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Faut-il supprimer la CENI du processus électoral ? La question mérite d’être posée après la mascarade électorale de 2007. L’expérience originale qui a suscité tant d’espoirs pour la transparence et la crédibilité des élections est devenue un gadget aux mains du pouvoir pour légitimer la fraude.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI), instaurée à la suite d’importants débats pendant la 3ème République et qui avait entretenu l’espoir des démocrates sur la bonne organisation de nos élections, a vite révélé de graves insuffisances.

L’ancien président de la CENI, M. Moustaph Cissé, qui retraçait l’itinéraire de la structure, au cours d’un atelier de réflexion initié par les partis politiques, hier, à l’hôtel de l’Amitié a eu beaucoup de mal à parler des réussites d’une structure qui a étalé ses incohérences depuis sa création.

L’échec de l’organisation électorale en 1997 fut l’œuvre de la CENI de l’époque. Le gouvernement avait d’ailleurs sauté sur l’occasion pour la dépouiller de ses importantes prérogatives, notamment celle de l’organisation matérielle des élections.

En 2006, la composition de la CENI fut la première pomme de discorde avec la nouvelle configuration de la classe politique, notamment pour la désignation des membres des partis politiques de l’opposition. La question de la majorité politique aussi a fait l’objet d’un certain nombre de blocages pour la création de la structure. Moustaph Cissé a même dit que les problèmes subsistent “après 10 ans d’atermoiement de la classe politique”.

L’ancien président de la CENI a soutenu que les hommes politiques sont préoccupés par leurs intérêts du moment et s’entendent avec le législateur pour interpréter les textes dans un sens qui les arrange. Ces textes, a-t-il indiqué, font vite l’objet de controverses car il devient ensuite difficile de les appliquer.

Me Cissé a rappelé la difficile cohabitation entre partis politiques et société civile. Il a, de ce fait, donné l’exemple de la Mauritanie où malgré l’absence des représentants des partis politiques dans leur commission électorale, “des hommes et des femmes abattent un travail important”.

L’ancien président de la CENI n’a pas manqué de soulever les difficultés liées au retard du financement de la structure dont le projet de budget est discuté après la mise en place de la commission.

Me Cissé a soulevé la question des véhicules immatriculés au nom de la CENI en 2002 et qui n’ont pas été retrouvés en 2004, alors qu’ils avaient recommandé que ces véhicules soient des propriétés de la structure. Malgré un financement de 20 milliards en 1997, la CENI n’a pu éviter le fiasco électoral.

Le gouvernement et la classe politique s’étaient alors concertés pour redimensionner les prérogatives de la CENI. En 2000, les importantes missions conférées à la CENI en 1997 ont été supprimées et la structure s’est vue confinée dans un rôle de supervision et de suivi.

Elle partage désormais ses missions avec l’administration territoriale et un troisième acteur à s’impliquer dans le processus électoral : la Délégation Générale aux Elections à qui ont été confiées les missions de gérer le fichier et les cartes d’électeur ainsi que le financement public des partis politiques.

La CENI qui n’a pas eu la confiance de l’Etat et de son administration s’est vue retirer tout crédit par les populations en confirmant les résultats des élections solennellement rejetées par le président de la Cour constitutionnelle, M. Salif Kanouté qui avait déclaré, lors de la proclamation des résultats définitifs : “j’ai eu le sentiment profond que beaucoup d’acteurs politiques, des candidats de tous ordres, de quelque bord que ce soit se sont installés à demeure dans la fraude généralisée”.

Les propos de M. Kanouté étaient ensuite confirmés par le directeur de l’intérieur qui, sans sourciller, avait martelé : “la fraude est la plus grande plaie de notre dispositif électoral. Lors des dernières élections, elle a atteint une ampleur jamais égalée dans notre pays”.

C’est donc dommage que les représentants de la CENI, devant les autorités politiques, les partenaires au développement, les membres des corps consulaires et diplomatiques et la société civile lisent un rapport qui félicite l’organisation des élections de 2007.

Alors que même l’Etat et ses démembrements ont eu le courage d’avouer le contraire. Dans toutes ses dimensions, la CENI reste donc un échec puisqu’elle reste le garant de l’immoralité des élections.

Baba Dembélé

15 février 2008.