Partager

Pendant que des tirs se faisaient toujours entendre dans plusieurs endroits de la capitale malienne, le capitaine Amadou Haya Sanogo, président du Comité National de Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’État (CNRDRE) assurait, peu avant 2h du matin de ce mardi 1er mai 2012, que la situation sécuritaire était à l’avantage de son organisation. De violents affrontements opposent ses militaires au bataillon des Para Commando, communément appelé les «Bérets rouges». Le bilan serait lourd.

jpg_une-700.jpgDepuis quelques jours, le feu couvait dans la capitale. Dans la matinée de ce lundi 30 avril 2012, des manifestations de soutien au CNRDRE se sont déroulées à Kati (où se trouve le quartier général des putschistes) et à Bamako avec, dans ce dernier cas, un problème de leadership au sein de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM). Les comités locaux de plusieurs lycées ont libéré leurs élèves au motif d’une agression d’un responsable de l’organisation estudiantine par des inconnus.

Dans cette ambiance, d’autres leaders de la même organisation avaient un autre agenda. Avant midi, des centaines de jeunes ont manifesté, traversant à la marche le pont Fahd, pour réclamer le départ du secrétaire général de cette organisation : selon eux, son mandat serait arrivé à terme. Dans l’après midi, ce dernier sera agressé par des «personnes en tenues policières», à en croire des étudiants. Blessé, il sera transporté d’urgence dans un centre hospitalier. Au même moment, la radio Kayira II, proche du Dr. Oumar Mariko (soutient politique du CNRDRE), est prise à partie et saccagée. La radio parviendra tout de même à émettre de nouveau. Ces deux événements donneront donc le ton d’une soirée très mouvementée à Bamako.

Dès 18h, une grande panique s’est abattue sur la population vivant au centre-ville. Des tirs nourris sont entendus durant toute la nuit dans plusieurs endroits notamment à Kati, Koulouba, Djicoroni Para (commune IV du district de Bamako) et continueront jusqu’au petit matin. C’est surtout aux abords de l’Office des Radio et Télévision du Mali (ORTM) que les combats ont été meurtriers pour le contrôle de la station.

D’autres troupes ont tenté de rallier Kati via Samé mais ils se heurteront à des unités favorables à la junte militaire qui a renversé ATT le 22 mars dernier. «Plusieurs personnes sont mortes dans cette affrontement», a expliqué le capitaine Amadou Haya Sanogo, sans donner de chiffre. Il s’est exprimé sur les ondes de la radio Kayira, l’ORTM étant en panne d’électricité.

En fait, des informations faisant état de l’imminence d’une opération d’arrestation de responsables d’anciens gardes présidentielles a fait le tour des garnisons. Le chef du CNRDRE dit avoir expliqué aux responsables de la compagnie l’inexactitude de ces faits. Mais selon des informations, une tentative d’arrestation se serait produite. Qui a piloté cette opération ? On ne saurait le dire. Mais le président du CNRDRE dégage la responsabilité de son comité parlant même d’une infiltration au Mali de « mercenaires ». « Parmi les personnes capturées figurent des étrangers. Nous les filmerons pour les montrer au public», a soutenu Amadou Haya Sanogo.

Ce regain de tension a mis un terme à la visite de la délégation du comité militaire chez le médiateur burkinabé, prévue ce mardi 1er mai 2012. Les émissaires de la junte, déjà à l’aéroport international de Bamako-Senou vers 18h, munis de billets de la compagnie aérienne Air Burkina étaient dans l’incapacité d’embarquer. Et pour cause ? Ce secteur aussi est l’objet d’enjeux entre le CNRDRE et les bérets rouges où des centaines de militaires étaient positionnés à 19h. Des combats se sont également déroulés dans ce secteur.

Le grand inconnu de cette soirée de trouble reste son bilan, 14 morts et 40 blessés selon RFI qui précise avoir obtenu ces données de source hospitalière.

Seydou Coulibaly

Réalisé le 30 avril | mis à jour le 1er mai 2012

AFRIBONE