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Cercle de San : Un mort et plusieurs blessés dans un affrontement

Depuis des mois, la population des huit villages de la commune rurale de N’Goa (cercle de San) vit dans la peur. Au cœur du problème, un litige foncier concernant plusieurs hectares de terres cultivables que les autochtones refusent d’abandonner au profit de nouveaux occupants désignés par les autorités. La crise s’est muée en affrontement les 23 et 24 juillet 2011, aboutissant à un mort et quatre blessés.

Mercredi, 13 juillet, un constat de l’huissier Mamadou Sissoko établissait que la population de N’Goa était au bord de la révolte suite à la présence des forces de l’ordre les empêchant d’accéder à leurs champs. Sur instruction du maire de la commune et du sous-préfet du cercle de San, ces terres, objet du litige, ont été attribuées à d’autres personnes pour des besoins de la culture du riz. Cette décision aurait été motivée par l’aménagement de la zone dans le cadre du programme Moyen Bani*. Le refus de la population de céder ces terres a été considéré comme un refus d’obtempérer à l’autorité publique, les habitants déniant tout droit d’aménagement de l’espace concerné par les autorités.

«Il s’agit d’une plaine naturelle de propriété coutumière des villages environnants. Après l’installation du seuil de Talo, l’eau a submergé la zone et la population s’est aussitôt ré-intéressée à l’espace en cultivant du riz» raconte un habitant du village, résidant actuellement à Bamako. Huit villages (Néra, Denso, Flasso, Bosso, Dalla, Gualani, Zemesso, Dogona) de la commune rurale de N’goa sont concernés par cette affaire. Ces villages sont situés dans une circonférence de 20 Km, distant l’un de l’autre que de quelques petits kilomètres.

Dans une requête en date du 29 juin 2011, le collectif des chefs de village de ces localités a sollicité de la justice de paix à compétence étendue de San, l’annulation de la décision administrative. Cette juridiction s’est déclarée incompétente pour trancher ce litige. L’affaire a donc été transmise au tribunal administratif de Bamako. Le verdict devrait tomber ce mardi 26 juillet.

Contre toute attente, le dimanche 24 juillet, la gendarmerie a fait une descente musclée pour réprimer la population. Cette intervention s’est soldée par un affrontement sanglant entre les deux parties. Un habitant d’un village aurait fait usage d’arme à feu. L’altercation a entrainé, selon nos sources, la mort d’une personne au village de Denso. Par ailleurs, quatre gendarmes auraient aussi été blessés. Dans un communiqué, le 25 juillet, le gouvernement indique l’interpellation de soixante-treize personnes.

«Notre souffrance n’a pas de limite aujourd’hui du fait que toutes les terres que nous ont laissées nos ancêtres nous ont été retirées» s’indigne Madou Coulibaly, un notable du village de Denso. «Nous restons toute la journée en famille de peur d’être arrêté» a-t-il poursuivi.

La crise latente avait entrainé, au début du mois de juin, l’arrestation de vingtaine-quatre personnes, ayant écopées pour la plupart d’une condamnation avec sursis.

Le 13 juillet dernier, le procès verbal de Me Mamadou Sissoko établissait déjà que l’accès de la population aux champs était «… devenu impossible du fait de la présence permanente de la gendarmerie et de la garde dans la zone». Ces forces de l’ordre, poursuit l’huissier, répondent à des ordres du maire de N’Goa, Sidiki Traoré, et du sous-préfet de San, Drissa Coulibaly.

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*[Ce programme est mis en œuvre par l’Etat malien pour assurer une gestion efficace du « seuil de Talo », un barrage hydro agricole construit sur le fleuve Bani entre les cercles de Bla et de San dans la région de Mopti. ]

Seydou Coulibaly

26 Juillet 2011.

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Affrontement intercommunautaire à San vendredi dernier : Un mort, quatre gendarmes blessés dont un grièvement et cent trente arrestations

Les habitants des villages riverains du seuil de Talo, dans le Cercle de Bla, ont vécu un week-end cauchemardesque. En effet, ne s’étant pas compris sur la gestion concertée des plaines aménagées, certains s’en sont pris aux gendarmes dépêchés sur les lieux, en usant d’arme blanche et de fusils de chasse. Le bilan est lourd : un mort du côté des villageois, quatre gendarmes blessés dont un grièvement à l’œil et cent trente arrestations. Le ministère de l’Administration territoriale et des collectivités locales et celui de la Sécurité intérieure et de la protection civile se sont réunis pour circonscrire ce conflit intercommunautaire en envoyant des émissaires dans la zone.

