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Bossangoa est une ville fantôme. Ses habitants ont fui leur maisons pour se réfugier dans des camps. Deux camps. Les chrétiens dorment autour de l’église. Les musulmans sont installés à 800 mètres de là, à l’école Liberté. Entre les deux, un no man’s land où se propagent ressentiments, rumeurs et accusations. Il y a d’abord l’immense « camp de l’évêché ». « Spontanément et par vagues, depuis deux mois, 40 000 chrétiens de Bossangoa et des villages alentour se sont rassemblés autour de l’archevêché de la ville, entassés sur seulement quatre hectares », explique un responsable de l’ONG Action Contre la Faim. Le long de la même route, mais de l’autre côté, un peu plus loin vers le nord, des milliers de musulmans affluent depuis le regain de violences de début décembre, sur le terrain de l’école Liberté. Ils étaient 1.600 avant les violences du 5 décembre. Ils sont quelque 7.000 maintenant. Depuis un mois un comité de dialogue et de réconciliation a été monté, avec à sa tête l’évêque et l’imam. Il s’est réuni quatre fois, « mais on tourne en rond », tranche l’evêque. « Nous sommes encore dans une logique d’accusation et de contre-accusation », dit-il. « A chaque réunion, les musulmans mettent en avant leur blessure, les chrétiens mettent en avant leur blessure. Et quand on met deux blessures côte-à-côte, il n’y a que du sang qui coule ». AFP