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Le cinéma, genre artistique dont la fonction est de divertir, d’informer et d’éduquer peut-être aujourd’hui un puissant outil de développement. C’est un des meilleurs canaux de transmission de la mémoire et de la culture d’un peuple, quand on sait qu’il a des retombées économiques et médiatiques parfois importantes. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord que le cinéma malien est malade.

C’est pourquoi, les députés de la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication de l’Assemblée Nationale ont interpellé hier le Président du bureau central de l’Union des Créateurs et Entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (UCECAO), notre compatriote Souleymane Cissé.

Il s’agissait pour ce dernier de répondre aux questions des députés sur le projet de loi portant ratification de l’Ordonnance n° 05-007/P-RM du 9 mars 2005 portant création du Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM) en remplacement du Centre National de Production Cinématographique (CNPC).

Cette rencontre qui fait suite à celle du ministre de la Culture, Cheick Oumar Sissoko le vendredi dernier sur le même sujet, s’est déroulée en présence du président de ladite commission, Makan D. Koné et de son rapporteur Moussa Sangaré ainsi que des autres membres de la commission.

Les questions posées à Souleymane Cissé ont surtout porté sur sa vision sur le cinéma malien, son état d’évolution, son expérience au sein du service cinématographique du ministère de l’Information du Mali (SCINFOMA), ainsi que les attentes de l’UCECAO vis-à-vis de cette nouvelle structure.

Faut-il préciser que la création du Centre National de Cinématographie du Mali traduit la volonté du gouvernement d’instituer un organe dont la mission est de contribuer au développement socio-culturel et économique par le cinéma.

Il aura pour mission de contribuer à la promotion des films maliens au Mali et à l’étranger, favoriser les échanges entre professionnels du cinéma que ce soit au Mali ou l’extérieur du pays, produire des films d’actualité, des documentaires et des films long métrage.

Ce n’est pas tout. Puisque ledit centre est chargé d’assurer la conservation et la gestion des archives cinématographiques, soutenir et développer la production et la coproduction de films avec des partenaires étrangers, de tenir le registre public de la cinématographie. Il sera également chargé de délivrer les visas d’exploitation cinématographique après avis de la commission nationale du visa cinématographique, les autorisations de tournage de films sur le territoire national et la délivrance des cartes professionnelles des cartes professionnels.

Le Centre sera administré et géré par un Conseil d’Administration, une Direction Générale et un Comité de gestion. Le président de l’UCECAO, l’éminent cinéaste Souleymane Cissé a déclaré dans son intervention que « le cinéma malien est dans une situation très délicate au niveau de la production. Et seulement deux longs métrages ont été réalisés ces cinq dernières années. Il s’agit de Kabala de Hassane Kouyaté et Yeleman 3 de Mamo Cissé ».

Il estime que « l’ensemble de la chaîne des valeurs de l’industrie est bloqué. La liquidation par l’Etat des salles de cinéma à travers le Mali à partir de 1995 a été la première cause de la destruction du cinéma au Mali. Aujourd’hui, la distribution en salle est devenue confidentielle. Le vieillissement des équipements et le développement des lecteurs VCD ont éloigné le public, si bien que les salles privées ferment les unes après les autres » .

S’agissant des attentes du Centre National de Cinématographie du Mali, Souleymane Cissé souhaite que « ce centre ne soit pas une agence gouvernementale de production qui bloquerait l’émergence de sociétés privées qui sont le fondement de toute activité économique structurée, mais une agence qui organise l’industrie cinématographique dans notre pays ». Pour ce faire, il a suggéré la mise en place d’une billetterie nationale centralisée, qui n’est pas prévue par le projet de loi.

Selon lui, une telle billetterie est l’unique moyen de redistribuer de manière transparente les recettes aux ayants droits et permettre aux différents acteurs de l’industrie cinématographique (créateurs, producteurs, distributeurs et exploitants) de travailler sereinement. Avant de dire qu’il n’est pas d’accord à ce que ce nouveau centre produise des films long métrage.

Pour lui, ce volet doit être réservé aux privés. Il a également suggéré la mise en place d’un fonds de soutien. En tout cas, après des débats houleux, les députés ont pris bonne note pour discuter entre eux, avant la plénière du 12 mai prochain.

Alou B HAIDARA

10 mai 2005