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Avec l’absence des ténors classiques que sont le Cameroun, l’Egypte, tenante du titre, le Nigeria et l’Algérie, la 28ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2012) se présentait, pour nombre d’observateurs de la galaxie du sport-roi, sous le signe de la surprise en dépit de la présence des équipes considérées comme favorites telles la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Sénégal et le Ghana. Ce pronostic s’est révélé exact. Les pays qu’on donnait favoris sont tous passés à la trappe. Le Sénégal, avec sa constellation de stars, sombra littéralement en enchaînant trois défaites en trois matches. Le Maroc eut plus de chance en battant en match de poule le Niger (1 but à 0 ) mais ne dépassa guère le stade du premier tour.

Grandissimes favoris du tournoi, les Eléphants de la Côte d’Ivoire parvinrent à disputer la finale, mais tombèrent les armes à la main à l’issue d’une éprouvante séance de tirs au but permettant ainsi aux Tchipolopolos de la Zambie de se hisser, pour la première fois dans l’histoire, sur le toit de l’Afrique. Et d’honorer, du coup, la mémoire de leurs devanciers qui ont péri dans un crash aérien aux larges des côtes gabonaises en 1993. Ils n’étaient nullement attendus à un tel niveau.

Surprise (plutôt agréable) aussi avec les Aigles du Mali sur lesquels personne n’osait parier un sou troué à cause d’une préparation approximative, de l’indisponibilité de certains des éléments-clés de l’équipe à l’image de El hadj Mahamane Traoré, l’inexpérience du gros de la troupe dont beaucoup étaient à leur première participation à une phase finale de la CAN. Et surtout à cause de la peur des vieux démons de la division qui, par le passé, n’ont eu de cesse d’empuantir le climat au sein du team.

Le Mali a réalisé, à la surprise générale, l’exploit de franchir le premier tour, de figurer dans le carré d’as des demi-finalistes avant d’occuper, cerise sur le gâteau, la troisième marche du podium. Et d’éliminer le pays organisateur, le Gabon, une équipe hyper-motivée et très volontaire et de battre avec la manière, à la petite finale, le Ghana d’André Ayew sur le score de deux buts à zéro. Ce qui a surtout surpris les supporters des Aigles ce sont bien la cohésion, la bonne ambiance au sein du groupe, l’entente aussi bien entre les joueurs qu’entre eux et l’entraîneur Alain Giresse. Une vraie famille en somme.

Les Aigles ont aussi étonné par leur fighting spirit qui allait crescendo, le sursaut d’orgueil et de patriotisme dont ils ont fait preuve dans les phases décisives. Des valeurs qui leur ont valu d’occuper la 3ème marche du podium. Ce qui ne s’était pas produit depuis 40 ans, précisément depuis l’épopée de Yaoundé 1972. Du coup, ils ont réconcilié avec le sport-roi le public qui, de son côté, leur a réservé un accueil triomphal à leur retour de la campagne gabono-équato-guinéenne.

Il s’agit maintenant de tirer, avec clairvoyance et lucidité, toutes les leçons de cette heureuse aventure et de se positionner rapidement pour la campagne sud-africaine de 2013. Pour ce faire, il faut entretenir la flamme en renforçant l’esprit d’équipe et barrer la route à la résurgence des vieux démons. Le football malien, en dépit de son formidable potentiel, a toujours pâti d’un excès de passion et des luttes pour les intérêts personnels et mesquins. Prions Dieu pour que le nouveau soleil qui vient de se lever nous permette d’exorciser, enfin, le signe indien poursuivant, depuis des décennies, le sport le plus populaire au Mali.

L’entraîneur Alain Giresse, dont il faut saluer au passage le coaching, de concert avec les autorités sportives, doit très vite établir un programme de préparation car 2013 est déjà là.

Ici, il s’agit d’éviter de dormir sur ses lauriers. Alain Giresse devra se faire fort de décrocher le maximum de compétitions avec des sparring-partners respectables et créer le plus d’occasions possibles de faire jouer ensemble ses poulains qui ont fait la campagne du Gabon et de la Guinée équatoriale.

Histoire de développer entre eux des automatismes et de mettre au point un fond de jeu. On ne change pas une équipe qui gagne, dit-on. Janjon pour les Aigles du Mali et le coach français, Alain Giresse !

Yaya SIDIBE

15 Février 2012