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Vêtu d’un costume croisé bleu nuit, chemise blanche à boutons de manchette et cravate bordeaux, cheveux coupés ras, Taylor promène un regard tranquille sur l’assistance avant de s’asseoir. Cette image de l’ex-président libérien dans le box des accusés de la IIe chambre du Tribunal spécial pour la Sierra-Léone (TSSL) lors de son jugement à la Haye restera sans doute longtemps encore dans les mémoires. Et pour bien d’analystes, ce procès ouvert restera exemplaire. Tant par son caractère inédit et le pedigree de l’accusé que par la gravité des crimes qui lui sont reprochés. L’ancien président du Liberia, Charles Taylor, a été reconnu coupable de « crimes contre l’humanité et de crimes de guerre » en Sierra Leone entre 1996 et 2002, devenant ainsi le premier ex-chef d’Etat condamné par la justice internationale depuis le procès de Nuremberg entre 1945 et 1949.

Président de 1997 à 2003, Charles Taylor, 65 ans, a été reconnu coupable d’avoir «aidé et encouragé» une campagne de terreur visant à obtenir le contrôle de la Sierra Leone dans le but d’exploiter ses diamants lors d’une guerre civile ayant fait 120 000 morts. Cet homme qui reste sans conteste l’un des chefs de guerre les plus tristement célèbres d’Afrique, né d’un père descendant d’esclaves américains affranchis et installés au Liberia en 1816 et d’une mère autochtone, s’était même attribué un nom de guerre, «Ghankay», qui signifie le guerrier en langue gio du Liberia, et étendait sa férule à Serra-Léone pour mieux profiter des immenses richesses de ce pays, aidé en cela du défunt Foday Sankoh.

C’est donc ce «guerrier» à la petite semaine, condamné à 50 ans de prison, qui a pris la route d’une prison britannique, le mardi 15 octobre dernier pour purger sa peine en vertu d’un accord confidentiel signé en 2007, contrairement à son souhait d’effectuer sa peine en Afrique, et précisément au Rwanda. Pourquoi ce boucher voulait-il purger sa peine dans une geôle rwandaise ?

« C’est, dit-il, par crainte d’être attaqué par des codétenus, surtout que mon nom est associé à des atrocités. Les autres détenus seront tentés de m’infliger leur propre justice en s’attaquant à moi explique-t-il inquiet avant d’ajouter : «Etre en Angleterre reviendrait trop cher à ma famille de me rendre visite, et j’estime que purger ma peine au Rwanda, sur le continent où je suis né, serait plus humain pas seulement pour moi, mais aussi pour ma famille» dans une lettre de trois pages datée du 10 octobre 2013.

A moins d’avoir un agenda caché, le choix du Rwanda pour purger sa peine ne semble aucunement justifié.

Pourquoi le Rwanda et pas le Zimbabwe, le Niger ou l’Ethiopie ou le Ghana qui, eux aussi, appartiennent au continent où l’ex-président libérien est né ?

S’agissant de crainte de codétenus qui pourraient l’attaquer, on peut dire sans risque de trop se tromper que, de par le monde, les instincts bellicistes des bagnards sont les mêmes à quelques variantes près. Quant au coût des visites de sa famille, on peut affirmer qu’il est de nos jours plus aisé de se rendre au Royaume-Uni de n’importe quel autre point du globe que d’un pays à l’autre en Afrique.

Dans tous les cas, face à quelqu’un qui a réussi à s’évader des geôles américaines, réputées sûres, principalement du centre de détention provisoire de Boston (Etats-Unis), en 1984, une prison britannique offre plus de sûreté et de sécurité qu’une bagne rwandaise.

Voilà une condamnation qui pourrait marquer une nouvelle ère de responsabilité, faite d’exemplarité

Boureima Diallo

Mercredi, 16 Octobre 2013 22:26

Source : L’observateur Palaaga