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A l’image de l’empire Songhoy qui a prospéré au XVe siècle en Afrique de l’Ouest, d’où il tire son nom, le Centre Songhaï est en train de démontrer que les Africains, par eux-mêmes, sont capables de booster le développement et réduire la dépendance chronique. En s’engageant à être les meilleurs.

« La seule façon de combattre la pauvreté est de faire du pauvre un véritable producteur ». C’est à partir de ce principe fondateur que le Centre Songhaï est parvenu à créer un environnement viable d’apprentissage où les Africains peuvent apprendre et adopter les moyens d’autopromotion pour devenir de véritables entrepreneurs.

Le Centre Songhaï du Bénin a été créé en 1985 par un Nigérian (ibo) établi à Porto Novo au Bénin, du nom de Frère Godfrey Nzamujo. C’est le gouvernement de l’ex-président Mathieu Kérékou qui lui a attribué quelques hectares de « terres abandonnées et non fertiles », dit-on, pour en faire des expérimentations en agriculture durable.

En moins de 20 ans, la portion de terre, devenue entre-temps une immense surface aménagée, produit aujourd’hui presque toutes les variétés maraîchères et céréalières, des tubercules, des volailles, des ovins, des bovins : papayes, bananes, champignons, choux, mangues, manioc, plusieurs variétés de haricots, maïs, tournesol, porcs, aulocodes, poules, poissons, dindons, pintades, bœuf, escargot, lapins, escargots géants, etc.

Toute cette production est récoltée et transformée sur place sur les propres installations agroalimentaires du Centre Songhaï. Si certains sont destinés à la vente sur les marchés béninois, une grande quantité de la production de Songhaï est consommée dans des restaurants aménagés à l’intérieur pour les visiteurs et les touristes logés et autres étudiants en stage ou en formation continue sur place. De mini-industries sont implantées pour la transformation en jus des mangues, ananas, gingembre ainsi que leur mise en boîte. On y trouve une dizaine de variétés de jus « made in Songhaï ».

Rien ne se perd…

Au Centre Songhaï, rien ne se perd, tout se transforme. On y a établit un lien étroit entre tous les secteurs de production (primaire, secondaire et tertiaire). Ce qui fait que les sous-produits d’un secteur sont recyclés pour servir d’intrants dans un autre. On cueille les noix de palmier pour en faire de l’huile.

Les rafles (coquillage des noix de coco) dérivés sont stérilisés et suivent un processus d’incubation-fructification pour produire des champignons.
Les rafles sont ensuite écrasées comme compost pour les légumes.

Aussi utilise-t-on des fientes de poules ou de porcs mélangées avec la jacinthe d’eau pour produire du gaz qui sert à alimenter le centre en électricité. Ainsi le centre couvre sa consommation en électricité à partir du bio gaz produit sur place, le mettant à l’abri des interminables délestages en cours actuellement au Bénin.

A partir d’un atelier de fabrication de machines agricoles, de jeunes Béninois fabriquent différents types de machines en vue d’accroître les performances des paysans dans diverses activités de production agricole. Il s’agit, entre autres, de provenderie pour la production d’aliments bétail, la presse pour l’huile de palme, le manioc, les concasseuses de noix de palme, d’acajou, des décortiqueuses de riz, maïs, des égreneuses ou des couveuses. L’expérience s’est étendue vers cinq autres villes du Bénin et deux autres au Nigeria.

… Ntics

Des centres de développement des technologies de l’information et de la communication y sont implantés qui facilitent le transfert de compétences entre les jeunes. Le Centre Songhaï a installé trois télécentres à travers le Bénin (Nord, Centre et Sud). Plusieurs technologies ont été testées et utilisées au Centre Songhaï, à savoir VOIP, WIFI, formation à distance en agriculture, fourniture d’accès à Internet et la téléphonie rurale.

Aujourd’hui, la connectivité des télécentres Songhaï est très améliorée, la téléphonie sur IP et la formation à distance sont une réalité grâce au partenariat avec le Centre de recherches et de développement international (CRDI), organisme de développement international du Canada.

C’est à cause de toutes ces performances que le Centre Songhaï a été élu pour abriter le facilitateur d’échange de contenus pour la communauté francophone des leaders des télécentres. C’est aussi dans ce merveilleux espace que se tient depuis le 28 novembre le forum international des leaders du mouvement des télécentres d’Afrique qui regroupe 32 pays.

Le Centre Songhaï emploie à temps plein près de 200 personnes et autant de travailleurs temporaires. En moyenne, 300 étudiants y séjournent en permanence qui pour des stages de fin d’études, qui pour approfondir des recherches, qui pour suivre des formations intensives qui leur ouvrent les portes de l’entreprenariat.

Grâce à ses succès, le Centre doit démarrer bientôt ses activités au Gabon et au Congo-Brazzaville. Les pouvoirs publics du Liberia, de la Sierra Leone et de la Guinée ont déjà invité le frère Nzamujo à reproduire son schéma dans leur pays respectif.

L’expérience du Centre Songhaï démontre suffisamment comment les Africains peuvent prendre leur destinée en main, en utilisant simplement leur ingéniosité pour travailler pour le continent au lieu de nous habituer à importer pour nous nourrir et à exporter pour survivre. Le centre Songhaï ne se raconte pas, il se vit.

Yaya Sangaré

(envoyé spécial au Bénin)

04 décembre 2006.