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Le Mali, à l’instar de toutes les nations modernes, a besoin d’une armée forte, bien structurée et opérationnelle pour la défense de son territoire. Une armée qui soit fermement engagée à préserver les acquis de la démocratie et des valeurs républicaines. En somme, une armée patriotique, remarquable par sa cohésion et sa discipline, comme toute armée républicaine. Il faut dire toutefois que si, jusque-là, le courage et le patriotisme de l’armée malienne ne souffrent pas de doute, on ne peut malheureusement pas en dire autant de ce qui est de la discipline et de la cohésion en son sein.

C’est à un béret rouge qu’IBK a fait confiance pour réorganiser et mettre en place l’armée qu’il veut pour le Mali

En effet, depuis le putsch d’Amadou Sanogo, l’armée malienne n’a cessé d’étaler au grand jour son manque de cohésion. Les conséquences de cette pagaille, on le sait, ont été, entre autres, l’effondrement précipité de l’Etat malien, et l’occupation du territoire par les rebelles touaregs en union avec les illuminés d’Aqmi et du MUJAO. La suite de l’histoire, on la connaît. Et les problèmes qui hantent les nuits d’IBK, on les devine d’autant aisément que nul n’ignore les dangers qu’une telle situation fait peser sur l’existence même du pays. On se doutait bien qu’IBK, fort du plébiscite que le peuple malien lui a accordé, était la personne la mieux indiquée pour crever cet abcès.

Mais nombre de mauvaises langues lui prédisaient une gouvernance délicate, voire difficile, en raison de ses supposées accointances avec l’ex-fielleux capitaine de Kita. Et pourtant IBK vient, une fois de plus, de montrer que quand on a en charge le destin de tout un peuple, on ne recule pas devant le premier obstacle qui se dresse sur son chemin. Après avoir réduit l’influence du désormais encombrant général Sanogo, (mis en résidence surveillée et en attente d’être entendu par la Justice), IBK vient de procéder à de grands changements à la tête de l’armée malienne.

Pour reprendre les termes en usage à Bamako, on dira que c’est à un béret rouge qu’IBK a fait confiance pour réorganiser et mettre en place l’armée qu’il veut pour le Mali. Le Général de division Mahamane Touré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était « le monsieur paix et sécurité de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest. »

Désormais, les promotions ne se feront plus à la tête du soldat, mais plutôt suivant son mérite et ses résultats sur le terrain

IBK, en confiant les rênes de l’armée malienne à ce parachutiste bien au fait des questions de défense, confirme ainsi sa volonté de reprendre en main la question de la sécurité et de la défense du Mali. On ne peut cependant manquer de voir à travers cette nomination, un hommage rendu aux bérets rouges à travers leur engagement sur les champs de bataille au Nord du pays. Et cela d’autant plus que c’est un autre béret rouge, le colonel Issa Ould Issa, qui est promu à la tête de l’école militaire du Mali. Sur la même lancée, le colonel Abidine Guindo « ancien-aide de camp de l’ex-président Amadou Toumani Touré, arrêté il y a quelques mois par la bande de Sanogo », a été libéré ce week-end.

Au-delà de tout, c’est surtout la volonté de « consolider la réconciliation entre Bérets rouges et Bérets verts de l’armée malienne » qu’il faut saluer. C’est pourquoi il serait erroné de lier directement ces changements à la personne de Sanogo qui, du reste, ne faisait pas l’unanimité au sein de l’armée. Ces nominations, si elles peuvent être perçues comme des encouragements, sont toutefois loin de traduire une sanction des bérets verts. Elles participent plutôt de la nouvelle dynamique qu’IBK veut impulser à l’armée malienne, à savoir que désormais, les promotions ne se feront plus à la tête du soldat ou, encore moins à sa capacité de nuisance, mais plutôt suivant son mérite et ses résultats sur le terrain.

Il faut donc souhaiter que les nouveaux responsables avancent dans cette même dynamique, et évitent de tomber dans le piège facile et méprisable de la vengeance. C’est une attitude qui prendrait le contre-pied de la démarche d’IBK, et tendrait plutôt à réduire à néant tous les efforts pour sortir le Mali de l’ornière.

Dieudonné MAKIENI

Publié le mardi 12 novembre 2013

Source : Lepays.bf