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La Febak, 8èmeédition, qui se tient actuellement, est une apothéose pour le secteur privé national. D’abord par le nombre record de participants -plus de 400-, ensuite par la qualité des stands et des produits exposés. Mais la Febak de cette année est tout autant une insulte à la majorité des opérateurs économiques nationaux sevrés des fruits de la maturation de l’institution pour laquelle ils ont tant sacrifié.

En effet, la Febak est désormais un évènement pérenne qui doit en amont son institutionnalisation à la clairvoyance de feu Darhat et de Malamine Tounkara ainsi que de tous les opérateurs économiques, hommes et femmes, qui les ont accompagnés dans la cohésion et dans la solidarité.

L’édition de cette année se tient dans un contexte de rupture qui voit d’importants hommes d’affaires méprisés dans la vie de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (Ccim).

Pourtant, lors de la conférence de presse tenue le 26 novembre et relative à l’organisation de l’Assemblée permanente des chambres consulaires africaines et francophones (Apccaf), le président de la Ccim, Jeamille Bittar, avait mis en avant le renforcement du dialogue entre opérateurs économiques comme condition indispensable à la vitalité du secteur privé.

Cette profession de foi est malheureusement contredite par la réalité au Mali. Ce n’est plus un secret, la Ccim fonce droit vers un blocage des activités, lequel interpelle fortement les autorités.

Jeamille Bittar, au terme d’un contentieux électoral qui aura une place de choix dans les annales judiciaires maliennes, demeure président de l’institution en application de l’article 25 du décret n° 98-228/P-RM du 6 juillet 1998, stipulant : « Lorsqu’une contestation n’est plus possible et que les résultats des élections sont devenus définitifs, la nouvelle Assemblée consulaire est installée dans les 15 jours qui suivent … ».

Or, on se souvient que les élections qui ont permis le renouvellement du mandat de Bittar ont été marquées par des fraudes massives. L’histoire retiendra que pour la première fois dans une élection au Mali, les votes par procuration ont été plus nombreux que les votes physiques. Au point d’amener le camp adverse mené par Ousmane Guittèye, tout en restant légaliste, à suspendre toute participation à la vie de la Ccim tant que l’institution est présidée par Bittar.

En clair, toute légitimité étant contestée à Jeamille, la Ccim est comme amputée de la moitié de ses membres et ne peut donc fonctionner qu’appuyée sur une béquille. La voie est même ouverte pour l’enlisement de la situation qui, de crise, s’achemine vers la négation de la politique même que le président Amadou Toumani Touré a conçue pour le secteur privé national.

Car le Pdes d’Att, qui vise un avenir meilleur à l’horizon 2012 grâce à la valorisation de tous nos atouts, s’appuie justement sur le secteur privé national crédité d’un rôle important à jouer dans l’atteinte d’un taux de croissance d’au moins 7% par an pendant les cinq années à venir.

Le chef de l’Etat disait en effet dans son discours à la nation à l’occasion du 22 Septembre : « Le secteur privé sera le vecteur essentiel de cette croissance. L’Etat prendra les mesures pouvant contribuer à une plus grande performance à travers, notamment, l’adoption de la Loi d’orientation du secteur privé».

ATT est même plus précis dans la feuille de route remise au Premier ministre, dans laquelle il affirme que pour soutenir notre politique de développement agro- pastoral, il attend du gouvernement la mise en œuvre d’une véritable stratégie de développement du secteur privé, reposant sur une promotion volontariste et sans précédant des Petites et Moyennes Entreprises (Pme).

Il s’agit pour lui de créer, dans les cinq ans, les conditions favorables à l’essor du secteur privé et au développement de nos capacités productives.
Dans cette perspective, le gouvernement doit même commencer par définir un cadre stratégique de développement de notre secteur privé, à travers une Loi d’Orientation du secteur privé (Losp).

Aux yeux du chef de l’Etat, le caractère transversal de la promotion du secteur privé, l’analyse et la résolution des facteurs de blocage, la mise en action de multiples et divers acteurs et intervenants sont autant de facteurs qui militent en faveur de l’élaboration rapide d’une telle Loi, avant la fin du premier semestre 2008.

Là, Jeamille Bittar est à l’antipode même du président de la République ; il est l’anti- ATT. La Losp, ainsi qu’on le voit, est au cœur des préoccupations présidentielles. Ses textes de base s’inspireront de la Lpdsp (Lettre Programme de Développement du Secteur Privé) et du Pdsp (Programme de Développement du Secteur Privé), élaborés par le gouvernement précédent.

Des concertations seront donc organisées avec toutes les organisations et associations d’appui au secteur privé. De même que des ateliers de réflexion permettront aux représentants des entreprises, aux institutionnels, aux partenaires au développement, d’aborder toutes les questions relatives à l’essor du secteur privé.

C’est dire combien il urge que le secteur privé national, à travers la CCIM, retrouve toute la cohésion qui l’a toujours caractérisé avant que Bittar ne s’en empare. Dans tous les cas si le boycott des autres perdure, le Bureau de Bittar ne peut légalement diriger la Ccim en vertu de l’article 30 de la Loi ci haut citée, prévoyant trois postes de vice- présidence aux représentants des professionnels de l’industrie. Ce qui, au regard de la défection de la section industrie sous la houlette d’Adama Koly Coulibaly, est pratiquement impossible à réaliser.

Le même article prévoit également que les membres du bureau de la Ccim, autres que les présidents des délégations régionales, devront obligatoirement avoir le siège de leur activité professionnelle et leur résidence principale au siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali. Ce qui n’est pas non plus des plus aisés pour Bittar et ses complices.

Pour ne rien arranger pour lui, l’article 35 de la même Loi impose que : « Le premier des vice- présidents, le trésorier général et le 1er trésorier adjoint ne peuvent être issus de la même section que le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali sauf dérogation expresse du ministre de tutelle ». Handicap de la plus grosse difficulté pour Bittar.

Tout compte fait, l’avenir du secteur privé national, s’il doit être vraiment pris en compte par le projet présidentiel du Pdes, mérite, au delà du verdict final rendu par les juridictions, que le président ATT lui-même s’y penche avant toute ébauche de la Loi d’Orientation du secteur privé (Losp).

Amadou N’Fa Diallo

03 décembre 2007.