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Au moment où les islamistes broient du noir à cause de l’engagement infaillible de militaires maliens et étrangers, notamment français, les combines de certains dirigeants arabes demeurent toujours troublantes dans une atmosphère de menaces terroristes généralisée.

La situation au Nord du Mali n’arrête pas d’alimenter les débats. Depuis le déclenchement de l’offensive salvatrice de la France, les réactions se multiplient à travers le monde. De façon générale, les commentaires soulignent la pertinence de l’intervention militaire de l’ex-puissance coloniale, qui aurait usé de son « devoir d’ingérence » pour sauver le Mali et les citoyens du monde contre les méfaits d’islamistes radicaux.

Mais, de rares voix discordantes ont dénoncé l’appui de la France à l’armée malienne. Parmi celles-ci se trouve Mohamed Morsi, le président islamiste d’Egypte. Membre influent de la confrérie des « Frères musulmans », ce diplômé de l’Université de Californie du Sud, croit fermement qu’il doit se servir de la crise malienne pour tenir tête à l’Occident et s’ériger en héros des bords du Nil.

Lors du sommet arabe tenu en début de semaine à Riyad, M. Morsi a déclaré « n’accepter en aucun cas l’intervention militaire au Mali ». Une façon de critiquer la France pour son engagement à neutraliser les terroristes où qu’ils se trouvent. Ces propos du président égyptien auraient eu du poids s’il était lui-même un modèle de dirigeant pouvant séparer clairement la religion du pouvoir.

Le soutien de la France au Mali est loin d’être une croisade contre l’islam, comme l’ont avoué plusieurs leaders religieux à Bamako et à l’étranger. L’islamiste veut donc profiter de son fauteuil présidentiel pour véhiculer des messages qui le propulseraient davantage sur le devant de la scène internationale, particulièrement arabe.

Ce qui est un pari risqué et perdu d’avance en ce sens que même les membres de son propre parti en Egypte ne l’ont pas suivi dans ses critiques contre un monde juste et libre des démons de la violence qui se servent de l’islam pour endeuiller le monde. Et une telle prise de position ne doit aucunement influencer l’élan de solidarité mondiale autour de notre pays.

Si le président égyptien a ostensiblement pris position contre la présence militaire de la France dans notre pays, d’autres dirigeants arabes continuent de faire des jeux troubles. Le Qatar n’en finit pas de se faire accuser pour ses rapports très particuliers avec les groupes islamistes du Nord.

Un autre mouvement fantomatique

Faisant la politique de la chaise vide, l’émirat n’a jamais pu infirmer les accusations de « complicité » avec les terroristes ou fournir des preuves tangibles de sa neutralité dans la crise malienne. Car autant Doha affirme ne pas soutenir les islamistes au nord du Mali, autant il paraît clair qu’il n’est pas derrière les autorités maliennes dans leurs efforts de réunification du pays.

En octobre dernier, le président de la République avait effectué une « visite vaine » au Qatar. A la demande d’aide de Dioncounda Traoré en vue d’un dénouement de la crise au Mali, l’émir du Qatar s’était contenté d’avancer la « pauvreté » comme cause principale de l’embrasement de notre pays.

Les réponses de Cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani avaient fini par convaincre son invité que le bout du tunnel ne passerait pas par Doha. C’est cette même ambivalence dont avait fait preuve l’Organisation de la coopération islamique (OCI) avant de se rétracter la semaine dernière suite à la prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas en Algérie.

C’est dans cette atmosphère de suspicion de certains Etats arabes qu’intervient l’annonce de la création du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA). L’on ignore encore qui est derrière ce nième groupe islamique. La dissidence d’Ançar Eddine prêcherait la paix, en échange d’une cessation des hostilités par le Mali et ses alliés, particulièrement la France. Mais, beaucoup d’observateurs voient déjà en ce mouvement une tentative de freiner l’offensive sur les régions du Nord du Mali.

Surtout que les leaders du MIA, à travers un communiqué, ont demandé l’arrêt des hostilités sur Kidal et Ménaka, tout en se disant « prêt au dialogue ». Reviendrait alors sur la table la « méthode Blaise Compaoré » ou la tactique de négociations avec les « groupes récupérables » au Nord-Mali. Cependant, il faudrait éviter de redonner une autre occasion aux islamistes pour retarder l’échéance de la reconquête du septentrion, comme ils l’ont déjà fait, au détriment du Mali et de la médiation de la Cédéao.

Le fait que le MIA a utilisé le mot « Azawad » dans sa dénomination atteste déjà de la volonté de ses dirigeants de ne pas faire partie d’un Mali uni et indivisible.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Echos du 27 Janvier 2013