Le conflit intercommunautaire est né de l’aménagement du seuil de Talo, dans le Cercle de Bla, dont les travaux ont commencé en 2005. Quand le seuil a été aménagé, l’eau a débordé sur les terres arables, favorisant du coup la riziculture dans une zone jadis propice à la culture du mil. Le riz étant plus rentable que le mil, toutes les populations se sont ruées vers la riziculture.

Les villages environnants qui jouxtent les eaux se sont rapidement appropriés les terres pour ensuite les découper et les vendre. Trois villages, notamment Djèguèna, Ngoa et Djeli se sont réunis pour proposer une gestion concertée au profit des 32 (selon le préfet) ou 33 villages selon (le Général Kafougouna). A la réunion convoquée à cet effet, les participants ont estimé que la gestion pouvait être confiée aux villages de Dalla, Dinso et Léra. Pourquoi ? La question est restée sans réponse.

Après une année passée dans cette gestion concertée, les autres villages ont constaté que les trois villages désignés vendaient les terres à 10.000 FCFA l’hectare. Pire, ils n’ont jamais rendu compte de leur gestion jugée catastrophique par les mandants. C’est ainsi qu’il a été, une nouvelle fois, décidé de confier la gestion de ces terres, qui alimentent de grosses spéculations, à six autres villages au profit de l’ensemble des populations. « Les nouveaux gérants » ont procédé au morcellement des 5.197 hectares au bénéfice de tous les villages concernés.

Malheureusement, dans la mise en œuvre de cette répartition, les villages de Dalla et Dinso ont vigoureusement rejeté cette gestion concertée. Pour montrer leur désapprobation, les populations des deux villages précités sont allées détruire toutes les plantations des autres villages. C’était le vendredi 22 juillet. Ces derniers ont voulu se rendre justice car, disent-ils, c’est leur honneur et leur dignité qui ont été atteints, mais ils en ont été dissuadés par Kafougouna Koné et Sadio Gassama, respectivement ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales et de la Sécurité intérieure et de la protection civile.

Pour éviter une implosion certaine, des éléments des forces de sécurité ont pris position sur les lieux et procédé à des interpellations (57 entre les 22 et le 23 juillet). Les interpellés ont été mis à la disposition de la justice. Le lendemain, 24 juillet, les gendarmes en patrouille ont été, par surprise, attaqués par des villageois à l’arme blanche et aux fusils de chasse.

Le bilan est lourd : un mort côté assaillants, quatre gendarmes blessés dont un grièvement. Ce qui, naturellement, a nécessité l’envoi d’un renfort le même jour, occasionnant l’interpellation de 73 personnes. Celui qui est mort se nomme Kassoum Coulibaly, âgé d’environ 30 ans et ressortissant de Dinso. Selon une source hospitalière de San, il serait mort suite à un traumatisme. Faux, rétorquent ses parents qui estiment qu’il a tout simplement été abattu. Pour éviter toute accusation facile, le corps du défunt a été transporté à Bamako pour une autopsie afin de déterminer la cause exacte de sa mort.

Afin de baisser la tension, les ministères concernés ont ordonné aux populations de mettre fin aux affrontements.

Au même moment, ils ont dépêché des représentants pour présenter les condoléances du gouvernement aux parents du défunt. Par ailleurs, les émissaires ont fait comprendre aux populations que la cohabitation exige l’acceptation des uns par les autres. Enfin, une mission se rendra très prochainement dans la zone pour concilier les différentes parties.

Diakaridia YOSSI

L’Indépendat du 26 Juillet 2011.