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Au palmarès des défis majeurs que connaît l’humanité en ce 21ème siècle figurent en bonne partie le problème démographique, la dette des pays pauvres, le problème nucléaire, la pandémie du sida, le changement climatique etc. Cependant, de tous ces défis celui du changement climatique constitue, de par son envergure internationale et ses effets néfastes de destruction voire de disparition de centaines d’espèces humaines, animales et végétales, le défi majeur.

Notre nature, socle et substrat, voire l’essence même de notre existence, qui détermine notre système économique (l’abondance ou la rareté de l’eau aide à comprendre la trame urbaine d’une population donnée : Agriculture ou élevage) est menacé.

Menace de disparition des espèces humaines et végétales

Selon les projections des climatologues et autres experts, notre planète s’échauffe anormalement et si des mesures urgentes de réduction de gaz à effet de serre ne sont pas prises, plus d’un million d’espèces animales et végétales pourraient disparaître en 50 ans et des millions de personnes seront affectées (le déplacement d’un milliard d’émigrés environ sont prévus d’ici 2050).

Loin d’être un partisan encore moins un défenseur du déterminisme géographique (donnant la priorité à la géographie physique et défendant la théorie selon laquelle toute forme de vie économique, sociale et culturelle est déterminée par les conditions naturelles du milieu), nous avions été tout simplement inspiré et mu par les menaces qu’annoncent les changements climatiques en cours afin d’apporter notre touche face à cet enjeu primordial.

Le présent article intitulé l’impact des changements climatiques sur les sites naturels et culturels du patrimoine mondial traite de la problématique du changement climatique, de ses conséquences sur l’homme et son environnement, de la réaction internationale et débouche sur une série de propositions pouvant aider à améliorer la stratégie nationale d’atténuation ou d’adaptation des changements climatiques au Mali.

Nouveaux indicateurs du changement climatique

L’histoire de la planète se caractérise par de fréquents changements climatiques. Ainsi, au cours du XXème siècle, la moyenne mondiale des températures a augmenté de 0,6°C. Cette hausse est probablement la plus importante jamais enregistrée en un siècle au cours du dernier millénaire ; le GIEC (Groupe Inter Gouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat des Nations unies) constate que «compte tenu des nouveaux éléments de preuves obtenus, l’essentiel du réchauffement observé ces 50 dernières années est attribuable à l’activité humaine».

L’activité humaine a abouti à l’augmentation des concentrations des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et à des changements d’affectation des sols, ayant entraîné une élévation des températures moyennes mondiales. Le taux d’accroissement actuel des gaz à effet de serre est sans précédent depuis au moins 20.000 ans.

Mais l’élévation des températures n’est qu’un des nombreux indicateurs du changement climatique en cours qui sont observés et supposés avoir un impact croissant sur les populations et leur environnement, y compris les espèces, les écosystèmes et les aires protégées à travers le monde.

Les changements de régime climatique sont déjà ressentis aujourd’hui à l’échelle locale, comme le révèlent les observations faites au Royaume-Uni : la température monte, avec des pluies plus abondantes dans le nord du pays plus humide, mais des précipitations plus rares dans le sud plus sec. Les conséquences indirectes incluent le coût de catastrophes naturelles liées aux conditions météorologiques qui ont progressé de manière significative depuis 1953, selon les statistiques des compagnies d’assurances à travers le monde.

L’impact des changements climatiques sur les sites du patrimoine mondial

L’UNESCO, consciente des conséquences graves des changements climatiques en cours a eu l’initiative d’organiser la rencontre internationale des Experts en mars 2006 à Paris. Cette réunion mentionne la gravité des éventuels impacts sur les sites comme suit :

1. Modification des régimes climatiques et perturbation de l’équilibre géophysique

Suite à l’élévation des températures atmosphériques (réchauffement de la planète), de nouvelles modifications des conditions géophysiques sont à prévoir, notamment :

a) La modification du régime des précipitations qui se traduit par une élévation de 1,4 à 5, 8° C d’ici 2100 des températures moyennes mondiales,

b) la fréquence accrue des épisodes chauds liés à l’El Niàño/oscillation australe (ENSO) qui se manifeste par une intensification du cycle hydrologique, avec une intensité accrue des événements pluvieux, mais en même temps des sécheresses plus fréquentes dans les zones arides et semi-arides,


c)
l’élévation de la fréquence, de l’intensité et du caractère saisonnier d’événements extrêmes tels que les sécheresses, les incendies, les fortes précipitations, les inondations, les tempêtes, les cyclones tropicaux. Certaines conséquences potentielles extrêmes restent floues, comme la fonte à long terme de la nappe glaciaire du Groenland, la forte réduction de la nappe de glace de l’Antarctique Ouest et la modification du Gulf Stream dans l’Atlantique Nord,

d) l’élévation du niveau des mers de 0,09 à 0,88m à l’horizon 2100

causée par le retrait des glaciers, la fonte des glaces et l’expansion thermique de l’eau de mer en réaction à la hausse des températures, avec de lourdes conséquences pour les villes et les zones côtières de faible altitude,

e) l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et dissous dans les océans, ce qui accentue l’acidification des mers.

