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L’arrivée massive des motos Jakarta sur nos routes s’est accompagnée d’un nombre important d’accidents de la circulation, occasionnant de nombreuses pertes en vies humaines. Les responsables de la circulation routière imputent cette recrudescence d’accidents à l’incivisme, à la méconnaissance du Code de la route et aussi à l’absence d’une loi répressive contre les usagers des engins à deux roues du type Jakarta. S’y ajoute l’irresponsabilité des parents qui offrent des motos à leurs enfants mineurs sans au préalable les avoir inscrits à l’auto-moto école ou les astreindre au port du casque.

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Selon les statistiques, il y a eu une nette progression du nombre d’accidents de la circulation par rapport à 2007 où la Protection civile a enregistré 4 733 accidents de la circulation faisant 274 tués pour toute l’année. Or, rien que pour le premier semestre de 2008, les engins à deux roues, à eux seuls, ont déjà fait 2414 accidents dont 127 morts.

Les causes en sont multiples : I’excès de vitesse, l’imprudence, l’état d’ivresse, les dépassement irréguliers, le défaut de signalisation, l’incivisme et aussi la méconnaissance totale du code de la route.

L’insécurité routière s’est aggravée avec l’arrivée des motos Jakarta sur le marché. La direction des transports terrestres, maritimes et fluviaux estime entre 450 000 et 500 000 le nombre de motos Jakarta en circulation sur le territoire national.

Ce n’est qu’une estimation, car le nombre exact de cette marque de motos, actuellement en circulation dans notre pays, n’est pas connu. Autre difficulté, aucune disposition ne peut être prise par le département du transport puisqu’il est confronté à un problème d’immatriculation.

Selon Sina Sanogo, Directeur adjoint des transports, « aucun dossier n’a été transmis à son service concernant les motos Jakarta. Or, quand un véhicule, même d’occasion, ou une moto arrive au Mali, un dossier venant de la douane est remis à la Direction des transports pour les formalités d’immatriculation. Et c’est au cours de l’immatriculation qu’un expert dresse un procès-verbal de constatation spécifiant entre autres le type de moteur. Malheureusement, tel n’a pas été le cas des motos Jakarta, qui arrivent dans notre pays en pièce détachées ».

Et c’est justement ce même problème lié à l’immatriculation que le Commandant du GMS, le Contrôleur Général de police, Moussa Camara, a soulevé pour expliquer la raison pour laquelle son service ne peut pas sévir contre les détenteurs de motos pour défaut de permis et de port de casque. Moussa Camara déclare que « l’arrêté 134 fixant les conditions de l’usage des voies ouvertes à la circulation publique et la mise en circulation des véhicules stipule que le port de casque est obligatoire pour les cylindrées supérieures ou égales à 100 cm3.

C’est ce qui constitue la plus grande difficulté avec les motos Jakarta qui ont moins de 100 cm3. Concernant le permis de conduire, le même décret dit que le permis  »vélomoteur » catégorie A1 et A2 s’applique aux cylindrées égales à 100 cm3 ou inférieures à 150 cm3. Là aussi, selon lui, il y a une lacune puisque toutes les petites cylindrées sont exclues. Il y a un grand besoin de relecture des différents textes pour pouvoir imposer le permis de conduire et le port de casque aux petites cylindrées. Tant qu’il n’y a pas relecture, c’est-à-dire l’extension du permis A1 et A2 aux petites cylindrées, la police ne peut pas sévir » a-t-il conclu.

Par rapport à la relecture des textes qui datent de mai 1999, Sina Sanogo a révélé que les dispositions sont déjà prises par son département par rapport à l’article 134 s’agissant du port de ceinture et du casque et un texte modificatif pour les dispositions prévus par rapport au permis de conduire.

Quant à l’incivisme qui, selon lui, est l’une des causes des accidents sur nos routes, Sina Sanogo a déclaré que « la voie est un espace convivial, les usagers doivent se respecter. Aujourd’hui, il y a la signalisation, malheureusement les gens ne la respectent pas. La prochaine campagne que le département des transports mènera, mettra un accent sur la limitation de vitesse des engins à deux roues ».

Sina Sanogo a soutenu que l’éradication des accidents sur nos voies passe par le contrôle sanction et qu’à cet effet, il est prévu la création, l’an prochain, d’une Agence Nationale de Sécurité Routière, dotée de moyens conséquents.

Pour terminer, il a lancé un appel à l’endroit des parents. « Avant de payer la moto à son enfant, il faut tout d’abord l’envoyer dans une auto-école et lui payer un casque ».

Pour Ben Decca, Directeur de CAPRIVES, une association impliquée dans la campagne contre l’insécurité routière, initiatrice du programme  »1000 permis aux élèves et étudiants », « il faut que tout le monde se sente sécurisé. Malheureusement, les gens refusent de s’assumer, de prendre leurs responsabilités. Au Mali, on a de bons textes mais leur application est l’affaire des hommes». Et de s’appuyer sur le texte qui stipule que tout engin qui se meut par le biais d’un moteur a l’obligation d’avoir une autorisation. Celle-ci ne peut être que le permis de conduire pour Ben Decca, qui pense que les agents doivent tout simplement s’adapter à l’évolution par rapport aux dispositions. « Car, le temps d’adapter une nouvelle loi, les Jakarta vont continuer à tuer  » a-t-il conclu.

Le phénomène des accidents de la circulation est, désormais, préoccupant, si l’on s’en tient aux statistiques du 1er semestre 2008 des cas constatés par la Direction générale de la Protection civile. En effet, celle-ci a effectué 2490 sorties pour accidents de circulation totalisant 4 189 victimes et 4 189 blessés. Dans ces accidents seulement 1089 automobiles sont impliquées contre 2414 motos qui ont provoqué la mort de 127 motocyclistes.

Il y a lieu de se demander si toutefois la vaste campagne de sensibilisation contre l’insécurité routière a porté ses fruits. Une campagne qui a mobilisé plusieurs départements et au cours de laquelle l’on a vu les plus hautes autorités s’impliquer dans la sensibilisation, la formation et aller jusqu’à rendre des visites de prévention.
L’éradication des accidents sur nos routes sera difficile sans le contrôle sanction prôné par le directeur adjoint des transports, Sina Sanogo.

Pierre Fo’o MEDJO

04 Septembre 2008