Partager


Dirigeant sportif ! Voilà une fonction très convoitée eu égard à l’importance que le sport ne cesse d’avoir dans notre environnement socio-politique et économique. Aujourd’hui, cette soif de diriger est l’un des plus grands maux du sport malien à cause des conflits d’intérêts égoïstes.

Mais, il n’est pas donné à tout le monde de diriger. C’est un art ! En dehors de toute formation professionnelle, certaines personnes développent des dispositions naturelles pour diriger : ce sont des leaders naturels. Mais, grâce à une bonne formation ou même à l’expérience du terrain, d’autres parviennent aussi à se forger une carrure de dirigeant.

Même si le sport est un domaine assez complexe, le dirigeant sportif n’est pas forcément différent des autres. En réalité, l’administration du sport fait de plus en plus appel à des notions de gestion d’entreprise. Le sport professionnel est un secteur d’activité en pleine évolution dans un environnement socio-économique et juridique de plus en plus complexe.

La prise en compte de cette complexité nécessite la présence, auprès des groupements sportifs professionnels de spécialistes capables d’avoir le recul suffisant pour manager les politiques sportives des grands clubs professionnels.

D’où toute la complexité de la notion de dirigeant sportif. Et pour mieux cerner tous ces contours, de nombreuses universités européennes développent de plus en plus des modules du management sportif.

C’est pour vous dire que le dirigeant sportif est avant tout un bon manager. On parle plutôt du manager, surtout dans le milieu pro. Diriger un club fait aujourd’hui obligatoirement appel à des notions de management.

Située à l’interface du sportif et de l’administratif, la fonction de manager général nécessite une pluri-compétence : une expérience importante du haut niveau sportif, une maîtrise des concepts et des techniques juridiques, managériales et économiques appliquées au sport professionnel.

Un bon dirigeant sportif doit se montrer autoritaire, mais aussi savoir travailler en équipe : il doit être un leader et non un champion ! Le champion court tout seul alors que le leader court et gagne avec toute son équipe. En France, il y a quelques années, on valorisait les patrons très médiatisés qui couraient souvent pour eux-mêmes. Mais, sur le long terme, ce sont ceux qui savent travailler avec leurs équipes qui réussissent.

A la lumière de ces qualités et valeurs, il est difficile de trouver un bon dirigeant sportif dans le contexte sportif malien. Toutefois, il y a des références qui ont laissé leurs empreintes indélébiles. Dans leur façon de gérer, ils se sont imposés comme de vrais managers et non de simples dirigeants. Sans aucune démagogie de notre part, il s’agit de Habib Sissoko et Hamane Niang.

Le premier avait réussi à tirer le judo malien de l’ornière en planifiant et en multipliant les compétitions à tous les niveaux. Mieux, il avait réussi à travers le Club des amis du judo à donner une assise financière solide aux actions de l’équipe fédérale qu’il dirigeait.

Et les résultats ne se sont pas fait attendre. Pendant près de cinq ans (1999 à 2004), le judo a été la vraie locomotive du sport malien. Un statut qu’il a aujourd’hui abandonné au basket et au taekwondo. Mais, Habib est en train de réussir la même prouesse avec le Comité national olympique et sportif du Mali (CNOSM) qu’il manage depuis 2000.

Le basket-ball malien n’a jamais été aussi bien managé que quand Hamane Niang (aujourd’hui ministre de la Jeunesse et des Sports) a présidé la Fédération.

Cet homme a avant tout compris que ce n’est pas l’argent qui est primordial dans la gestion sportive, mais les idées et la synergie d’action d’une équipe d’hommes et de femmes qui partagent la même passion : servir une discipline pour qui ils sont dévoués corps et âme ! Une équipe qui n’a pas peur des défis et qui ne se dit jamais : « C’est inutile de prendre telle initiative parce que nous nous n’aurons jamais les moyens de la mettre en œuvre ».

Le mérite de M. Niang a aussi été d’avoir planifié ses ambitions pour le basket sur le court, le moyen et le long termes à travers des initiatives comme les conférences. En bon manager, il n’a pas perdu son temps à courir derrière les sponsors, mais les résultats.

C’est cela aussi une différence fondamentale entre le simple dirigeant et le manager sportif qui sait que quand les résultats sont bons et constants, les sponsors vont se bousculer. C’est à cela qu’on assiste aujourd’hui avec le basket.

Le président de la Fédération malienne de tennis, Mohamed Traoré, aurait pu transformer ce duo de managers en trio. Il avait réussi le plus difficile : élaborer et valider un plan de développement à la base du tennis sur le long terme. Mais, il a eu plus de difficultés à le mettre en œuvre. Certainement, parce que certains membres influents de son team de management n’ont pas la même perception que lui, car pressés de parvenir à des résultats fragiles pour se faire un nom.

Toutefois, le tennis se distingue par sa constance dans l’organisation de certaines compétitions comme le Prize Money et le championnat national.

Ce qui signifie que cette discipline est dirigée par un homme qui a des qualités managériales qu’il doit seulement capitaliser en faisant d’abord partager ses ambitions par tous. Avec le Djoliba, Karounga Kéita avait bien amorcé la rupture avec l’amateurisme en initiant une politique de management très ambitieux avec Hèrèmakono.

Malheureusement, il est vite retombé dans les vicissitudes de la gestion au quotidien. Tout comme Salif Kéita avec le Centre qui porte son nom. Le marché des transferts est assez juteux. Mais, on ne peut pas bâtir la politique de développement d’un club sur cette seule manne financière qui suscite plus d’appétits individuels que d’ambitions de performances sportives.

Dans le domaine du sport, le mauvais dirigeant est celui qui croise les bras en entendant que tout lui tombe du ciel, de l’Etat dans le contexte malien. C’est malheureux d’attendre les responsables de la Fédération malienne d’athlétisme dire publiquement qu’ils ne parviennent pas à organiser des meetings, faute de soutien du département de tutelle.

Ils ignorent simplement qu’en la matière, l’Etat ne fait que du portage et son apport est juste un complément, non une manne vitale. Et le département des Sports appuie les disciplines en fonction de leur priorité de développement. Souvent, il faut se regarder en face pour se dire certaines vérités.

Quelle est la raison d’être d’une fédération dont les dirigeants ne sont pas capables d’élaborer une politique de marketing pour mobiliser 5 millions nécessaires à l’organisation d’un meeting ?


Alphaly

18 Juillet 2008