2. Brève description des principaux impacts des changements climatiques

La plupart des changements au niveau des indicateurs climatologiques précités peuvent avoir des effets néfastes sur les biens du patrimoine mondial :

a) La calotte glaciaire, les glaciers et le pergélisol, la glace de mer, les nappes de glace et la couverture neigeuse, en particulier dans les régions montagneuses et polaires, sont en train de fondre,

b) Les températures et les concentrations de CO2 dans l’atmosphère augmentent, ce qui influe directement ou indirectement sur les espèces végétales et animales et, à leur tour, sur les écosystèmes,


c)
Les récifs coralliens se décolorent,


d)
La période de croissance des végétaux s’allonge, les populations végétales et animales se déplacent vers les pôles et gagnent en altitude et, du fait de la hausse des températures et des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, l’invasion d’espèces exotiques a un impact croissant sur les espèces locales,

e) La composition et la configuration des systèmes biotiques se modifient du fait de l’extinction et des nouvelles aires de répartition des espèces sous l’influence du changement climatique.

3. Sites naturels

L’acidification et l’élévation de la température des océans constituent une menace pour la biodiversité marine. De nombreux sites marins du patrimoine mondial sont des récifs coralliens tropicaux dont l’exposition aux phénomènes de décoloration s’accentue, ce qui pourrait entraîner une extinction massive des récifs coralliens.

La hausse de la température de l’air aboutit également à la fonte des glaciers à travers le monde (dans les régions montagneuses et polaires).

Enfin, la biodiversité terrestre pourrait aussi être affectée au niveau des modifications de composition des espèces, de chronologie des cycles biologiques, de la fréquence et de l’intensité des feux de forêt, de la migration des animaux nuisibles et des espèces envahissantes, etc.

4. Sites culturels

Les sites culturels du patrimoine mondial sont également confrontés à ce danger. Les bâtiments anciens et monuments ont été conçus en fonction d’un climat particulier et d’un savoir faire local. La migration des animaux nuisibles peut aussi avoir un effet préjudiciable pour la conservation du patrimoine construit. L’élévation du niveau de la mer met en péril de nombreux sites côtiers.

Les conditions de conservation des vestiges archéologiques risquent de se détériorer en cas d’augmentation de la température du sol. Mais au-delà de ces menaces physiques, le changement climatique aura une incidence sur les aspects sociaux et culturels, amenant les communautés à changer de mode de vie, de travail, de culte et de relations sociales dans les bâtiments, les sites et les paysages, parfois en migrant et en abandonnant leur patrimoine construit.

Le fait que l’évolution du climat mette en péril la valeur universelle exceptionnelle (VUE) de certains sites du patrimoine mondial a plusieurs conséquences pour la Convention du patrimoine mondial. A cet égard, la pertinence des procédures de la Convention tels que les propositions d’inscription, la présentation de rapports périodiques et le suivi réactif doivent être révisés et ajustés en conséquence.

Le changement climatique et la réponse internationale

La communauté scientifique s’accorde désormais à penser que l’activité humaine perturbe l’équilibre climatique fragile de notre planète. Le changement climatique qui en résulte est défini par la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), dans son article premier, comme «des changements qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observé au cours de périodes comparables».

La CCNUCC fait donc une distinction entre les «changements climatiques» attribuable à l’activité humaine altérant la composition de l’atmosphère et la «variabilité du climat» imputable à des causes naturelles. La prévention et la gestion des effets du changement climatique sur le patrimoine mondial sont un réel enjeu, mais compte tenu de l’importance du problème, il est temps maintenant de l’affronter.

Les pays ont jusqu’à présent réagi de manières diverses à ce défi planétaire. Chaque pays a une situation particulière au niveau de ses émissions de gaz à effet de serre, de ses activités économiques, de son niveau de développement, de la structure de son industrie, de sa richesse en ressources naturelles et de la prise de conscience de sa population. Toutefois des accords cadre existent en la matière qui légifèrent et en faveur de la protection de l’environnement. Parmi ceux-ci :

– La Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC) adoptée à Rio de Janéiro en 1992 et ratifiée par 188 pays, impose aux pays industriels la responsabilité première de la lutte contre ce phénomène ; Collectivement, les pays du G8 qui représentent 13% de la population mondiale sont responsables de 45% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

– Le Protocole de Kyoto conclu en décembre 1997 et entré en vigueur en février 2005, impose des objectifs différenciés de réduction des émissions de gaz à effet de serre (portant sur six substances principales dont le CO2 et le méthane) aux seuls pays industriels qui l’ont ratifié. Ceux-ci doivent ramener en moyenne leurs émissions de la période 2008-2012 de 50% en dessous du niveau de l’année de référence 1990.

