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La danse est avant tout une forme d’expression corporelle dans laquelle le corps et l’esprit s’équilibrent pour une expérience totale afin de restituer l’individu dans son univers. Selon des chorégraphes, sa pratique régulière amène souplesse, force musculaire, enracinement, l’expression des émotions et de la joie de vivre.

En effet, ce langage corporel et souvent spirituel invite à bouger toutes les parties du corps, tout en permettant de les isoler chacune. La danse est une composante majeure de la culture malienne, voire africaine.

Au Mali et en Afrique, la danse africaine traditionnelle se définit par des rythmes et des mouvements qui reflètent le quotidien des peuples et célèbrent souvent des rites. Et comme le dit le chorégraphe et chercheur ivoirien, Alphonse Tiérou, « elle représente un facteur de développement économique et social ».

Comme beaucoup d’autres critiques, il rejoint ainsi la pensée de l’académicien français Alain Peyrefitte qui, en 1995 dans la « Société de confiance » expliquait que les grandes théories sur le développement des ressources économiques devaient être dépassées car « la culture conditionne les mentalités ». Et par la même occasion, elle fait aussi évoluer la société des hommes.

Mais, comme tout bien ou richesse, elle ne profite guère à la société et à l’économie tant qu’elle n’est pas le fruit d’une subtile appropriation comme valeur essentielle et fondamentale. Il est utopique de vouloir se développer dans la langue d’autrui. De la même manière, il serait prétentieux de vouloir faire de la danse un produit culturellement et économiquement rentable tant qu’elle n’est pas inspirée par une conviction profonde. C’est dire qu’elle doit échapper au complexe.

Et pourtant, c’est par complexe que nous avons sacrifié les trésors culturels légués par les ancêtres, les aînés. « Madan », « sogoninkoun », « klé », « logo-logoni », « tamkamba », « tendoro », « yapéké », « dansa », « djandjigui »… Les terroirs maliens sont riches en danse. Jusqu’à la fin des années 1960, la jeunesse malienne avait peu de chose à envier aux autres sur le plan chorégraphique.

Nos troupes étaient tout le temps primées dans les festivals prestigieux. Et jusqu’à preuve du contraire, ce prestige poursuit les Ballets maliens qui, après avoir conquis l’Afrique et l’Europe, se sont aujourd’hui imposés en Asie et en Amérique.

Curieusement, les jeunes Maliens ne jurent que par des danses venues d’ailleurs en totale contradiction avec nos valeurs socioculturelles. Je ne parle pas de la soul ou du reggae, nobles car d’essence révolutionnaire et rédemptrice. La salsa non plus car fédératrice des cultures africaines. Mais, depuis que nous avons épousé les « soukouss », « mayébo », « zuglu », « mapouka », « couper-décaler », « wolosso »… notre jeunesse a commencé à s’éloigner de ses repères socioculturelles.

La faute à qui ? A nos dirigeants bien sûr qui, même conscients du péril culturel, n’ont pas trouvé de répondant pédagogique pour guider les jeunes vers les danses du terroir. Pour mieux préserver nos chorégraphies, il aurait fallu les enseigner. Et les ballets maliens, les semaines et biennales artistiques et culturelles ont longtemps été les seules écoles d’apprentissage en la matière. Sinon même l’Institut national des arts (INA) est souvent passé à côté du sujet.

Esclaves des préjugés socio-religieux, nos dirigeants ont ainsi laissé des pans entiers de notre culture comme les pas de danse traditionnelle disparaître sans se donner la peine de trouver les moyens de leur préservation. Heureusement, que ces derniers temps, les artistes en prennent conscience et commencent à s’inspirer de nos chorégraphies pour soutenir leurs œuvres.

En la matière, il faut tirer le chapeau à Abdoulaye Diabaté, Habib Koité, Gaoussou Koné, Néba Solo Traoré, Molobaly Kéita, Seydou Balani, Mamou Sidibé, la Troupe Babemba… Et comme le ministère de la Jeunesse et des Sports, il faut encourager des initiatives comme « Balani Mix » dont la finalité est de faire comprendre à la génération actuelle qu’elle n’a pas à nourrir de complexe en dansant son yapèkè, logo-logoni, mandiani, tendoro…
C’est peut-être la condition sine qua non de la rédemption culturelle !

Alphaly

01 Aout 2008