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La misère du Tiers-monde est devenue une source intarissable d’opulence pour certains petits futés en Occident et leurs faire-valoir…

Quand on vit en Occident, au cœur du monde développé, il ne se passe pas un jour sans être confronté à cette débauche de publicité (écrite ou audiovisuelle) qui sollicite le bon cœur des citoyens. Famine en Ethiopie ou au Niger, choléra au Burkina Faso, inondations au Sénégal ou au Mali, cyclone en Haïti, machin-truc de Perlimpinpin au Ghana, toutes les catastrophes naturelles ou politiques sont un prétexte à une campagne de ratissage des fonds de caisses.

En outre, la toile de fond de la pauvreté est un viatique permanent pour les détrousseurs de la charité. Il existe, seulement au Canada avec ses petits 30 millions d’habitants, plus de… 22 000 organismes de charité ayant pour cause l’aide aux moins nantis de ce pauvre monde.

Selon les experts de l’OCDE, il se ramasse chaque année, pas moins de 17 milliards de dollars dans les pays riches, seulement par les ONG qui prétendent aider l’Afrique. Et pourtant, non seulement la misère ne recule pas sur ce continent, mais elle s’aggrave.

Par ailleurs, une enquête interne de l’Agence canadienne de développement international (Acdi), consacrée à l’Afghanistan, a permis de mettre à jour une réalité hallucinante : sur 175 millions de dollars (plus de 80 milliards CFA) débloqués pour la reconstruction de ce pays, près de 120 millions sont allés directement dans les poches des consultants, fonctionnaires, contractants et autres intermédiaires sans scrupules. Au moins 30 autres millions ont disparu dans les poches des potentats locaux.

Mais revenons aux ONG qui collectent l’argent au nom des démunis. La semaine dernière, les journaux du Québec ont mis à jour une histoire d’horreur qui concerne une des institutions les plus connues : Vision Mondiale.

De toutes les ONG qui se gargarisent d’être à la fine pointe du combat pour l’éducation et l’alimentation dans le Tiers-monde, Vision Mondiale est sans doute la plus agressive et la plus moderne en matière d’outils marketing. Elle n’hésite pas à payer des heures d’antenne pour faire défiler des chérubins africains, faméliques et rachitiques, couverts de mouches, la bouche ouverte et dégoulinante de bave, avec des commentaires gnangnan pour supplier les gens de parrainer ces enfants.

Il y a quelques années, un humoriste canadien d’origine rwandaise avait raconté comment les « cinéastes » de l’humanitaire embauchés par Vision Mondiale leur demandait, au Rwanda, de se présenter sales devant la caméra, de se couvrir de boue pour paraître encore plus misérables. Cependant, l’histoire de la semaine dernière est encore plus troublante.

Depuis 4 ans, un couple québécois, répondant à un de ces pathétiques appels à la charité, avait décidé de parrainer une enfant au Honduras, à raison de 35 dollars par mois (15 000 F CFA) qu’il versait directement à Vision Mondiale. L’organisme avait donné la garantie qu’il prendra seulement 10 % de frais d’administration et versera le reliquat pour l’éducation, l’habillement et la santé de la fillette.

Après 4 ans de générosité, le couple décide, pendant ses vacances, de faire un saut au Honduras pour rendre visite au filleul. Une fois sur la place, le mari et son épouse tombent des nues : la fillette n’a jamais reçu un sou de Vision Mondiale. Elle n’a jamais entendu parler d’un parrain ! Et vlan ! A Montréal, les patrons de Vision Mondiale se terrent dans le silence. Ils refusent catégoriquement de donner des explications même quand le couple brandit la menace d’une poursuite judiciaire. Pour la crédibilité et la confiance, il faudra repasser.

Evidemment, ce n’est pas la première fois qu’une histoire d’épouvante frappe le milieu des ONG. Il y a déjà une dizaine d’années, une enquête de la télévision de Radio-Canada avait permis d’établir qu’un boss de Care Canada, justement responsable de l’aide à l’Afrique, avait dépensé des dizaines de milliers de dollars en farniente dans les hôtels et palaces les plus chers du monde en plus de s’octroyer des indemnités de mission qui dépassent l’entendement. Il était même question de poursuites criminelles et le fisc canadien n’avait pas hésité à ouvrir une enquête puisque les organismes de charité bénéficient de largesses fiscales énormes.

La fraude dans le milieu des ONG est dans les deux sens. Sans jeter l’opprobre sur toutes les organisations (il est vrai et honnête de dire que certaines sont des exemples de bonne gestion, d’engagement et d’efficacité), il est désolant de constater que tant dans les pays riches que pauvres, la manne financière est dilapidée sans aucun scrupule par des gens qui prétendent agir par charité humaine.

En Afrique, les antennes des ONG internationales n’ont, pour ainsi dire, rien à décider. Elles se contentent, comme des perroquets, de répéter ce que veulent leurs bienfaiteurs nantis. Rares sont les organisations ayant un conseil d’administration crédible et délibérant. Dans la majorité des cas, il s’agit d’une coterie vorace et cupide qui ne fait qu’empocher.

En Occident, tous les pays sont frappés par la fureur malhonnête des initiateurs, y compris quand il ne s’agit pas d’aider les pays pauvres. Le méga scandale autour de l’Arc (Association de recherche sur le cancer) en France est un exemple achevé de la culture de rapine et de prévarication qui règne dans ce milieu.

Et après, on se demande pourquoi l’Afrique n’avance pas. Les gouvernements sont largement corrompus, la majeure partie des ONG suit les traces des gouvernements, il n’y a que les peuples qui trinquent… A votre santé à tous !


Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

17 Septembre 2008