Le Japon a proposé une réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. La proposition a été soumise à Heiligendamn en Allemagne lors de la rencontre du G8.

L’Union Européenne propose une réduction de moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à 1990. Ce qui imposerait aux pays industrialisés d’amputer les leurs de près de 80%.

Les Etats-Unis premier pollueur de la planète et l’Australie, n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto et sont les seuls gros pays industrialisés à n’y être pas tenus. Associés aux négociations dans le cadre de la Convention climat, les Etats Unis rejettent tout engagement contraignant de réduction de gaz à effet de serre tant que les économies émergentes (Chine et Inde en tête) n’y sont pas soumises.

Toutefois des mesures salutaires d’assainissement de l’environnement sont prises par certains responsables américains tel le Maire de New York comme l’atteste son opération intitulée les taxis jaunes de New York vireront au vert d’ici 2012 comme suit : Les quelques 13 000 taxis jaunes qui allongent les rues de New York vireront tous au vert d’ici cinq ans, et l’année suivante tous les véhicules en location dans la métropole américaine devront respecter les nouvelles normes strictes d’émission de gaz.

Aujourd’hui, New York ne compte que 375 taxis à moteur hydride alliant carburant et électricité. Ce nombre doit passer à un millier d’ici octobre 2008 avec une croissance prévue de 20% chaque année jusqu’en 2012. Les pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil sont exonérés, comme l’ensemble des pays en développement. Mais l’agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les émissions de la Chine dépasseront celles des Etats-Unis en 2009.

Les négociateurs sur l’avenir de Kyoto, dont la première période d’engagement expire fin 2012, doivent impérativement commencer à projeter d’autres mesures à Bali en décembre sous l’égide de l’Onu, afin de garantir l’entrée en vigueur à temps du nouvel accord, compte tenu des délais de ratification.

Mesures Nationales au niveau du Mali : L’importance des menaces que posent les changements climatiques justifie également la nécessité pour notre pays de mettre en œuvre des mesures de prévention et de renforcer le dispositif national d’atténuation ou d’adaptation des changements climatiques au Mali suivant le schéma ci-après qui ne constitue qu’une contribution et une des pistes de réflexion face au fléau :

– évaluer la vulnérabilité des régions naturelles, des systèmes écologiques des différentes régions administratives du Mali, puis procéder à une échelle des zones : ex-zones à haut risques de vulnérabilité tels les sites du patrimoine mondial naturel et culturel, zones à fortes concentration humaine : office du Niger, Zones CMDT et OHVN, des zones ayant capitalisé des expériences intéressantes en matière de résistance à la sécheresse et à la désertification : bande sahélienne et désertique ;

– dresser des cartes des risques et des vulnérabilités des régions indiquant les données sur le climat afin d’avoir une vue d’ensemble des risques. A l’aide de ces informations, il est possible d’améliorer la stratégie nationale d’atténuation ou d’adaptation des changements climatiques au Mali ;

– renforcer la stratégie nationale de lutte contre les changements climatiques : en plus des efforts faits au cours des émissions météorologiques, des données fournies par l’équipe pluridisciplinaire sur la situation agro sylvo pastorale du Mali, la journée de l’environnement, la quinzaine de l’environnement, l’instauration des journées de l’arbre (Août) et du patrimoine (juin).

L’on peut envisager la mise ne place d’un observatoire National (cadre de concertation et de coordination des structures étatiques travaillant ou ayant un rapport quelconque avec le climat) sur les changements climatiques, puis créer des observatoires régionaux du changement climatique qui pourraient permettre de créer des groupes de réflexion pluridisciplinaires à la fois sur le patrimoine culturel et naturel ;

– mettre en place des stratégies de suivi professionnel en mettant la télédétection au moyen de la technologie satellitaire ; les techniques non destructives, la bio détection pour évaluer les dégradations biologiques des matériaux et l’utilisation d’instruments de simulation afin de prédire l’impact des variations climatiques sur le comportement des matériaux du patrimoine culturel ;

– veiller à ce que les effets du changement climatique et l’éducation environnementale figurent en bonne partie dans les programmes scolaires ;

– œuvrer à encourager les associations, partis politiques et toute forme de structure organisationnelle ayant une composante environnementale dans son projet et programme de Développement : mention spéciale doit être faite aux partis politiques réservant une part importante à la composante Environnementale, ex-Parti Ecologiste pour l’intégration et Rassemblement pour l’Education, l’Environnement et le Développement durable ;

– veiller à ce que la dimension environnementale soit prise en compte dans tous les projets de développement.
Présenté par : Ali Ould Sidi, Chef Mission Culturelle de Tombouctou

Modibo Kéïta, correspondant à Tombouctou

14 Octobre 2008