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L’information avait fait le tour de Sadiola et Kayes, avant de circuler, comme une trainée de poudre dans les bureaux et salons feutrés de Bamako. Qu’est-ce qui a bien provoqué cet incident écologique qui a causé l’hécatombe dans la faune locale, notamment chez les oiseaux ? Qui est à l’origine de cette catastrophe ? Quelles sont les dispositions prises pour circonscrire les dégâts ? Notre enquête.

Nous sommes mercredi 12 mai. Il est 14 h 35 mn à la mine d’or de Sadiola. Nous débarquons dans le bureau du Directeur du département chargé du développement social et des relations publiques. Le chargé des questions de l’environnement physique, Mattieu Dembélé, ouvre le bal. Selon lui, tout a débuté, le mardi 27 avril, par information reçue des populations avoisinantes, qui ont informé la direction de la société de la mort des oiseaux tout au long du canal principal de drainage des eaux domestiques de la cité des travailleurs des mines d’or de Sadiola.

Situé au nord, à quelques encablures de la cité et lié à un bassin de reception, ledit canal, long d’environ 2 kilomètres, transporte l’eau traitée par la station d’épuration -composée de deux unités de traitement- dans les jardins qu’exploitent, avec enthousiasme, les populations des villages environnants. En plus de l’exploitation maraîchère, cette eau sert à abreuver également les animaux domestiques et sauvages.

 » Sur le terrain, nous avons, effectivement, constaté les cadavres d’oiseaux. Aussi, la couleur de l’eau était devenue blanchâtre « , a précisé Mattieu Dembélé qui a qualifié l’acte de «très grave» «Même les serpents sont protégés dans notre société. On ne les tue pas. Un service spécial s’occupe de la gestion des serpents. C’est pour vous dire combien cet incident a créé de l’émotion ici», a commenté, Issiaka Sidibé du département de l’environnement.

C’est à partir de cet instant qu’une enquête a été ouverte et dont les ramifications ont conduit jusqu’à la cité, notamment à la Clinique de la SEMOS, la structure la plus proche de la station.

La surveillante des lieux, Linda Davidson (Sud-africaine que nous n’avons pas pu rencontrer pour raison de voyage sur Dakar) est interpellée. Sans détour, elle a avoué avoir déversé un insecticide périmé dans le système d’égout.“ Il s’agirait de l’ABATATE-500E, un produit venu du Ghana, en 2001, dans le cadre de la campagne de lutte contre la fièvre dingue. Il était utilisé pour élimer les larves des moustiques.La SEMOS, une procédure de licenciement de la personne responsable est présentement entamée « , a révélé Birama Samaké.  » Comme à I’ accoutumée, en guise de transparence et de partage d’informations, nous avions informé la sous -préfecture et la mairie de Sadiola. Ceux-ci étaient, malheureusement, absents pour cause de mission au moment du constat. De retour au bureau, le sous- préfet a, alors, informé les autorités régionales de I’ incident qui se sont rendus, le 28 Avril 2010, sur le site pour d’amples investigations « , a-t-il indiqué.

La Pollution et des Nuisances, accompagné du Directeur régional de la Géologie et des Mines, du Directeur régional des Eaux et Forêts et du représentant de la Direction régionale de la santé.
La SEMOS-SA, la source de la pollution. Un entretien a été mené avec I’agent de la clinique de la société, autour de la catastrophe en plus d’une visite du lieu de la pollution, pour terminer par un entretien avec le Directeur Général de la SEMOS-SA.

Pour circonscrire la pollution et atténuer les dégâts, sur proposition de la SEMOS-SA, la délégation régionale avait fait des recommandations pour renforcer les mesures d’urgence de la SEMOS-SA. Il s’agit, notamment, du recrutement de 10 personnes afin de surveiller, nuit et jour, le lieu pollué pour faire éloigner les oiseaux et autres animaux qui seraient tentés de boire l’eau du canal. La présence de ces personnes, qui seront utilisées jusqu’à la circonscription totale de I’ incident, est remarquable sur le terrain.

