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Le coup d’Etat en Guinée-Bissau est intervenu après celui du Mali. Dans les deux cas, la CEDEAO a réagi, mais l’intensité et la force de réaction ne semblent pas être prises avec la même mesure. Dans le premier cas, la réaction fut énergique, dans le deuxième, la réaction est bien nonchalante et laisse trop d’ouverture aux putschistes.

Tout le monde a applaudi au regard de la fermeté et de la promptitude avec lesquelles la CEDEAO a réagi suite aux événements au Mali. En un quart de tour, un sommet de chefs d’Etat extraordinaire s’est réuni à Abidjan pour se pencher sur le problème. Les ministres chargés des Affaires étrangères de la Côte-d’Ivoire et du Burkina et le président de la Commission n’ont cessé de faire des va-et-vient entre Ouagadougou, Abidjan et Bamako pour trouver des solutions urgentes. Les jours suivants, des sanctions draconiennes s’abattent sur la junte et le Mali entier. Le capitaine Sanogo et ses hommes ont vite compris que tous les combats ne se font pas avec armes et munitions.

Ainsi ils sont acculés de l’intérieur par l’indignation de la société civile, des partis politiques et une rébellion Touareg qui avance et avance et ronge en quelques jours les 2/3 du territoire malien. La junte s’étouffe de l’extérieur par des sanctions financières et économiques qui étranglent. Cela a contraint la junte à mettre de l’eau dans son vin et accepter de négocier avec la communauté internationale pour s’en sortir.

La CEDEAO a adopté l’attitude de tolérance zéro de coup d’Etat. C’est un principe qui semble avoir porté ses fruits au Mali même si certains aspects restent discutables. En tout cas, la CEDEAO a déployé considérablement beaucoup d’efforts pour faire comprendre que l’ère des coups d’Etat est révolue à jamais.

Mais voilà que pendant que les pourparlers maliens se poursuivent à Ouagadougou, la Guinée-Bissau vit le plus exécrable des coups d’Etat. En comparaison, la junte malienne est intervenue avant le scrutin. La junte guinéenne est allée plus loin car elle a interrompu un processus qui était en cours. Ils ont détruit en un temps deux mouvements tout l’arsenal démocratique qui devait doter la Guinée d’un régime démocratique. On peut déplorer le fait que la CEDEAO n’ait pas eu la même promptitude qu’au Mali. Si les mêmes sanctions imposées au Mali étaient faites à la Guinée, on aurait peut-être une issue. Mais les Chefs d’Etat ne se sont pas vite retrouvés autour de la crise de ce pays qui est politiquement plus malade que le Mali.

A l’heure d’aujourd’hui, la CEDEAO reste sur son principe de tolérance zéro pour les coups d’Etat. Mais elle semble avoir opté de négocier avec la junte et va même jusqu’à l’aider à faire partir les militaires angolais. Il faudrait que la CEDEAO soit équitable dans ses positions. Ce qui a été adopté pour le Mali devrait l’être pour la Guinée-Bissau. Mais que l’armée guinéenne comprenne que les coups d’Etat affaiblissent leur pays et que les intérêts des populations vont au-delà des querelles ethniques et de la mafia des narco militaires.

Ce qui est sûr, la CEDEAO se retrouve avec deux fronts de combat que sont le Mali et la Guinée. Heureusement le Sénégal a offert à la CEDEAO le plus beau cadeau électoral de l’année en l’épargnant des alternances chaotiques. La CEDEAO devrait être surtout un instrument de développement au lieu d’être une institution qui s’essouffle sur les terrains de conflits à répétition.

Augustin KABORE

L’Express du Faso

Source : lefaso.net, le 18 Avril 2012