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La seconde cérémonie d’investiture d’IBK a eu lieu, comme prévu, le 19 septembre 2013 au stade du 26 mars. L’événement est grandiose; une bonne moitié des 43 chefs d’Etat invités ont fait le déplacement. Fanfare, troupes folkloriques, dignitaires nationaux, foule dense, tout est au rendez-vous.

L’un des prestigieux hôtes du Mali s’appelle Mohammed VI, roi du Maroc.

Ainsi que votre journal l’annonçait dans sa précédente parution, le roi atterrit à Bamako le 18 septembre 2013, veille de la cérémonie, à la tête d’une forte délégation de ministres, de diplomates, d’opérateurs économiques, d’agents de sécurité, du protocole, etc. Dans la délégation figure même le prince Moulay, frère cadet du monarque. En tout, on compte 400 accompagnateurs du roi, soit une bonne centaine de plus que celle que nous avions annoncée.

Problème: comment installer 400 personnalités à la tribune d’honneur du stade alors que des dizaines d’autres délégations sont prévues pour occuper le même lieu ?

Les tractations entre la commission d’organisation de la cérémonie et la délégation royale aboutissent au compromis suivant: seuls 20 membres de la délégation royale auront droit à des sièges à la tribune d’honneur, juste derrière le premier rang occupé par le roi et les autres chefs d’Etat. Ainsi dit, ainsi fait. Les 20 places sont réservées au stade du 26 mars, à côté de celles réservées aux accompagnateurs du président français, François Hollande.Des pancartes sont collées aux sièges pour bien marquer l’identité de ceux qui doivent les occuper.

Vers 8 heures et demie du matin, patatras !

Les choses se gâtent. Quelque 30 représentants du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), qui se trouvent à Bamako dans le cadre de discussions informelles avec les autorités, se présentent au stade du 26 mars. Vêtus de grands boubous et enturbannés à souhait (mais sans leurs kalachnikovs quand même !), les chefs rebelles se dirigent gaillardement vers les places réservées aux Marocains. Montrant leur habituel mépris de l’ordre établi, ils arrachent les pancartes collées là et prennent place sur les sièges des Marocains. Comme ils n’y tiennent pas tous (ils sont 30 pour 20 sièges), une partie d’entre eux s’asseoit sur 10 sièges réservés aux membres de la délégation française. Ces 10 bonshommes n’ont pas le temps d’y faire de vieux os puisque des commandos français viennent dare-dare leur ordonner de vider les 10 sièges des Français. Ils s’exécutent en maugréant dans leur turban et encombrent, débolut, l’allée.

De fieffés menteurs

Sur ces entrefaites, un des responsables maliens de l’organisation de la cérémonie se présente. Il demande aux gens du MNLA: « Qui vous a installés là, à la place réservée aux Marocains? ». Silence méprisant des intéressés. Il repose sa question. Agacé, un des responsables du MNLA lui répond que c’est le protocole de la présidence de la République qui a installé à cet endroit ses amis et lui. A cela, le responsable de l’organisation susdit rétorque que la chose est impossible puisque le protocole travaille de concert avec la commission d’organisation. « Vous me traitez donc de menteur! Moi mentir! », explose l’interlocuteur touareg. Le responsable de l’organisation fait alors appeler un de ses pairs du protocole de Koulouba: celui-ci déclare, devant les gens du MNLA, avoir tout fait pour qu’ils n’occupent pas les places des Marocains mais qu’ils n’ont rien voulu entendre.

Pris en flagrant délit de mensonge, le porte-parole des délégués du MNLA avoue s’être trompé et ajoute qu’en réalité, c’est la Sécurité d’Etat (service de renseignements malien) qui les a installés, lui et les siens. On fait venir le secrétaire général de la Sécurité d’Etat: il dément avec colère les propos du Touareg qui gagnerait sans doute à faire soigner chez les médecins de l’Azawad sa mythomanie. Au final, le représentant de la commission d’organisation intime aux 30 délégués du MNLA: « Messieurs, veuillez quitter ces sièges; sinon, je vais de voir user de la force pour en chasser! ».Les Touaregs, incrédules devant ce défi, se mettent à ricaner bruyamment. « Ah, la force! Vous voulez nous emmener de force sous le soleil! ». Réplique ironique de leur interlocuteur: « Aucun Malien ne doit avoir peur du soleil! ».

Comme, malgré les supplications, les délégués du MNLA restent en place, le responsable de l’organisation fait un signe à deux soldats de la garde présidentielle. Ces derniers, bâtis comme des armoires à glace, demandent cinq minutes pour aller chercher des renforts, vu le nombre élevé d’individus récalcitrants à vider des lieux. Ayant vu l’aspect peu rassurant des soldats, entendu leurs propos et compris la bastonnade qui se prépare à loeur intention, les braves délégués du MNLA se lèvent sans plus se faire prier. Ils vident les places tout en vociférant: « Vous allez entendre parler de nous ! Vous entendrez bientôt parler de nous ! ».

Le scandale est évité de justesse puisque moins de 10 minutes après le départ des Touaregs, la délégation marocaine se présentent au stade. L’incident, qui a failli tourner au drame, montre que les rebelles touaregs ne respectent que la force. Une force que l’Etat malien ne leur exhibe pas souvent, hélas !

Tentative de sabotage ?

Une interrogation subsiste. Les délégués du MNLA ont-ils délibérément voulu provoquer un clash entre le Mali et les Marocains ? Des spécialistes que nous avons rencontrés estiment possible que les gens du MNLA aient agi sciemment pour saboter le regain d’amitié entre le Maroc et le Mali. « Il n’est pas du tout exclu que les délégués touaregs aient agi de concert avec les services secrets algériens qui ne veulent pas entendre parler de relations diplomatiques entre le Mali et le Maroc, au détriment de la République Saharaouie, une protégée de l’Algérie. Une chose est sûre, certains des délégués touaregs étaient, dans la semaine concernée, en relation avec l’ambassade algérienne à Bamako », analyse l’un des experts consultés.

Tiékorobani

Procès Verbal du 25 Septembre 2013