A cette mesure de surveillance s’ajoutent, le pompage des eaux polluées du bassin de réception dans un autre bassin isolé, la dilution des eaux contenues dans le système de drainage d’évacuation avec un apport d’eau propre, la prise et I’ envoi des échantillons d’eau polluée à l’Université de Bamako pour analyse, le curage et le nettoyage du bassin de réception et des drains, avec dépôt des résidus récupérés dans le bassin à boue et l’autopsie des oiseaux. “La SEMOS-SA, la seule société de mine qui informe régulièrement », a déclaré, jeudi 13 mai, dans la salle de réunion de la SEMOS-SA, le chef de la deuxième mission de la délégation régionale, le Directeur régional de I’ Assainissement et de Contrôle de la Pollution et des Nuisances, Oumar Sissoko.S’agissant de l’autopsie des oiseaux, les services techniques de la Société ont indiqué que le but de l’opération est de connaître la nature du produit ayant causé la mort des oiseaux. La cause étant connue, ils estiment que c’est un point négligeable. Aussi, ont-il révélé, il n’y a pas de structure appropriée au Mali pour une telle opération.  » Croyez-nous, les dernières recommandations seront appliquées à la lettre », a rassuré le Directeur général par intérim de la SEMOS-SA, Yves Ilunga.

La Pollution et des Nuisances a verbalisé la SEMOS-SA, sommée de payer de 1,5 millions de FCFA pour détention illégale, exportation et élimination non autorisées de pesticides, conformément aux articles 23,26, 32 et 35 de la loi N°01-020 du 30 mai 2001 relative aux pollutions et nuisances.

Pour sa part, la Direction régionale des Eaux et Forêts a condamné la Société à payer une somme forfaitaire de 500 000 FCFA pour la mort des oiseaux. La Direction générale de la SEMOS-SA a réglé par chèque les deux millions aux deux bénéficiaires respectifs. Une troisième et dernière mission régionale est prévue dans les jours à venir.

Soumaila GUINDO

Envoyé spécial à Sadiola

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Malgré cette assurance ferme, le Directeur régional de I’ Assainissement et de Contrôle

La direction de SEMOS-SA assure que d’autres jeunes seront recrutés pour curer les canaux secondaires à l’intérieur des jardins où les engins lourds ne peuvent pas opérer.

Quatre vingt pour cent de nos recommandations ont été appliquées à la lettre. Cela est à l’actif de la société. Aussi, le rapport d’analyse n’est pas alarmant. Les résultats reçus montrent des concentrations nettement en dessous de celles pouvant provoquer la mort d’oiseaux ou d’animaux.

Elles restent toutefois encore nocives pour les abeilles. C’est pourquoi, la prise et l’envoi des échantillons au laboratoire doivent se poursuivre. Un seul point n’a pas été exécuté : l’autopsie des oiseaux. Je suis très satisfait de la gestion du problème par

Ces investigations, qui ont été effectuées en présence du sous-préfet et du maire de Sadiola, ont conduit à une visite de la clinique de

A le croire, cette délégation régionale était conduite par le Directeur régional de I’ Assainissement et de Contrôle de

 » Considérant que cet acte est totalement contraire à la politique de protection environnementale de

Son acte individuel a provoqué la mort d’environ 366 oiseaux. «  “La plupart de ces oiseaux, de petite taille, sont morts après avoir consommé l’eau contaminée.

Les oiseaux d’une certaine taille, tels que les poules, les pintades et les perdrix qui ont également consommé la même eau, n’ont subi aucune fatalité « , a précisé Mattieu Dembélé.

Gardé dans les locaux de la clinique, le produit est devenu encombrant pour elle et elle a opté pour cette  » solution facile contre la procédure de gestion environnementale de la société, qui coûtera sa carrière », poursuit notre interlocuteur.

Une fois l’alerte sonnée, une équipe du département environnemental s’est transportée sur les lieux pour constater les faits.

Le responsable dudit département, Birama Samaké, est à la réception. Les salutations d’usage terminées et l’objet de notre mission rappelée, M Samaké nous explique, brièvement, l’historique, le système de production et la politique de sécurité sociale et environnementale de sa société. Pour la circonstance, il s’est fait entourer de deux de ses proches collaborateurs  » pour dire toute la vérité sur le sujet « .


17 Mai 2010.