Partager

Pour commémorer les 123 ans des répressions sanglantes des manifestations ouvrières de Chicago de 1886, l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) a mis les petits plats dans les grands. C’est ainsi qu’elle a organisé entre le 29 avril et le 1er mai 2009, une conférence-débats à la Bourse du Travail sur le thème de : “Les syndicats face à l’insécurité routière”, l’enregistrement de l’émission de divertissement “Top Etoiles” sur la Télévision nationale le 29, une conférence de presse, un cross country sur le Boulevard de l’Indépendance. Le clou de l’évènement a été le défilé des syndicats nationaux affiliés à l’UNTM.

L’occasion était belle pour Siaka Diakité, secrétaire général de l’UNTM de situer l’évènement dans son contexte, de faire l’état des lieux des luttes de l’UNTM du 1er mai 2008 au 1er mai 2009 et de se projeter dans l’avenir.

La cérémonie de défilé du 1er mai 2009 sur le Boulevard de l’Indépendance était présidé par le ministre du Travail, de la Fonction Publique et de la Réforme de l’Etat, Me Abdoul Wahab Berthé. Elle a enregistré la présence de plusieurs autres membres du gouvernement ainsi que des présidents d’institutions de la République et le président du Conseil National du Patronat du Mali (CNPM) M. Moussa Balla Coulibaly.

La tradition respectée

Il n’ya pas eu de nouvelles revendications, pas de menace de grève formulée lors de la célébration du 1er mai 2009. Le secrétaire général de l’UNTM a juste rappelé au gouvernement et au patronat que des points importants du protocole d’accord tripartite (syndicat-gouvernement-patronat) du 18 juillet 2007 n’ont pas encore été traités. Il s’agit de :

1- Faire avancer les fonctionnaires qui, à la veille de leur retraite départ à la retraite ont bénéficié au moins de la notation “bon” ;

2- Faire amener les prix des produits de première nécessité à un seuil compatible avec le revenu des consommateurs ;

3- Faire diligenter la relecture des conventions collectives ;

4- Faire publier le bilan de la privatisation ;

5- Revoir les conditions de la privatisation de la CMDT ;

6- L’équilibre des grilles dans la Fonction Publique ;

7- Accorder une indemnité de départ à la retraite pour les fonctionnaires ;

8- L’agenda du travail décent ;

9- Le Fonds minier.

En plus de ces neuf points, le bureau exécutif de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali a déposé auprès du gouvernement et du Patronat, courant 2008 cinq points de revendications non encore examinées. Ces points sont : la relecture des textes instituant les primes et indemnités et leur adaptation au contexte actuel, l’élargissement de la prime de zone aux autres secteurs, l’octroi d’avantages fiscaux aux entreprises nationales pour assurer leur décollage économique, la réorganisation des unités de l’économie uniforme en vue de leur intégration dans le tissu économique moderne, le prélèvement des cotisations syndicales à la source.

“Il faut signaler que des indemnités de licenciements doivent être payés à certains travailleurs de société d’Etat comme l’ITEMA, l’hôtel Azalaï de Tombouctou, Le plan social des travailleurs de HUICOMA en souffrance n’est toujours pas prise en charge. La situation de plusieurs entreprises en détresse, prêtes à mettre la clef sous la paillasson ne cesse pas de nous préoccuper. Malgré notre insistance pour l’organisation de secours en faveur de certains travailleurs d’entreprises publiques privatisées comme la BETRAM, l’horizon est bouché en termes de perspectives. Il est impérieux qu’ensemble le gouvernement et le patronat acceptent de donner une suite diligente à ces préoccupations”, a martelé Siaka Diakité.

L’UNTM, comme d’autres organisations syndicales n’échappe pas à la crise économique et financière qui sévissent actuellement dans le monde : crise alimentaire, crise énergétique, crise environnementale, crise du modèle de développement capitaliste. La centrale syndicale demande le retrait de l’Etat dans la régulation du marché, le recul des protections sociales et l’accroissement des inégalités.


“Au Mali, aucun débat sérieux n’est organisé, ni consacré à la crise financière et économique mondiale. C’est pourquoi, nous demandons aux organisations syndicales maliennes, africaines et internationales d’ouvrir les yeux, de faire leur bilan et de se hisser au niveau des jeux réels. Les organisations internationales de financement qui orientent notre économie, médusées, ont perdu de leur superbe et réfléchissent à un nouvel argumentaire. Redressons la tête à présent et appelons ces donneurs de leçons, ces “puritains” à plus d’humilité”
, a indiqué le secrétaire général de l’UNTM.

Le Mali dans le creux de la vague

Il faut rappeler que le Mali couvre 1 241 238 km2 pour une population estimée à 12 millions d’âmes environ. C’est un pays continental qui fait frontière avec 7 pays qui sont : le Sénégal, la Mauritanie, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, la Guinée Conakry et le Niger.

Malgré cette continentalité, 8 ans après son indépendance en 1960, notre pays était le 3ème pays le plus industrialisé de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) composé de 8 pays. Aujourd’hui, c’est le revers de la médaille, le Mali est dans le creux de la vague.

Suite à des choix économiques du passé et du présent, le tissu industriel malien s’est déchiré. Les quelques rares industries existantes sont confrontées à la concurrence déloyale et à la contrefaçon. Le Mali se réduit essentiellement aujourd’hui à un marché de consommateurs des biens et services de toutes natures de la production industrielle de l’extérieur. Le Mali va-t-il continuer à être aux ordres du capitalisme financier international ? La solution réside dans la création de nouvelles industries et la relance de celles en panne.

L’UNTM salue la position du gouvernement malien qui ne s’est pas précipité pour signer les accords de partenariat économique en janvier 2008. Elle demande aux travailleurs et au gouvernement des pays en voie de développement de rester vigilants face à des politiques de l’Europe telle que l’immigration choisie de la France visant à prendre ce qu’est de plus précieux dans ces pays pauvres sans contrepartie.

“La politique française d’immigration choisie, véritable miroir aux alouettes cherche à attirer une certaine jeunesse intellectuelle dans les domaines pointus de la science et de la technologie, attirer nos artistes et nos opérateurs économiques de bonne facture. C’est la chasse aux cerveaux et aux plus talentueux. L’Afrique mérite un sort meilleur. L’on ne peut oublier que nos richesses naturelles ont été pillées par les occupants d’hier qui nous reprochent aujourd’hui de les envahir et de les métisser”, a martelé Siaka Diakité.

Daba Balla KEITA

04 Mai 2009