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L’huilerie cotonnière du Mali (Huicoma) avait, avant la privatisation, un capital de 16,5 milliards de FCFA constitué de 1 650 000 actions de 10 000 FCFA. Le gouvernement détenait 15 861 860 000 FCFA soit 96,13%, et le reste était partagé entre le personnel de la CMDT celui de Huicoma et les privés maliens, soit 638 145 000 FCFA qui représentent 3,87% du capital.

Dans le cadre du processus de privatisation et au terme d’un appel d’offres, l’Etat malien veut se débarrasser de sa part dans le capital de l’entreprise. Comme précédemment écrit, le Groupe Tomota est le nouvel adjudicataire provisoire depuis la déroute de la Société N’Diaye et Frères (SNF).

Le magnat de l’imprimerie était arrivé en seconde position avec une proposition de 9 milliards de FCFA. En cédant donc sa part du capital qui est de plus de 15 milliards de FCFA à Alou Tomota à 9 milliards de FCFA, l’Etat malien enregistre banalement un manque à gagner de 6 861 860 000 FCFA.

Comme quoi en matière de privatisation, on ne peut que toujours offrir au dessous de la valeur réelle de l’entreprise et Huicoma n’échappe pas à la règle. Cependant, rapporte une source proche de la Mission de restructuration du secteur coton mandatée par le ministère des domaines de l’Etat et des affaires foncières pour gérer le dossier Huicoma, cela ne constitue pas forcément une perte car l’Etat a tiré beaucoup profit de cette société depuis des années. L’essentiel, maintenant, est la poursuite des activités de production de Huicoma. Si tel est le cas, le pays bénéficiera toujours des dividendes fiscaux.

En tout cas, les négociations avec le nouvel adjudicataire vient d’amorcer une étape importante depuis le lundi 28 février dernier, date à laquelle le Groupe Tomota a demandé et obtenu l’autorisation de la Mission de restructuration du secteur coton, de mener un audit technique de l’entreprise. L’opération, qui sera conduite par Richard Barton et Georges Russel du Groupe N.H. Moore, accompagné de Remy Tournebize et Yaya Dembélé du Groupe Tomota, durera 14 jours.

Elle concernera les sites des usines de Koulikoro, Koutiala et Kita. Cette mission, précise le Groupe Tomota, sera uniquement un audit technique concernant les matériels, les équipements et le processus de production. L’audit financier et comptable interviendra ultérieurement.

Une précision de taille qui ne semble pas satisfaire les exigences des responsables du syndicat de la filière coton qui jugent inopportun cet audit, au motif que Tomota ne peut présenter son offre à 9 milliards de FCFA sans savoir déjà l’état de santé de la société. Dans la perspective d’un licenciement massif, le syndicat avait proposé une application du plan social de la CMDT.

Une proposition écartée par la Mission de restructuration au motif que le nouvel adjudicataire provisoire a promis, dans l’offre technique, de ne pas procéder à des licenciements.

 » Cependant, pour prévenir toute éventualité, il négociera un plan social avec le syndicat sous l’égide du gouvernement. S’il décide de licencier, il se conformera à ce plan et payera en plus des pénalités  » ajoute ce responsable de la mission de restructuration. Avant d’ajouter qu’  » on ne peut pas investir 9 milliards de FCFA dans une affaire sans s’assurer de ce que ça vaut ».

Youssouf Camara – 2 Mars 2005