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Face à l’enlisement de la situation sécuritaire dans le Centre du Mali, la présidence de la République a cru bon de miser sur Dioncounda Traoré et son talent éprouvé de négociateur pour trouver une issue au bourbier des clivages inter-communautaires mêlé à une irrésistible poussée djihadiste sur fond de sanctuarisation de cette zone.

Mais, pour vrai que le nouveau «haut-représentant» recèle d’atouts indéniables pour les nouvelles missions assignées, il n’est pas moins évident que les tonalités de sa désignation laisse transparaître une certaine complexité de ses rapports avec Koulouba, qui pourraient constituer autant de motifs pour renoncer à l’offre.

Sitôt la mesure rendue publique et l’intéressé est déjà reçu à Koulouba par le président de la République, dans la foulée des prises de contact avec les personnalités chargées de conduire le dialogue inclusif. La présence de Dioncounda Traoré au Palais présidentiel, au deuxième jour de la mesure le désignant comme “haut-représentant du chef de l’Etat pour le Centre”, est la preuve en définitive qu’il n’y a l’ombre d’un doute sur l’acceptation par lui des nouvelles dignités où il vient d’être installé. Se pose en revanche la question de l’opportunité de son consentement, tant les équivoques pèsent sur sa désignation, quoiqu’elles aient plus trait à la forme qu’au fond.

Pour le fond, en effet, très peu de réserves ou d’appréhensions pourraient résister devant les haut-faits qui parlent à la place de celui qui détient la paternité des plus éloquents jalons jamais posés dans le dénouement de la crise malienne : le déclenchement des mécanismes de libération du nord-Mali de la vague islamiste de 2012, l’obtention d’un accord préliminaire assez honorable avec la rébellion touareg, la normalisation institutionnelle avec l’organisation d’élections générales acceptables.

Avec tant d’avancées précieuses, de déclics – que les autorités actuelles ont manqué de traduire en acquis – l’homme de Transition est théoriquement crédité des ressorts adéquats pour relever le défi du Centre dans ses multiples dimensions : qu’il s’agisse de la réconciliation des Peuls et Dogons ou de la maîtrise des facteurs qui alimentent l’hydre islamistes.

Seulement voilà : une exploitation judicieuse des atouts dont il regorge ne peut reposer que sur des rapports empreints de sincérité avec les hautes autorités, lesquels rapports ne transparaissent point dans la forme des actes de sa désignation comme haut représentant. En atteste pour le moins le communiqué du Conseil des ministres où il est malicieusement fait abstraction du titre d’ancien président de la République du Professeur Dioncounda Traoré comme si Koulouba rechigne à lui reconnaître cet attribut.

Le détail aurait pu être mis au compte d’une simple négligence si IBK, qui ne tolère presque jamais les erreurs protocolaires, n’en avait jadis montré les couleurs en s’opposant farouchement à l’application d’un certain décret qui affecte au président de la Transition une résidence d’Etat es qualité ancien président de la République. Ses réserves sur les privilèges et le titre de Dioncounda se sont notamment traduites par un retrait arbitraire du bâtiment en question – sans ménagement et sans acte abrogatif du décret y afférent, au motif qu’il abrite traditionnellement les Premier ministres en fonction.

La complexité des rapports entre le Koulouba et le nouveau «haut-représentant» ne s’illustre guère moins par l’épisode du secrétariat-général de la Francophonie et la légèreté triviale avec laquelle la candidature de Dioncounda Traoré avait été suscitée puis soustraite par la présidence malienne au profit d’une autre. Autant de malaises qui auraient pu influencer l’acceptation de l’offre d’IBK si dans la balance n’avait peut-être peser le sens du devoir de prêter assistance à la patrie en danger.

Là également, l’hypothèse pourrait être contrariée par le renoncement du Professeur Traoré à porter le flambeau de sa famille politique à la présidentielle de 2018, au motif d’être dans l’âge et de manquer d’énergie pour les grands défis. Or il faut en avoir à revendre pour la lourdeur des tâches qu’il vient d’accepter.

A Keïta
Le Témoin du 25 Juin 2019