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L’affaire a éclaté en Allemagne il y a dix jours. Au départ, l’enquête visait des personnes soupçonnées d’avoir secrètement placé environ 200 millions d’euros (plus de 130 milliards Fcfa) auprès de la banque LGT au Liechtenstein, ainsi que des employés de trois banques allemandes. Le patron de la poste allemande, mis en cause, a aussitôt présenté sa démission, par éthique, mais aussi pour ne pas gêner le déroulement de l’enquête.

Selon les ramifications découvertes ou soupçonnées, la traque à la fraude fiscale, via le Liechtenstein, prend désormais des allures internationales et implique à la fois des géants du monde dont les Etats-Unis, la France, l’Italie, la Suède et l’Australie.

Le procureur de Bochum, Hans Ulrich Krück, en charge de ce lourd dossier, a déjà de quoi jubiler car, en si peu de temps, les services fiscaux ont déjà pris dans leurs filets plus de 160 contribuables allemands et récupéré 27,8 millions d’euros auprès de 91 fraudeurs qui ont reconnu les faits et de 72 autres qui ont répondu à l’appel des autorités en acceptant de se dénoncer eux-mêmes pour échapper à des poursuites judiciaires éventuels.

En payant à prix d’or les services d’un informateur pour lever le secret bancaire qui entourait les comptes nichés dans ce paradis fiscal du Liechtenstein, les enquêteurs allemands ont alors soulevé un très gros lièvre car l’affaire défraye la chronique par son étendue internationale. En effet, neuf pays membres de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques) ont reçu et étudient des informations sur des comptes au Liechtenstein. Il s’agit de la Suède, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, l’Espagne, le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis.

Cette affirmation du directeur du Trésor public suédois, Mats Sjöstrand, explique la traque généralisée déclenchée un peu partout dans le monde.

Un communiqué publié par le ministère français du budget précise que « tous les pays mentionnés participaient à la réunion du Forum des administrations fiscales de l’OCDE » de Séoul en 2006 « au cours de laquelle les directeurs généraux de plus de 30 pays ont considéré que l’utilisation de comptes bancaires dans des paradis fiscaux représentait une menace majeure pour les administrations fiscales« .

Si en Italie on se contente tout simplement de déclarer que le nombre de gens concernés par cette enquête s’avère « considérable », les Etats Unis, de leur côté, affirment qu’une enquête a été ouverte auprès de plus de 100 personnes. Même chiffre annoncé par la France qui est en train de passer au peigne fin les listes reçues depuis la mi-janvier dans le cadre de cette affaire. Les Autrichiens, de leur côté, font encore la fine bouche en annonçant qu’une petite liste de 20 personnes visées par ce scandale international.

Selon la presse allemande, la banque mise en cause au Liechtenstein est une filiale du groupe bancaire suisse Vontobel. La banque LGT Group, au Liechtenstein, a reconnu que des données, volées en 2002 par l’un de ses employés, avaient été transmises non seulement aux autorités allemandes, mais aussi «apparemment […] à d’autres autorités». Cependant, depuis Zurich, cette banque spécialisée dans la gestion de fortune rejette en bloc les allégations. Elle a tout simplement démenti que des données confidentielles concernant ses clients au Liechtenstein aient été volées ou communiquées de manière frauduleuse. Alors qui dit vrai entre les deux ?

Pourtant, un porte-parole du ministère allemand des Finances avait bien indiqué, lundi dernier, qu’ en vertu d’accords de coopération avec les administrations fiscales d’autres pays, Berlin allait partager ses informations, pour lesquelles les services secrets allemands ont versé plus de 4 millions d’euros (près de 3 milliards Fcfa).

Le ministre danois des Impôts, Kristian Jensen, n’a pas utilisé la langue de bois pour faire part de son hostilité à l’idée d’utiliser des renseignements achetés à un informateur pour démasquer les fraudeurs du fisc. Il est décidément l’un des rares responsables, à un haut niveau, qui n’a pas voulu hurler avec les loups.

Faut-il se fier alors aux fameuses informations dont parle Berlin ? Ne va-t-on pas vers une affaire Clearstream version internationale ? Justement, chat échaudé craint l’eau froide. En d’autres termes, celui qui a été mordu par un serpent a peur d’une simple corde. C’est pour relater le semblant de prudence, voire d’indifférence que Paris affiche vis-à-vis de cette affaire à suivre de très près.

Amadou Bamba Niang

28 février 2008.