d’une localité dont ils deviennent les plus grands propriétaires terriens.

Dans un quartier de la commune IV, de très grandes surfaces de terre appartiennent à une famille.
Dans les villages, il y a des gens appelés “doyens de quartier” ou “doyens de tribu”.

A l’occasion des fêtes de nouvel an par exemple, on voit le président et les ministres du gouvernement qui rendent visite aux personnes les plus âgées d’un quartier et leur faire des cadeaux. Cela est une très bonne chose. Puisque ça permet à ces personnes de cette tranche d’âge de se sentir utiles à la société.

D’un côté il faut maintenir la tradition dont le respect réside dans le répétition. Or la génération montante a tendance à se fier à nos langues nationales D’où d’ailleurs cette équivoque autour des termes “chef de village” et “chef de quartier”.

Le temps n’est-il pas arrivé de bien définir les attributions et fonctions des chefs, surtout leurs limites, leurs relations avec les populations et les maires?

Il y va de la quiétude de toutes les populations de notre pays.

Goudia Konaté

13 février 2006.