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C’est cette réalité que nous avons découverte au cours d’une de nos descentes nocturnes dans les différents quartiers de la capitale. Ces “maisons closes” sont déguisées en bar-restaurants et sont gérées par des proxénètes qui ont jeté leur dévolu sur le sexe pour appâter la clientèle.

Même s’ils font le bonheur de beaucoup de personnes de toute catégorie, ils sont aujourd’hui décriés par des citoyens. Les voisins se plaignent de l’ambiance qui les empêche de dormir. Sans compter le risque de voir leurs enfants emprunter le mauvais chemin que leur ouvre cette activité.

Le commerce du sexe est devenu un secteur d’activité comme les autres dans le paysage économique malien. En témoigne la multiplication des chambres de passe, le lieu principal de son exercice.

«On n’a plus besoin de se marier ou d’avoir une petite amie, pour satisfaire ses besoins masculins», ainsi ironisait un vieux dont la maison est située non loin d’une des nombreuses chambres de passe visitée dans le quartier de Lafiabougou.

Notre sexagénaire ne croyait pas si bien dire. A peine le soleil disparu, les “Blackettes”(appelation des filles de joie dans les bars) font la descente sur les lieux de “travail”. Généralement, elles vont loin de leur domicile pour se soustraire du regard des connaissances.

Ce métier (la prostitution) le plus vieux du monde qui était l’affaire des étrangères, est devenue, depuis une décennie, l’affaire des “nationales”.

Diverses raisons les poussent à pratiquer ce métier et elles en dépendent maintenant, presque pour toujours. Comme des criquets pèlerins, ces “Blackettes” du sexe ont envahi toutes les artères de la ville de Bamako, au mépris du respect des moeurs, et au grand bonheur du mal du siècle, le Vih/Sida.

Selon des informations des services techniques de la mairie, ces chambres de passe sont érigées sur des parcelles qui étaient destinées à la construction des maisons d’habitation. “Jamais les services de la mairie ne peuvent attribuer une petite portion de cette terre de la capitale avec pour motivation l’érection de lieu de si mauvaise réputation”, a fait savoir un agent de la Mairie.

Aux dires de Moulaye Kéïta, 3e adjoint au maire de la Commune IV, il a refusé qu’aucun texte au Mali n’autorise l’ouverture d’une entreprise de ce genre. Il dira par ailleurs que les tenanciers des bars profitent d’une autorisation qui n’est autre que l’ouverture d’un bar-restaurant pour se livrer à cette activité.

Plusieurs autorités avaient déclaré la guerre au commerce du sexe. Face à la forte résistance des animateurs du secteur, ils ont levé le pied et promettaient de revenir à la charge en temps opportun”, fulmine un agent de la Mairie qui a requis l’anonymat.

Les chambres de passe génèrent de l’argent, beaucoup d’argent”, dit-on. Mais est-ce une bonne voie pour le décollage d’une économie ? Assurément non.

Promoteurs riches et maladies de mise

Le gérant d’un bar visité à Djicoroni-Para peu recommandable avouait qu’il empochait entre 120 000 F Cfa les week-ends, le double les nuits de fête. Avec une telle manne, ce n’est pas demain que le promoteur de cette «boîte» fermera boutique. La multiplication des chambres de passe est assurément une catastrophe pour la ville. «On dit que le Mali est un pays musulman. J’en doute fort.

Sinon comment peut-on tolérer ces espaces sataniques dans nos voisinages ?… », s’interroge M. Guindo, un habitant de Sébénikoro. Tout en poursuivant en ces termes “cette activité florissante que constituent les chambres de passe est un des endroits de repos les plus prisés pour les boss. La majorité des citoyens souhaitent aujourd’hui que les autorités fassent le ménage à ce niveau”, a-t-il déclaré.

Le responsable du Service Réglementation et inspection au niveau de l’Office Malien du Tourisme et de l’Hôtellerie, M.Kassam-bara ne reconnaît aucun texte au Mali qui autorise l’ouverture des chambres de passe par contre des chambres d’hôtel et des bars-restaurants. Selon lui, cette forme de pratique est déloyale et condamnable par des textes en vigueur.

Il dira, par ailleurs, qu’il est du devoir de la Brigade des moeurs de mener une bataille farouche contre cette pratique.


Chambres de passe ou porcherie

Se présentant sous forme “d’entrer-coucher” (une seule pièce), elles sont dépourvues d’hygiène, équipées de lits quelque fois et même en béton sur lesquels sont déposés des matelas “pourris”. Les acteurs risquent même de se fracasser le crâne, si les ébats sont vraiment intenses.


Gnimadi destin

13 Juin 2008