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Il est délicat, le sujet sur le maraboutage. Et pourtant aller consulter un marabout n’est pas a priori un mal en soi. Seulement, le plus dangereux, c’est quand certaines personnes qui en consultent ne jurent que sur les paroles du marabout. Dont les conséquences peuvent être parfois désastreuses. On se rappelle encore de l’assassinat de Yolande, cette jeune femme, stupidement abattue pour fait de maraboutage. Le mardi 22 janvier 2012, Nathalie, une jeune femme a été traduite en justice par son beau-frère pour abus de confiance portant sur la somme de plus d’un million. Elle a reconnu l’acte qui lui aurait été suggéré par un marabout. Elle et sa petite sœur étaient allées voir un marabout.

« C’est le marabout qui m’a dit de faire ceci ou cela », disent-elles aux juges. Et ces déclarations sont très fréquentes lors des audiences. Les chambres des marabouts, faut-il l’admettre sont généralement fréquentées par les femmes. Un petit cauchemar fait la nuit, un différend avec un (e) collègue du service ou une voisine, il faut absolument faire recours au « cauris », au « sable », ou encore à « l’encre » du marabout. Le phénomène est devenu une nécessité pour beaucoup d’entre elles malgré les nombreuses déceptions. Pourtant, elles sont assez nombreuses, les femmes qui ont dit adieu à leur foyer pour fait de maraboutage. Tel le cas de cette dame qui, ayant appris que son époux entretient des relations extraconjugales avec une autre femme a tenté de tuer dans le ventre le bébé que sa « prétendue rivale » porterait.

Dès lors, elle s’est mise à fréquenter des marabouts, que ce soit en ville ou dans les campagnes. Ainsi, dans sa basse besogne, elle aurait remis 50 000 FCFA à un marabout qui lui a promis de tuer l’enfant dans le ventre de sa mère. Après consultation, il lui aurait donné des amulettes pour les enterrer dans un cimetière. Chose qu’elle n’a pas hésité à faire. Mais l’enfant est bien né. Elle, par contre a été renvoyée de son foyer lorsque l’époux s’est rendu compte de ce qu’elle faisait.

Il n’est donc pas rare de voir des femmes mentir sur leur destination. Elles sont théoriquement à un lieu de baptême ou de mariage mais en réalité, elles se trouvent dans une localité hors de la ville pour consulter un marabout. Que de dépenses pour non seulement les consultations, mais aussi les sacrifices qui s’en suivent. Encore faut-il que les divinations du marabout soit exactes. Et même si c’est le cas, est-ce la voie à suivre. De plus, ce dernier est-il capable de désigner une tierce personne comme l’ennemi qui empêche le bonheur ?

Victimes de toutes sortes de violences, victimes d’analphabétisme et de bien d’autres maux, les femmes bien vulnérables se laissent entraîner dans des situations pas intéressantes pour leur intégrité physique et morale. Que faire, puisque ça continue.

Bassératou KINDO

L’Express du Faso

31 JANVIER 2012

LeFaso.net