Partager


Tout juste après l’indépendance de la République du Mali, il y avait ce qu’on appelait la Brigade de vigilance. En 1965, de retour d’une visite historique en République populaire de Chine du grand Timonier Mao Tsé Toung, le président Modibo Kéita lançait la milice populaire du Mali, avec l’accord de la direction politique et militaire du pays.

A l’instar de la Brigade de vigilance, la milice populaire avait pour mission principale la sauvegarde de nos mœurs et coutumes, surtout en ce qui concerne l’éducation socio-culturelle et patriotique de la jeunesse malienne. La formation militaire de la milice populaire était confiée à l’armée malienne (c’était un certain lieutenant Moussa Traoré qui était son instructeur principal), tandis que sa formation politique relevait de la compétence des instances de formation du parti US-RDA, le parti de l’indépendance.

Si aujourd’hui, après toutes analyses faites, nous nous rendons compte que tous les agissements de la milice populaire rentraient dans le cadre de l’éducation sociale de l’homme malien. Force est de reconnaître que dans les années 1960 à 1968, les Maliens qui trouvaient en l’indépendance une raison de liberté sans borne et une paix sans limites ne pouvaient que se plaindre des agissements de la milice qu’ils assimilaient à de l’arrogance ou à une nouvelle forme de colonisation pire que celle imposée pendant 80 ans par le colonialisme français.

Il faut dire que certains miliciens profitaient de leurs uniformes pour terroriser les populations dans les recoins du pays. Or, on a toujours dit qu’une seule graine pourrie peut contaminer les bonnes graines du sac ! C’est la raison pour laquelle nous comprenons facilement la liesse populaire des Maliens le 19 novembre 1968, pour accueillir « quatorze sauveurs du peuple » (Comité militaire de libération nationale) qui venaient de mettre fin au régime du président Modibo Kéita, qu’ils qualifiaient de dictatorial.

Certes, la milice populaire du Mali n’a pas seulement fait que du bien dans ce pays. Peut-être même qu’elle a fait mille fois plus de mal que de bien au peuple « martyr du Mali », mais n’oublions pas que cette milice, qui avait son siège à Medina-Coura, n’était que l’élève soumis pour exécuter ce que lui recommandait son instructeur. Surtout si cet instructeur caressait l’idée d’un coup d’Etat contre Modibo Kéita. « Qui veut abattre son chien l’accuse de rage ».

L’histoire d’un pays est un phénomène de perpétuel rappel des choses, des hommes et leurs actes. Ce sont des faits qui ne s’oublient jamais, même si des fois, ils se gardent dans un silence pour mieux rebondir en surface. Personne ne peut rester perpétuellement dans les phases non élucidées de l’histoire.

Toumani Yalam Sidibé

20 Mars 2009