Partager


« Je remercie tous les Maliens qui m’ont acceptée dans la société malienne comme une Malienne » ! Voilà les propos prononcés par la jeune lauréate de Case Sanga , Pamela Badjéogo , le 31 août dernier. C’était lors du prime time de la seconde demi-finale. Des propos de gratitude prononcés dans une salle qui ne lui a pourtant manifesté à ce jour qu’hostilité. Tout est partie de la victoire de la jeune et talentueuse fille sur Cheick Siriman Sissoko, le chouchou d’un public plus passionné qu’objectif.

La semaine écoulée, nous avons été témoin de beaucoup de débats chauvins à la limite xénophobes sur cette victoire. Certains n’ont pas ménagé le jury dont l’avis a finalement départagé les deux lauréats. Chaque concours à son règlement et les candidats s’y inscrivent en connaissance de cause.

Pour ce genre de compétitions, on ne peut pas avoir meilleur jury que celui constitué par Fanaday Entertainment. Massamou Wélé Diallo, Idrissa Soumaoro, Hamadoun Kassogué et Youssouf Doumbia sont tous des références dans leurs domaines.

Il est injuste de douter de leur probité morale et de leur rigueur professionnelle parce que s’ils étaient des gens capables de vendre leurs âmes au diable pour si peu, ils ne seraient pas là où ils sont aujourd’hui, socialement parlant.

Tous ceux qui connaissent quelque chose dans l’art de la musique savent que Pamela n’avait pas besoin des voix du jury pour battre Cheick si les électeurs avaient été objectifs et moins chauvins.

Issu d’une famille célèbre de griots, Cheick a certes un immense talent et une grande popularité, mais il faut reconnaître qu’il était le moins constant du quatuor des demi-finales. Ce qui est tout le contraire de Pamela qui s’est montrée une excellente élève dans ses prestations.

En optant, dans la plupart des cas, pour les chansons de Salif Kéita, Oumou Sangaré… alors qu’elle ne maîtrise même pas le bambara, Pamela voulait démontrer que la musique n’a pas de frontières et surtout qu’elle s’était bien intégrée dans cette société malienne très accueillante.

On l’a entendu chanter en bambara et en sonrhaï. On l’a vu esquisser des pas de takamba , de madan … On l’a même vu s’essayer à jouer au balafon. Tout cela pour montrer qu’elle se sentait chez elle au Mali.

Oui, Pamela, tu as raison de rappeler que « ce n’est pas seulement la musique qui nous unit, mais nous avons le même sang qui coule dans nos veines » . Et rassure-toi, la discrimination et le chauvinisme ne sont pas des habitudes répandues dans la culture malienne.

Ce pays a une tradition d’hospitalité bien ancrée. Le Mali a toujours été un pays ouvert. Et ces dernières années, il a été un asile sûr pour des Sierra Léonais, des Libériens, des Ivoiriens, des Nigérians et même pour des Rwandais.

Dieu merci, Pamela n’est pas une réfugiée. Elle est juste une étudiante (biochimie) passionnée de musique, fan de Salif Kéita. Une Africaine amoureuse du Mali, de sa culture dont l’hospitalité est un pan important. Il faut que le public comprenne cela : l’Afrique se fera par ses jeunes talents, sans distinction d’ethnie ou de nationalité.

Heureusement à Case Sanga , les Dabara, Pamela, Cheick, Mohamed Diaby, Sira Diop, Michelle Kaninba Traoré, Sory Diakité… ont compris qu’ils sont des frères et sœurs rassemblés autour de leur passion de la musique. Une passion universelle !

Moussa Bolly

06 septembre 2007.